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Deux textes de Tante Antoinette

Ses "premiers" souvenirs

Quand je suis née, j’avais pour me recevoir en ce monde, mes parents ( Nicolas Hippolyte Thiry et Sophie Brice ), mes grands parents maternels (Marc Antoine Brice et Anne Julienne Burtin ) et mon arrière grand’mère maternelle, Maman Burtin (Marie Julie Drappier, épouse de Jean Joseph Burtin ) .

Mes grands parents Thiry habitaient Lorquin. Mon grand père (Jean Joseph Thiry ), vieux et fatigué, ne voyageait plus, ma grand’mère (Françoise Jeannequin ) devait venir à mon baptême pour admirer la fille de son fils chéri. Car elle avait une grande prédilection pour mon père.
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Quand mon père me posa dans les bras de mon arrière grand-mère, maman Burtin, elle s’écria « Elle a le nez de son oncle », petit nez retroussé qu’elle tira un peu pour essayer de l’abaisser, mais tout à fait sans résultat.

Maman Burtin (Julie Drappier) était une Drappier de Saulxures. Son père, Drappier (Jean Baptiste ) était fermier du comte de Reutan (?). Un homme droit et honnête, religieux. Ses propriétaires en partant pour l’émigration lui avait remis une somme pour racheter leurs terres, ce qu’il fit. Il les conserva ainsi que le château en bon état et il les leur rendit ainsi que le château, à leur retour en parfait état. En reconnaissance de quoi, il dîna au château tous les dimanches jusqu’à la fin de ses jours.

Pour que les saints de l’église ne soient pas détruits, il les avait cachés dans son rucher sans doute bien garni et personne n’a eu l’idée de venir les chercher là.

Il avait épousé en (1787 en secondes noces  (il avait épousé Catherine Pidolot en 1775) )une demoiselle Suisse (Marie-Anne, de Ville en Vermois ) de qui il eut 3 enfants, maman Burtin, Drappier d’Ormes (François Hilaire, il s’agit d’Ormes et Ville ) et Mme Voignier de qui le mari avait une boulangerie sur la place Saint Georges.

Drappier d’Ormes eut 10 enfants. Sa femme, une Bazin d’Essey fut tuée en voulant séparer deux valets qui se battaient, elle reçut un coup de fourche. C’était une femme très bonne et pieuse car malgré ses 10 enfants elle ne manqua jamais un Carême.

La tante Voignier, dont le mari avait une boulangerie en face de la Cathédrale eut une fille qui épousa Mr Antoine architecte à Lunéville lequel eut deux fils, un architecte, l’autre marin qui devint amiral.

L'année 1896


1er- janvier - -Belle et bonne journée. Après le défilé des petits sabots et de tous les gens à la maison, nous voyons arriver Louis Barrabino (Les Barrabino étaient, semble-t-il, des immigrés italiens venus au XVIIIe siècle et qui travaillaient dans des verreries, en particulier à Abreschviller près de Lorquin. Un Barrabino a épousé Marguerite-Julie Jeannequin ) et sa Marguerite. Ils viennent annoncer la grande nouvelle, Polyte est décoré, et lui donnent l'accolade. Après midi, nos amis Henry arrivent les premiers, mais Père est à la Préfecture, puis les Brunet, les dames Louis, Justine, notre gros curé. Père est content, il a été très entouré à la Préfecture. 0
Belle journée, mais pas pour tous. A 6 h et demi, Isidore voit une grande lueur sur Nancy en ouvrant la fenêtre. Le temps de monter au second, la lueur est un brasier, nous croyons d'abord que c'est le théâtre, mais c'est la Préfecture, tout le logement du Préfet est brûlé, tout leur linge, tous leurs vêtements.

3 janvier - Beaucoup de visites et de cartes et de lettres. Père avait craint qu'elles n'arrivent pas, mais c'est une pluie. Le docteur Henrion ((Sans doute, il est l'oncle de Anne Marie Henrion, épouse de Nicolas Joseph Thiry, frère d'Hippolyte. Le Docteur Henrion est député de Nancy ) est arrivé à midi pour déjeuner, il pleure de joie, on s'embrasse, on le remercie. Il rentre à Bourbonne où on est en train de faire les paquets pour Nice. Visite d'Antoine Louis ((un cousin germain de Sophie Brice, mère d'Antoinette ), très longue.

5 janvier - Dimanche, location des places de bancs. Visites de Thiry et des Tonnelier que les (?) font fuir, les Thierry et leur petite Jeanne.

6 janvier - Père est à Lorquin. Puissent les Lorquinois lui bien faire fête. C'est son pèlerinage, il emporte un bouquet d'œillets.
Nous profitons de notre liberté pour faire quelques visites. Chez les Bichat, Jeanne a mis la table et est remontée seule. (?) et Odile que nous rencontrons là nous disent que M (H…?) ne va pas . Ils parlent des Debi(..?) qui ont un enfant malade. Chez les André un instant seulement. Nous rencontrons les Stehlin qui sortent de leur ruine. La pauvre femme est bien fatiguée et souffrante. Ils sont encore assez aimables pour nous féliciter. Le Préfet promet le Mérite agricole à Maman (On ne sait pas si elle l'eut, en tout cas quelqu'un le croyait ; voir l'annexe 1 )(13) qui se récrie. Déjà tout à l'heure, Bichat (Il s'agit d'Ernest Bichat, Physicien et professeur à l'Ecole d'Agricultue de Tomblaine. Il avait tenté de dissuader Hippolyte de se présenter aux élections législatives de 1893. Voir l'annexe 2. ) le lui a promis et Henrion rit par derrière en me regardant. Mère me quitte, Je vais chez les Zilgien (MM Zilgien, Blondlot et Guntz sont des professeurs d'université à Nancy )(15) qui me font grand accueil. Ils ont bien vieilli.

7 janvier - Préparation de (?) le matin et après midi cours à Nancy. Chez les Brunotte (sans doute Camille Brunotte (1860-1910), pharmacien, agrégé d'histoire naturelle ) où je rencontre M Guntz. Chez les Barabino, les Henry. M Blondlot est installé chez Amélie et prend grand plaisir à écouter les bavardages. Chez les Lemaire, je retrouve M Guntz et on parle de biberon (?).
Je passe aussi chez Irma, elle est triste, elle s'enfonce tant qu'elle peut dans la tristesse. 0
Le froid prend après une semaine ressemblant aux beaux jours de mars - . Louis reçoit sa nomination du Nicham (Et revoilà cette fameuse décoration tunisienne. ) et Père est tout heureux de le voir en rentrant. Je crois qu'il avait désespéré de la voir arriver. Son voyage à Lorquin n'a pas été bien gai. Tante est mal montée en bonne, plus mal qu'avant, elle est obligée de tout faire. Il paraît aussi que le pauvre Père a eu une erreur avec les obligations à renouveler des Choub. Il jure bien qu'il n'en prendra plus. Nous verrons s'il tiendra parole. Il a dîné chez Didier, les petits ont été contents du livre et de la poupée. On parle du mariage de Marie Choub et de Pierre Valette. La machine à battre est en place.

9 janvier - Le froid est vif. J'ai acheté ce matin des livres pour les Lorain de la part de la part de tante et nous les expédions avec du boudin.
Expédié aussi 2 Kg de bonbons à sœur Gérasime (?) qui en réclame et un peu d'argent à Sophie pour ses orphelins.

10 janvier - Père et Louis sont allés à Champigneulles chez les ancêtres (Le cimetière ? ). Maman et moi avons continué nos visites à Nancy.
Nos amis Martin sont bien vieux et bien seuls depuis qu'ils n'ont plus leur Hélène. Juliette G…(?) est toujours souffrante et se plaint de sa belle-mère.
Passé aussi chez M Lorrain qui aime beaucoup papa.. Mme Cottereau cherche une aide et je lui écrirai ce soir pour lui proposer Limousin. Temps très froid.

11 janvier - Père est allé à la Société et a déjeuné. Marc à Dombasle a proposé d'arroser le ruban rouge. Il paraît content de sa journée. M Paul Didier lui a dit qu'on avait proposé Fernand pour le Mérite et que le Préfet l'avait rayé. Louis a rencontré Brice (Quel Brice ? ) qui veut être le parrain de Père.
J'ai oublié l'arrivée du Nicham, hier matin. Tous décorés et quand Mère le sera, ce sera complet..

12 janvier - Dimanche le temps est moins froid mais couvert.
C'est aujourd'hui que nous inaugurons les nouvelles places de banc. Maman ira seule avec les gens. Moi, je vais à l'enterrement de la mère Hogar (89 ans, soeur du père Belhomme).
Julienne est venue déjeuner avec nous et en rentrant je la trouve en train d'admirer le Nicham. Cela prouve, dit Père, que celui qui l'a reçu n'a pas démérité. Nous regardons des journaux des (?) et après son départ nous restons à attendre les Barabino qui se sont annoncés qui ne viennent pas. Nous ayant fait manger notre après-midi, car je devais faire ma vente aujourd'hui et je l'ai remise à cause d'eux. Melle Marchand a gardé le patronage.
Visite de Gouttière en soldat, il a Claverie comme capitaine et le trouve dur.
Jeanne Schmidt m'a écrit pour me faire part de son mariage, peu brillant, dit-elle, la pauvrette, avec l'ingénieur de la verrerie.
Julienne nous a fait l'apologie de son amie Marie Lepage.

13 janvier - Père est allé à Lunéville pour la visite anniversaire au pauvre oncle. Il est passé chez Joséphine qui était grippée et la perspective de déjeuner avec le jeune (?) Camille seul ne lui disant pas grand'chose de bon, il a préféré revenir à Nancy où il a déjeuné chez Baudot.
M Lindet est mort, Camille allait à l'enterrement.
Nous avons raccommodé. J'ai écrit à Jeanne Schmidt, puis Louis est allé cherché Père qui est rentré dans un état de fatigue excessif. Il était passé chez M Thiry.
Le Conseil Général a loué l'hôtel Tourtel pour 15000frs (?), le destinant au logement du Préfet. Le prix de location des meubles est encore à débattre.
La neige commence à tomber.
Ce soir visite chez Louis, il a reçu une lettre de Castet que M Bourdes voudrait emmener à Madagascar. Dydkovski remplace M Bourdes.

14 janvier - M Berbain a inoculé nos vaches avec de la tuberculine, c'est à 7h du soir que l'effet doit commencer à se produire, aussi Louis va veiller cette nuit.
La neige tombe en grande abondance, poussée par le vent du sud, le temps reste doux et fait craindre le dégel immédiat. Le baromètre baisse très fort, aussi nos hommes sont très énervés. Louis fait une figure d'une aune, Père erre comme une âme en peine.
Les hommes mettent le Ribeauviller en bouteilles.
Les journaux ont donné la liste des décorés du Mérite. Louis (Sans doute pas le frère d'Antoinette, peut-être M Louis, cultivateur à Tomblaine. ) est officier, Victor Pérot (Il s'agit peut-être de Nicolas Victor Pérot, décédé en 1896. Son épouse était Marie Julie Pérot et il était le frère de Nicolas Pérot, le beau père d'Emile Suisse ), Drappier (Il y avait des Drappier à Essey les Nancy, près de Tomblaine ), M Falque sont chevaliers. Père et Louis sont allés féliciter chez Clothilde qui était un peu aigre-douce.

15 janvier - Elle a très bien réussi, l'expérience de la tuberculine. A 7h du soir, la fièvre à commencé sur les vaches. La première de la rangée à laquelle on avait tout d'abord posé le thermomètre et qui donnait un degré, assez haut, a commencé à enfler tout d'un coup et si rapidement qu'à 7h il a fallu la percer. Le trocard, mal enfoncé, a laissé l'air sous la peau, il a fallu faire un second trou et la pauvre bête est aujourd'hui bien malade. Les autres ont eu un fort frisson et le lait a beaucoup baissé. Le pire est qu'il faudra s'en débarrasser au plus vite. Et ce pauvre père qui croyait que la tuberculine devait les préserver de la tuberculose.
Louis a passé la nuit à prendre la température chaque deux heures. Heureusement pour lui le temps était doux.
Nous avons fait des nettoyages et raccommodé. Les messieurs sont allés (…) féliciter Victor Pérot.

18 janvier - Notre vache va décidément mieux. Louis est allé jeudi chercher Maurice Berbain pour savoir ce qu'il fallait en faire. Ce dernier l'avait trouvée mal et avant de repartir, était entré un in instant dans la maison. Quand il repassa à l'écurie la vache s'était relevée seule et ruminait. On la gardera probablement comme sujet de démonstration dans une conférence que doit faire M (?) d'Alfort.
Le même jour, Henrion (sans doute Edouard Henrion ) est venu déjeuner, bien vieilli, bien tombé et pas gai. Il s'est un peu animé en mangeant mais après il dormait. Il est heureux d'avoir fait des heureux. Les Balley sont bien à Nice. Albert B est arrivé comme toujours au 2ème plat et nous sommes repartis ensemble pour Nancy au Sacré-Cœur où Jeanne est enrhumée.
Je passe au Couvent où je suis reçue par Melle Chalvet à qui je donne les nouvelles que j'ai reçues de Neuilly.
C'est le dégel, il fait une boue affreuse.
Louis Michel est venu inviter nos hommes à déjeuner pour le lendemain On doit arroser les rubans en famille et la fête aurait été très réussie sans les scènes qu'Antonin juge à propos de leur faire. Scènes de jalousie, Fernand n'ayant pas été décoré. Il hurle, il perce la nappe avec son couteau. Le pauvre père en est très fatigué, surtout dans la crainte de lui voir faire une esclandre véritable, insultant les gens comme il a l'habitude de le faire.
La grande nouvelle est le remariage d'Antoinette avec son cousin Paul Lenoir (?). Les gens de Tomblaine en sont bien en l'air (?) d'autant plus que la femme qui poursuit Antoinette est venue hier chez Birkel.
Visite de Victor Pérot et de sa femme bien ennuyés des Seitz qui les traitent de voleurs.
J'achève ma soirée à la cave où je guette le voleur de pétrole, inutilement.
Louis soupe à la ferme, la dispute reprend entre Antonin et Louis au sujet du Garde champêtre.
Ce matin est venu un pauvre homme de Champigneulles, un Chetzel, qui a été écrasé dans une usine et à qui on donne trop peu d'indemnités.
La femme d'Ancillon est guérie de son pied, elle coule même une lessive (?) et va et vient en boitant.
Guet à la cave, toujours inutile.
Après être allée chez les demoiselles Marchand à qui je voulais rendre les objets qu'elles m'ont apportés pour la vente des récompenses, je suis entrée chez tante Laure. La pauvre femme était seule, Justine était à Nancy demander conseil à Louis Barrabino pour tâcher de faire renoncer Antoinette à la succession de l'oncle Gabriel (Il s'agit de Gabriel Burtin, cousin de Sophie Burtin, la mère de la narratrice. Qui sont les autres actrices de ce drame ). Tante Laure a grande confiance dans le désintéressement de sa bru et paraît enchantée d'en être débarrassée..
Père est allé chez L Barrabino, chez les Mathieu qu'il n'a pas trouvés, chez les Perrenot, chez les Brunotte, il a très froid en rentrant et se réchauffe dans sa bonne peau.
Maman m'a envoyé porter un coq au pont pour remplacer celui que les élèves ont poussé dans l'eau. Toujours beau temps.

20 janvier - Le temps fraîchit un peu mais sans gelée, le matin nous avons un soleil superbe, l'après-midi le temps se couvre.
Hier Papa et Louis sont allés à Lay St Christophe d'où ils ont rapporté une quantité de vieilles choses, vieux livres surtout. Maman avait voulu les accompagner, mais Irma s'étant annoncée la veille, elle est restée et à vide car Irma n'est pas venue. Elle a été dédommagée par Madame (?) et sa sœur.
J'ai fait la distribution aux enfants, les demoiselles Marchand n'y étant pas. Les enfants ont été plus convenables que d'habitude, elles ont paru contentes des lots qui, en réalité, étaient plus sérieux que les autres fois. Mère est venue nous rejoindre chez les Chères Sœurs, puis en sortant je suis passée chez Tante Laure où Justine était toute échauffée par l'affaire d'Antoinette. Elle n'a pas la confiance de Tante Laure et je crans bien que "ces chers enfants", comme les appelle Charles Louis lui donneront du fil à retordre. Ce matin j'ai mis la grande salle en ordre car nous attendons les Suisse pour jeudi prochain.
Après midi nos parents sont allés faire des visites et ont trouvé partout la porte fermée.
Reçue une bonne lettre de Marie Lorain qui parle beaucoup des Da(…?)

23 janvier - Nous avons eu nos bons cousins Suisse, aussi la journée a été bonne. Nous étions contents de les avoir et eux paraissaient heureux de venir. Notre regret est qu'ils n'aient pas été au complet, Marie (Sans doute Marie Pérot, épouse d'Emile Suisse ) était restée à la maison et Marguerite (Notre grand'mère - qui n'est donc pas restée longtemps au couvent…, car elle a épousé Louis le frère d'Antoinette -) était rentrée au couvent depuis mardi. Glossinde (épouse de Paul Suisse ) a été gentille, bien causeuse et se met à l'aise chez nous. Jeanne m'annonce qu'elle sera tante, c'est encore un secret (ce serait le premier enfant de Paul et de Glossinde, or Madeleine n'est née qu'en juin 1897 ).
Henriette a fait le dîner, Charles a servi et très bien. Le soir nos deux hommes étaient ravis de leur journée et Louis l'a complétée en allant souper chez les Simonet
Irma est venue dans la journée pour chercher ses jambons, elle avait quelque chose à nous dire mais elle a prétendu qu'elle n'avait pas le temps de le raconter. Peut-être son Louis le dira-t-il au notre.
Tante Laure a dîné avec nous ainsi que Pierre, ils n'étaient gais ni l'un ni l'autre. La pauvre tante est, ennuyée d'Antoinette ou plutôt de ses affaires dont elle ne sort pas. N'ayant rien mis en ordre à la mort de l'oncle Gabriel … elle se voit à la veille d'être ruinée par suite de sa négligence
Antoinette est arrivée hier après midi. Elle parle beaucoup de son mariage, mais plus de ses beaux parents que de son futur. Charles Lenoir est ravi de l'avoir pour bru, sa femme aussi, ils lui ont donné une superbe robe de satin noir, elle a un beau logement, elle achète des meubles neufs, seulement il y a je ne sais quoi au fond qui ne paraît pas la satisfaire, elle n'est pas gaie, et puis tout naïvement bon qui sont les Lenoir, il y a une si grande différence d'âge (12 ans) que cela paraît louche
Tisserand le vétérinaire est venu voir la vache à propos de la conférence de M (?).
Une surprise agréable, c'est l'arrivée des 3 Guillaume qui venaient déjeuner et qui se sont installés. Ils étaient affreux tous les trois, maigres, mauvaises mines. Madame m'a dit que M Laissy les avaient invités, mais qu'ils avaient préféré nous faire une visite!!
M Guillaume est nommé à Haroué, là il aura une classe de garçons seuls. Ils regrettent un peu Vaudémont, mais Haroué est un avancement.
M Bichat est revenu de Paris, il a trouvé Schwerb (?) bien malade. Au Ministère on lui adit que la nomination de Louis serait expédiée depuis longtemps, mais qu'on n'avait pas d'appointements à lui donner.
C'est bien naturel mais Louis tient à son idée d'appointements, Père lui donne 200 frs par mois mais il paraît que ce n'est pas la même chose. Il jure que l'an prochain il n'aura pas froid. Espérons qu'il réfléchira, d'autant plus facilement qu'il veut bien rester jusqu'à ce que Père se retire, d'ici là nous verrons.
Pasdermadjian est parti hier pour l'Arménie où il va probablement se faire tuer (?) , il est sans nouvelles de sa famille qui est peut-être massacrée et ils partent une bande pour tenter un dernier coup.
Pasdermadjian doit passer par la Russie et le Caucase, il a dix jours de voiture à faire pour arriver à Herzeroum (?), il emporte 200 cartouches, un revolver, une caisse à fusil. Haïk doit partir aussi dans quelques jours.
Paul Hanriot a été bien malade à Alger. On lui a fait une ponction dans la plèvre, l'eau était en si grande abondance qu'elle avait déplacé le cœur. Il aura du mal à s'en remettre.
Gabrielle est venue avant-hier.

Dimanche 26 janvier - Je pars demain pour Lorquin, où je passerai quelques jours. Ma pauvre tante me réclame, son ménage va de mal en pis, sa nouvelle bonne est folle. Je n'y ferai rien que d'apporter un peu de distraction chez elle. J'emporte aussi 2 kg de bœuf, 1kg de mouton, des fournitures pour faire des marguerites, des mandarines, des feuilles de menthe et du rhum. Avec cela je pourrai rester quelques jours. Je voudrais bien pouvoir l'aider en affaires, mais tout en faisant de mon mieux, je tomberai encore à côté.
Vendredi je suis passée chez tante Laure pour savoir où elle en était avec Antoinette. Justine a fait faire l'acte que sa belle-sœur signera la semaine prochaine.
La persécutrice d'Antoinette est venue encore hier . C'est une dame Pasquier une parente des Sadoul, paraît-il. Car le Jean Sadoul l'accompagnait l'autre jour en voiture. Pourvu que cette drôlesse ne fasse pas un mauvais coup le jour du mariage.
Les Balley m'ont écrit, ils sont très bien à Nice. Ernest reprend sa tournure ordinaire. Monsieur Tourtel a demandé hier leur adresse à Papa. Lui aussi part pour Nice mais je ne crois pas que Marie et eux se lient très fort. Marie m'invite pour le carnaval de Nice, c'est gentil mais pas réalisable.
Ils ont un temps superbe, trop chaud même. Nous, notre beau temps continue, sans gelée, un peu de brume à certaines heures , voilà tout.
Tout se conserve bien dans les champs. Hier on a pris des gens dans la prairie qui emportaient des choux de Bruxelles superbes. Nous sommes cependant assaillis de mendiants et tous gens ayant faim. Il faut que nos Lambert (?) aient une patience d'ange.
Hier, tirage au sort au sort à Champigneulles des conscrits. Charles est allé au bal, il est rentré ce matin, ramenant sa petite sœur Marie qui est un peu malade et pour qui nous essayons un meilleur régime.
A Tomblaine la fête des conscrits a été bien gaie et convenable autant que cela peut être.
4 février - - Une semaine d'absence passée à Lorquin. Tante a jeté un cri de joie en me voyant, elle avait cru , je crois, que je ne viendrais plus. La bonne est partie, elle a Louise Marchal pour faire le ménage, la femme Dupré pour tirer les vaches et le petit Jacques pour les gros ouvrages. C'est assez compliqué, aussi Tante n'en peut plus, elle va et vient sans raison, elle tombe assise à chaque instant. Le soir elle dort sur son canapé pendant que Louis raccommode et que je fais des marguerites.
Mardi en rentrant du cimetière, elle m'a déclaré qu'elle partira le lendemain pour Mattaincourt où elle pense qu'on la prendra au rabais parce qu'elle travaillera. Mercredi; elle prétend qu'elle a la diarrhée et qu'elle ne peut pas partir, qu'elle partira le lendemain et tous les jours ainsi, jusqu'au moment où étant allée chez Justine, elle me raconte qu'elle a vu une jeune fille qui se mettrait en service et qu'elle en a envie. Comme je déjeune chez les Choub (?), elle me charge de prévenir Justine qu'elle prend la bonne et qu'on la lui envoie, elle vient le lendemain et elle l'engage. Depuis je n'ai plus de nouvelles. Pourvu seulement que la mère (..?) ne vienne pas tout déranger.
Chez les Choub, ils ont appris par la (...?) le mariage d'Antoinette. Les Mathieu et eux sont très occupés. Marie Choub va toujours à Sarrebourg, elle a une baronne comme professeur d'allemand. Elle est tout à fait gentille. On la marie avec Pierre Valette.
Le petit Faye passe ses soirées avec Paul et lui a raconté que Camille avait perdu I00000frs aux mines d'or et que sous les 28 jours il était engagé pour 1800000frs .
Les jeunes Volf attendent un héritier
Le père Lindat a, dit-on, laissé 900000frs à rente.
La machine à battre marche bien.
Pendant mon absence Mère a reçu Jeanne Guillaume qui est venue passer l'heure et la leçon (??) avec elle. Les gens de Vézelise commencent à aimer leur curé. Elle se réserve pour plus tard
Marie Thirod est venue aussi, bien portante, contente de son voyage à (?). Son cousin se plait un peu mieux à Vézelise. Rosalie s'y fait aussi.. Ces messieurs sont allés dîner à Frouard. Grand dîner où on leur a donné la place d'honneur. Mme Drappier pleure toujours son petit Julien que les grands garçons réunis lui rappelaient.
Mme Drappier de Lusancy est morte ce même jour. Son mari qui justement cherchait un emploi reste homme seul.
Jeudi 6 février - Le beau temps continue, un peu brumeux, mais pas froid. C'est un hiver extraordinaire. Nous avons cependant eu mardi -9 degrés le matin, mais le thermomètre s'est élevé dans la journée
Nous avons eu aujourd'hui une belle visite. M Licourt (?) nous a amené sa femme et ses enfants. C'est un peu gênant à recevoir, un ménage qui n'a pas de passé. La femme est bonne femme, ordinaire et souffrante. La fille est assez mal élevée, le gamin a une bonne tête. Ils se sont bien amusés de l'agneau qui boit au biberon. Je leur ai montré ma toile de chrysanthèmes que Licourt trouve beaux. II me conseille de reposailler (?) encore mes yuccas.
La femme Pasquier est encore venue aujourd'hui, poursuivant toujours Antoinette. La pauvre folle ne se calme pas et charge toujours Antoinette d'une foule de méfaits. Pourvu qu'elle ne lui fasse pas d'avanie le jour de son mariage, comme elle le lui promet.
Antoinette qui avait dû venir pour faire ses adieux à toute la famille, ne sera venue que pour une demi-heure dans la crainte de rencontrer la femme.
Elle met tout le village en l'air. La femme de Jules est très grippée. L'influenza reprend au village et ceux qui l'ont ont des bosses dans le cou. Pendant mon absence Henriette a emmené la petite Marie chez Emile Derroy qui l'a tout à fait rassurée pour la poitrine de la petite, il la trouve très anémiée et affaiblie par un reste d'empoisonnement d'angine. Elle prend du sirop de lactate de (?.), mêlé à du vin de gentiane et l'appétit et les forces reviennent.
Mme (L...?) a couru hier toute la journée pour placer sa soeur Catherine qui est décidément bien folle. M (F..?) était venu et Catherine s'est payé une scène de folie devant lui, aussi a-t-il donné le certificat nécessaire.
Louis aussi doit donner un certificat et il avait promis son concours à M (L..?), mais à la Préfecture, il a dit tout le contraire de ce qu'il avait promis, disant que F(..?) est trop jeune pour constater, que Catherine n'est pas dangereuse et comme les gendarmes sont venu pour faire une enquête, elle n'aboutira à rien si on ne s'en mêle.
Quant au pauvre Chedzel, son affaire est bien mauvaise.
Hier, on a tué la vache qui enflait et M Berbain est venu pour assister à l'opération. La pauvre bête avait des tubercules énormes au coeur qui pressaient sur l'oesophage.... Mais ce qui aurait achevé de la tuer, c'est une baguette qui avait sans doute servi à remuer le contenu de l'estomac en passant par le trocard et qu'on avait laissé échapper entre la panse et le corps. Elle s'était introduite dans la matrice de 20 cm environ et commençait à faire un abcès. Il était grand temps de la tuer, elle aurait pu mourir avant la conférence qui doit avoir lieu le 15.
M Tisserand n'en voulait point, il s'était procuré une petite vache phtisique qui a crevé et il va se trouver au dépourvu..
Lundi je suis allée à Nancy pour prendre des nouvelles de Marie Lemoine. La pauvre femme a une pigne (?) au doigt qui a été empoisonnée. On pense que c'est en soignant des clous que son mari avait et depuis 3 mois elle est bien malade. Le foie et le coeur sont pris, l'appétit ne revient pas, les parents sont désolés.
Je suis montée chez la jeune femme qui est peu aimable.
Je suis aussi passée chez Laure Veissenberger où se trouvait Julie. Cette dernière attendait la nouvelle d'une naissance à Metz. Des médisances et des plaintes de tout le monde, voilà ce qu'on apprend chez elles.
Louis fait faire plein de drainages. Sa nomination n'est pas encore arrivée. Père va encore écrire, mais je n'espère plus guère. Sera-ce un mal ?
En attendant il nous rend tous les services possibles. Il est si bon , si intelligent que c'est un plaisir sans pareil de l'avoir. Si seulement père lui laissait les coudées un peu plus franches et ne mettait pas opposition à tout ce qu'il propose.
7 février - Brice est venu ce matin, apportant la décoration de Père et lui donnant l'accolade l'a fait chevalier. Il était accompagné de M Duchatet. Ses enfants viennent la semaine prochaine, nous tâcherons de les avoir.
M Henry a déjeuné avec nous, au grand plaisir de tous. Maurice Delcominette est venu pour faire une visite à Père. Sa femme est mieux mais pas encore tout à fait bien.
Les journaux du matin annonçaient qu'une bande de 300 jeunes arméniens avaient été arrêtés près de Tiflis au moment où ils allaient rentrer chez eux pour essayer de faire un coup. Pasdermadjian est sans doute du nombre. On annonce qu'une armée turque de 2700 hommes est sur la frontière arménienne.
Une particularité de l'année est que nous sommes infestés de souris dans les maisons et dans les champs. On leur sème des morceaux de pain empoisonnés par le typhus des souris et il y en a toujours. Au garde manger elles vont jusqu'à tirer les cornichons des bocaux et elles les mangent. Chez tante elles mangent les saucisses à la cheminée.
Nous avons eu une journée délicieuse, soleil et chaleur comme au mois de mars - . Nous avons passé l'après-midi la fenêtre ouverte.
Notre gros âne a la goutte
Dimanche 9 février - Temps d'une douceur exceptionnelle malgré le givre du matin. Bouffées d'air chaud comme au mois de mars - .
Hier soir nous avons dîné chez les Henry en joyeuse compagnie et Louis a pu y faire quelques connaissances. Nous sommes rentrés à 1h et demi, ayant passé la soirée à jouer au (?),Il y avait les Caye (?), les Burtin, les (?) , M Claudot, les Terr',,(?), M Zilgien, les Hoeffel, M Didion, quoique Julienne ait pu dire à Amélie.
Amélie avait déjà donné une fête d'enfants, jeudi. Germaine est malade.
Aujourd'hui Gouttien (?) est venu pour déjeuner, puis les Burtin de Nancy. Toujours braque M Burtin, sans raison, sans mesure. Sa femme toujours résignée.
Les Simonet, Louis et Marc ont emmené Louis passer la soirée.
Mercredi 19 février - Temps d'avril, +18 . Journée chaude, claire, aussi nos parents en ont profité pour aller faire un tour à Lay St Christophe où tout était très beau sous le soleil et où père se trouvait très bien. Louis et moi avons eu M Henry en visite de digestion. Sa Germaine est encore très grippée. C'est le moment des grippes, des bobos. Nous avons le petit Flick qui a un abcès sous le menton. Joséphine Jeannequin m'écrit ce matin que sa bru est grippée, qu'elle-même ne va guère, que M de Reinach est dans le même état depuis son voyage du (?) et que sa mère a une pneumonie, que Berthe Mangin est toujours malade. Toutes choses tristes.
Justine et Pierre sont revenus de la noce d'Antoinette. C'était superbe, un beau dîner, très bon, éclairage à la lumière électrique. Danse jusqu'à (?) h, souper, redanse et le lendemain tout pareil, et le surlendemain on mangeait les restes. Pas un seul incident fâcheux. Justine avait l'organiste de (B...) comme valentin et on l'a trouvée si belle dans ses manches bleues que les exclamations admiratives arrivaient de tout côté.
Tante Laure est bien débarrassée : j'avais bien raison, disait-elle hier à Maman de ne pas la mettre à la porte comme mes frères le voulaient, la voilà remariée, nous sommes bien ensemble et tout s'est achevé pour le mieux.
Les Louis sont au mariage du petit cousin Voinier de Sivry qui épouse Melle Racadot de Flavigny. Tous les jeunes y sont.
La Léone est allée aussi à la noce de (B...) (la noce d'Antoinette ) et pendant son absence, M Barbris (?) s'est débarrassé du pauvre Humbert en le mettant impitoyablement à la porte. Il le volait depuis longtemps et vendait les (?) volés à des colporteurs. Triste retour pour sa femme.
Mère St Jean m'écrit pour m'inviter au fêtes du carnaval du couvent, dimanche prochain. Jusqu'à son dernier jour elle sera aimable.
Tante m'écrit hier matin une bonne lettre, toute heureuse d'être réinstallée chez elle, dans son train (?). Mais le soir je reçois un mot qui me dit qu'elle a eu le feu dans son tas de foin, mis par son chat (plus loin il sera question de cet épisode ) . Il a été facilement éteint et ce sinistre lui a valu de voir que les gens qui l'entourent lui sont plus dévoués qu'elle ne le croyait .
Louis et moi sommes allés rendre la visite de digestion d'Amélie, rencontré là Victor Burtin et les Jolyet qui partaient. Nous avons profité de ce que nous étions ensemble pour visiter le magasin Majorelle, un vrai musée où on se donne un tas de belles choses en imagination.
Passé aussi chez Irma qui a des coliques néphrétiques, Chez Juliette(..?) qui souffre encore. Nous avons eu M Lemonnier à déjeuner.
Dimanche gras - Toujours le beau temps avec vent d'Est, un peu frais ressemblant au hâle de mars - . C'est vraiment délicieux ce temps, nous n'avons qu'une crainte, c'est de trouver nos puits vides au printemps.
Nous avons eu les Simonet à déjeuner et après Louis les a emmenés à Lay, une belle promenade. Ils ont pris quelques vues dans le jardin.
Père est un peu grippé et d'assez mauvaise humeur, il est allé à Nancy cet après-midi. Mère et moi sommes allées aux vêpres et après j'ai emmené mes petites filles peu nombreuses jusqu'à Ste Marguerite.
Jeudi nous sommes allées voir Mère St Jean pour lui porter sa réponse. La bonne mère nous a fait fête et ayant entendu faire beaucoup d'éloges de Louis, n'a pas trouvé mieux que de tâcher de le marier et lui propose... Célia
La pauvre vieille est très tremblante, mais se rappelle tout le passé avec une clarté étonnante, elle parlait à Maman du jour de son entrée au Carmel, grand-père et Grand'mère amenant une petite fille en robe d'indienne rose.
Puis après une visite chez Laure je suis rentrée au couvent pour voir Mère Saint Paul (D'après les informations de l'abbé Choné, il s'agirait de Louise Genay, fille de Paul Genay et de Augustine Hanriot )
Mère Saint Paul adore la culture. Son père s'en occupait et avait fait planter en Bourgogne des haies d'ajoncs de Bretagne, parce que ce fourrage donnait un beau poil aux chevaux. Il y avait aussi apporté le rutabaga.
M B(... ?) est venu déjeuner. Il est très perplexe et ne sait plus quelle carrière choisir. Il s'est obstiné pour Polytechnique et ne veut pas être soldat. C'est assez difficile. La petite soeur va mieux.
Vendredi, Louis Michel (Peut-être le futur sénateur ? ) est venu prendre Louis pour aller pêcher une morte dans les prés. Ils ont pris pas mal de poissons et Michel est venu souper avec nous pour manger un gros brochet qu'il nous avait offert. Sa femme était trop fatiguée de la noce Voinier.
On en ferait un vaudeville de cette noce, à laquelle le père n'a assisté que pour venir signer, puis a remis son tricot pour aller à l'auberge, où la mère n'a paru que pour servir à table, où on manquait de valentin et où on a pris l'ordonnance (??? ) , lequel regrettait bien d'être obligé d'aller astiquer son truc (??? ), où le maître d'école disait de si belles choses, où Brunet avait si faim qu'il aurait bien payé 20 sous pour 2 sous de saucisse et où on avait envoyé nos cousins coucher chez les Bénédictines qui voulaient faire coucher les messieurs dans un lit et les dames dans l'autre, si bien qu'ils ont fini par s'en aller tous loger dans le village et que le petit Marc Antoine a couché dans la malle de sa mère, où la brosse à miettes et le plateau offerts par Amélie ont tant intrigué les gens qui trouvaient que la brosse serait plus commode sans manche.
On en aurait pour une journée à raconter. Nos cousins sont rentrés le lendemain pour dîner chez eux
Etant allée chez M Demange, je suis entrée chez Irma qui va un peu mieux. En descendant
j'ai rencontré Mme Mathieu. Théo Herqui ne sait pas encore quand il reviendra de Tananarive.
Hier, conférence de M (X), à laquelle assistait pas mal de monde, grand dîner au Grand Hôtel, puis autopsie d'une vache très tuberculeuse que M (X) déclare très mangeable..
Nous comptions sur les Brice de Paris pour ces jours-ci . Ils remettent leur voyage
Mercredi 26 - Depuis 4 jours, le temps s'est vite refroidi. La neige a paru menacer, il en est tombé quelques flocons qui n'ont même pas blanchi la terre. Le ciel est couvert et il ne dégèle pas dans la journée. 9 et 10 degrés le matin (ce sont sans doute des températures négatives )
Je suis rentrée de Lorquin vendredi dernier. Comme la dernière fois tante a été heureuse de me voir et en me voyant partir elle se désolait, paraissant sincère.
Le feu a été mis par un chat enflammé qui s'est précipité par le trou des poules, a sauté dans le râtelier des vaches et a disparu.
Si ma tante, au lieu d'appeler immédiatement avait seulement pris le temps d'aller voir, la maison y passait car la flamme passait entre le tas de foin et le tas de paille. Elle a montré un sang-froid extraordinaire, elle est surtout heureuse de voir combien chacun tient encore à elle, tout le monde est accouru pour l'aider, même Julie qui traînait une botte de paille. L'assurance adonné 110 frs
La vache a été réinstallée mercredi dernier après un balayage et des aspersions d'eau bénite. Tante prétend qu'elle veut absolument s'en débarrasser, mais je crois que cela (serait) difficile; ce serait quitter tous les souvenirs, toutes les habitudes, toute la vie, et puis que faire de la vieille maison..
J'ai fait une promenade délicieuse. Etant allée à Sarrebourg, j'ai déjeuné à l'abondance et je suis revenue par Hesse, j'ai visité l'église et j'ai repris le train de 5 h à Ober...(?)
Le pis , c'est que la bonne de Tante l'a quittée et ne paraît pas disposée à revenir. J'ai acheté une provision de beurre à 19 et 20 sous la livre. J'ai dîné chez Didier, c'est mon seul dîner pendant ce séjour. J'ai réussi à me débarrasser des autres.
En mon absence le docteur Henrion est venu deux fois, Julie qui a un petit fils est à Metz Henrion n'est pas content des Balley, qui, prétend-t-il, sont allés à Nice pour y être plus mal que chez eux. Ils sont malades tous les trois, il est même question de faire changer d'air à Suzanne.
Charlotte et Rose Michel sont venues aussi, elles ont emporté une provision de plantier. Hubert se marie avec une demoiselle Petitjean, la fille d'un Greffier. Je leur ai rendu leur visite dimanche et je suis tombée en plein dîner, les Louis, Michel, Pérot et autres.
La petite Marie est revenue lundi avec sa mère qui était venue la rechercher le mardi gras. La fièvre continue et Emile Dessange fait forcer la dose de quinine
Lundi, je suis passée chez les Simonet, Irma n'est guère mieux, chez Mme Demange qui était assez bien et au couvent où j'allais payer le livre des Dominicains.
Nous avons tué trois cochons qui sont finis depuis ce matin. Nous avons envoyé du boudin aux Brice, aux Bichat et Henry.
Louis a enfin reçu sa nomination dimanche matin. M Stehelin lui a envoyé sa carte et il est allé lui faire visite avec Père mardi matin
Père va à pied (...?) Hier il a fait deux fois le chemin de Nancy et il rentre d'une grande promenade dans les champs.
1er mars - Il pleut, la pluie a commencé vendredi avec le temps plus doux. Nous avons eu jeudi le docteur Henrion à déjeuner. Julie est toujours à Metz Père qui marche de mieux en mieux a reconduit le docteur jusqu'au chemin de fer.
L'après-midi, Julienne et Jeanne Schmidt sont venues nous voir. La petite Jeanne paraît contente de son mariage. Elle a beaucoup admiré Castor, sa chienne a un énorme collier de barbe qui lui donne un air très drôle. Julienne nous assure que les Benoît de Bar le Duc ont perdu leur dernier fils , celui qui était en Tunisie et que Louis devait toujours rencontrer.
Je les ai reconduites jusqu'au pont et en route j'ai insinué à Julienne de m'écrire quand elle voudrait venir déjeuner.
Vendredi, Maman et moi sommes allés à Nancy. Mère a commandé un collet chez Mathon et après quelques commissions nous nous sommes séparées, elle allant chez Irma, moi chez Mme de Conigham (?) que je n'ai pas trouvée, chez Juliette que j'ai trouvée seule, Paule est pensionnaire. Marie ne quitte guère le couvent. Je suis passée chez Amélie, où tout le :monde va bien, sauf le maître de la maison qui est très enroué.
Samedi nous avons reçu Bichat et Thiéry qui faisaient passer l'examen. Bichat est très ému de la mort de la jeune Bricout de Toul qui a pris une fièvre typhoïde en venant avec sa mère à Nancy pour surveiller les études de son frère. Jeanne ne va encore qu'à moitié bien.
Les Nancéiens ne sont pas contents des Stehlin qui se sont logés si grandement, ni de Tordes, qui leur a loué sa maison trop cher .. J'ai envoyé nos pots de jacinthe et de primevère pour le mois de Saint Joseph qui (?) a reçu aussi deux superbes tapis dont l'un est de Clotilde.
On a signé, aujourd'hui à l'église une pétition demandant qu'une fête de Jeanne d'Arc, le 2èmedimanche de Mai, soit érigée en Fête Nationale.
Les Hinzelin (?) ont perdu un fils cette semaine.
La petite Marie va de mieux en mieux , elle joue et commence à manger.
Hier soir, concert arménien. Louis y est allé et prétend qu'ils ont dû faire à peine leurs frais.
Aujourd'hui, Henrion est revenu, il a passé la journée et pour l'occuper après midi , on l'a emmené à Lay Saint Christophe. Les Simonet sont venus prendre Louis pour l'emmener chez Ernest Genay (Un cousin et le père de Paul Genay qui a épousé Suzanne Suisse ). Ils ont trouvé de vrais hartards (en patois lorrain: petit cultivateur pas très intelligent, un peu bête ), mal propres, sans soin. Espérons que Louis n'aura pas pareil ménage. (en patois lorrain: petit cultivateur pas très intelligent, un peu bête Est-ce une allusion au ménage d'Ernest ou à l'état des chevaux ? )
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Au patronage, la séance a été difficile, les enfants ont pris de mauvaise habitudes depuis quelques dimanche qu'elles sont seules. J'ai dû m'en débarrasser de bonne heure.
Ici les petites se sont déguisées avec les costumes de comédie, elles étaient si heureuse quelles ne voulaient plus se déshabiller.
Vendredi 6 mars - La pluie continue avec un temps relativement doux et un grand vent.
Louis est parti ce matin pour Paris, tout heureux de partir. Père est resté pour garder la maison! A-t-il eu du mal de laisser partir le pauvre Louis, nous disant qu'il ne lui donnerait pas d'argent, divaguant bêtement comme cela lui arrive quelquefois. Enfin il s'est calmé et ce n'est pas trop malheureux.
Il a mal aux reins depuis dimanche, le temps est aux rhumatismes pour tout le monde, chacun se plaint. La petite Marie qui était à peu près remise a été reprise par la fièvre ce matin. Nous avons essayé la tisane de plantain aujourd'hui., la fièvre n'a pas été forte, mais le malaise s'est montré quand même. Demain elle reprendra de la quinine.
Visite de tante Laure, sans grandes nouvelles.
Hier les Quenche. Conversation bien difficile, invitation pressante à aller à Saint Dié. Marie avait envie de faire du bois brûlé (Il s'agit peut-être de pyrogravure ). Je lui ai prêté mon appareil après lui avoir montré la manière de s'en servir. J'irai voir les chefs d'oeuvre la semaine prochaine.
Les Ferry sont très agités, on prétend que leur cour et fumier infeste l'école et on veut les empêcher de tirer (Peut-être : tirer pour traire (les vaches) ? ) chez eux.
Gabrielle a eu un (... ?) au sein et a maintenant un herpès dans tout le milieu de la figure, cela lui donne une forte fièvre. La mère Brunet la soigne et la maison va à peu près..
Fernand est à Paris depuis dimanche. Louis et Antoine sont partis ce matin.
Les Soeurs de Cherrage (?) m'ont écrit une longue lettre, enchantées de mon envoi.
Lundi matin je suis allée jusqu'à Nancy, j'ai acheté une jupe pour mon corsage rouge. Je suis passée chez la cousine Perrin, sa mère est malade, elle a la fille de Félix comme demoiselle de magasin.
La vente du train (Matériel de culture(train de culture) ) des (?) a eu lieu mardi dernier. Ils sont à Bainville sur Madon où ils tiendront une auberge.
Dimanche 8 mars - - Temps épouvantable, pluie vent, boue. La rivière monte à vue d'oeil, il pleut depuis trois jours sans arrêter . Notre pauvre Louis a eu un bien mauvais temps pour son voyage à Paris.
Papa a passé la journée d'hier à Nancy, il a déjeuné avec (?) et les Chatton. Il a rencontré Didier et Kremer qui ont couché à Nancy pour aller au théâtre et sont venus déjeuner aujourd'hui. La prestation de serment de Choub (?) amuse beaucoup les Lorquinois et ces deux s'en sont donné sur leur dos.
Nous avons envoyé les semences de jardin à M. Didier, à tante, aux (?).
M le curé a fait un examen des enfants de la première communion, à la grande épouvante de tout le petit monde. Louise Jounat s'en est bien tirée. Mes deux gamins ont un peu répondu aussi.
Au patronage j'ai eu une douzaine d'enfants. Je leur ai lu un conte, puis on a joué gentiment.
En sortant je suis passée chez Gabrielle qui va mieux quoiqu'elle garde le lit. La pauvre mère Brunet en a son saoul et trouve que cela dure bien longtemps.
Lundi 9 mars - La rivière est débordée et la pluie tombe toujours. L'eau était ce matin à la hauteur de 1880 et ce soir elle est bien plus haute, elle entre chez Alba par la porte de la rue. L'eau n'est qu'une boue, surtout depuis quatre heures du soir.
Ce matin à 7 h la drague s'est détachée seule et a marché bon train vers le pont. Elle s'est arrêtée au bout de l'île des Bloch et heureusement car si elle avait barré le pont que serait-on devenu.
Jules a emporté une cage pour mettre les poules et ses enfants coucheront chez les (?) qui demeurent au premier.
Il fait une humidité épouvantable aussi la fièvre ne quitte guère la petite Marie.
Louis nous écrit qu'il revient cette nuit ou demain matin. C'est heureux pour son chien qui devient insupportable. Le pauvre Castor ne cesse de le chercher partout, aussi je me réjouis de voir sa joie demain matin.
Père a été appelé au Progrès. C'est le syndicat des typographes qui interdit aux ouvriers de s'arranger. Cela devient inquiétant. 0
Mercredi 11 - La rivière a seulement commencé à baisser ce matin à 9 h. Nos pauvres voisins avaient renoncé à pomper. Ils n'en pouvaient plus après trois nuits de lutte. Comme il n'a pas plu hier et aujourd'hui, l'eau a pu s'écouler, mais ce soir il pleut et ce qu'on a gagné peut bien être perdu de nouveau.
Depuis 12 heures de baisse, quelques coins de terre se voient à peine, je ne sais même pas si on peut passer sur la route, quoique Louis ait voulu essayer ce soir, il est vrai qu'il a des bottes. Il est revenu de Paris hier matin et c'est heureux qu'il n'ait pas pu prendre le train de la nuit, il lui aurait fallu coucher à Nancy.
Il est content de l'accueil de tous, il a déjeuné chez Grosjean. Tisserand l'a bien reçu. Il est revenu un peu plus confiant qu'il n'était parti, ayant agi bien plus librement puis qu'il était seul. Il a revu Barrion et beaucoup d'amis. Le pauvre Finance est dans une telle dêche que les anciens de l'Institut se sont cotisés pour lui venir en aide (Il est sans doute là question des finances de l'Association des anciens de l'Agro ).
La petite Marie est toujours fiévreuse pendant toute la journée, cela tient sans doute au débordement.
Louis est à Nancy avec son ami Laureillard .
Mercredi 18 mars - Grande amélioration du temps. Ciel un peu couvert depuis 3 jours avec vent d'Est-Sud, très énervant. Dimanche journée magnifique, ciel clair et beau soleil, le temps qu'il fallait pour le succès de la cavalcade organisée par les étudiants. Nos parents y sont allés, ils ont trouvé que c'était beau quoiqu'ils aient attendu bien longtemps le passage du défilé devant le balcon de l'Hôtel de Ville. Louis et moi étions restés à la maison et avant les vêpres, nous avons pris des vues photographiques dans nos environs. M Dion nous a pris en barque à l'île des Mathieu, Louis a pris la vue de l'école et du village et nous avons pu nous rendre compte du ravinage que l'eau a fait dans les terres. C'est à tel point que Justine a demandé le réarpentage de la Niechelle (?) qui a une longue bordure emportée.
Jeudi dernier nous avons eu l'ami Laureillard à déjeuner, c'est un brave garçon qui est professeur à la Molière. Il a amené sa mère à l'hôpital dans le service du docteur Gr(?). Je suis allée la voir hier et avant-hier, elle se trouve bien de son opération, mais le docteur a dit à son fils que la tumeur était cancéreuse et reviendrait probablement.
Albert est venu déjeuner le même jour, il est d'une maigreur qui fait peine. Ce jour là je suis allée chez les Grenche (?) où j'ai fait une causette assez longue puis je suis passée chez les Gardeil pour leur parler du mulet de Viard qui ferait peut-être l'affaire de la mère de Marie leur petite bonne.. Samedi j'ai eu la visite de Melle Lallement et de Mme Bichat, elles sont restées deux grandes heures, je n'en pouvais plus de fatigue. Je les ai promenées pour amuser le bébé à qui j'ai montré le veau.
Le soir, arrangement de l'église pour la Saint Joseph. Nous avons placé les beaux lis de M Decaux.
Nos voisins Brunet ont la cocotte dans leur écurie. Ils ont 52 vaches malades. Louis fait lever les pieds des vaches au lysol.
Il prend vraiment bien la direction de l'affaire, mon grand frère et j'espère bien que Père la lui laissera pour l'année prochaine. M Benoît Marx nous a écrit qu'il ne prenait pas Lay St Christophe et nous en sommes bien aises car nous pourrons ainsi y aller et nous réhabituer peu à peu. Les dames Gaveil vont au Bas-Château.
Dimanche soir, les chères sœurs et moi sommes montées à Saint Joseph où nous avons eu le sermon d'un dominicain et la bénédiction solennelle. Nous sommes rentrées bien fatiguées mais bien contentes
Lundi, Père est parti pour Lorquin à 11 h. Il est rentré tout à l'heure pas trop fatigué. Il est allé se promener à Sarrebourg. Il trouve notre tante bien détraquée. Il m'a rapporté deux petits mouchoirs festonnés que tante m'a fait faire et qui sont bien jolis. Il en a commandé un pour la 1ère communion de Marthe Hommel.
J'ai rapporté un échantillon pour les robes de (?), robes de (?) de communion beige en lainage léger et joli.
Lundi je suis allée chercher à Lay outre quelques replants de fleurs, mes robes de communion, pensant qu'elles pourraient convenir à quelqu'enfant, à prêter bien entendu. J'ai revu dans les paquets des broderies de notre enfance, des petites choses de Louis, si petites
On a enterré hier le capitaine Pierron, le frère de Madame Mangin. Il est mort subitement d'une hémorragie en mangeant.
Rencontré hier aussi M (?) très vieux, très malade.
La petite Marie a eu une bien mauvaise journée, un accès de fiévre de 10h30 à 4h, avec douleurs générales heureusement pas fixes(?) A cette heure elle joue aux dames avec Louise.
Nous sommes tous très endoloris dans tous les membres. Louis souffre aussi de l'estomac. Je crois que c'est cet affreux vent d'Est.
29 mars - Le temps passe vite, d'autant plus vite qu'il est beau et très chaud (25 degrés). La végétation est surprenante, les violettes, les arbustes fleurissent à l'envi, les prés sont tout verts. Nous sommes allés dans l'après-midi à Lay, quelques heures délicieuses, nous avons jardiné et j'y retournerai jeudi pour continuer. Nous avions pensé conserver notre maison pour cette année mais les dames Gardeil sont venues nous la redemander.
Maman est aujourd'hui à Blâmont. Un voyage projeté depuis bien longtemps et qui s'est décidé tout d' un coup grâce à notre visite à Moncel (Fief de la famille Suisse ). Car nous sommes allés à Moncel, dimanche dernier pour emporter les plantes promises pour ce printemps.
Journée charmante, un peu fiévreuse mais bien gaie. Tous charmants ces gens de Moncel. Nous sommes rentrés à 9h du soir un peu fatigués mais bien contents. J'ai cependant manqué la visite d'Amélie et celle de ses 2 mioches qui ont été charmants. Jean appelait Maman Mademoiselle Antoinette au grand bonheur des autres.
Lundi nous avons passé l'après midi à Lay. Par ce printemps c'était tout à fait joli. Nous avons jardiné, papa fait planter des treilles après la maison.
Hier, Mme Bajolet est venue, peu amusante elle a tenu Maman jusqu'à 7 h du soir. Je l'ai quittée pour aller à Nancy, où j'ai trouvé Mme Laureillard qui dormait ayant l'air d'une morte.
Chez les Delcominette, Juliette n'allait guère bien. Maria y était, toujours bien. Passée chez Amélie qui joue à cache-cache avec moi.
Rencontré Vierling (?)
Maurice Delcominette était allé en manoeuvre à Amance depuis 6h du matin. La petite Marie est toujours fiévreuse, se relève un peu, mais c'est bien long.
ler avril Les jours ne se ressemblent guère, ainsi le 26 mars - nous avions la pluie, le vent froid et depuis cela n'a pas cessé.
Nous avons conduit, la petite Marie chez Emile Dion. Il croit qu'elle devient phtisique. Il nous a ordonné du sirop de lacto-phosphate de chaux, de l'antipyrine à haute dose et nous poussons à la nourriture, elle a pris goût au lait et nous arrivons à lui en faire avaler deux litres, du chocolat, des oeufs dans le lait. Sa petite figure se remplit, le sang arrive dans les veines, nous verrons ce que le médecin nous dira demain.
Mère a été toute heureuse de son voyage à Blâmont. Tante Reine (Reine Burtin est une soeur de Anne Julienne Burtin, mère de Sophie Brice, elle-même mère de l'auteur(e) de ce texte. ) est beaucoup mieux qu'elle ne l'avait cru, Elle ne trouve plus toujours les [mots], mais a les idées très nettes. Elise l'a promenée dans le jardin. Elle a regretté de ne pas avoir vu Marie Hanriot ni le docteur qu'elle ne connaît pas.
Jeanne est tout à fait remise. Elle se promène avec Paul Hanriot qui va mieux aussi.
C'état tout un voyage pour Mère, cette journée à Blâmont. Pour nous, nous n'avons pas été trop orphelins, parce que nous sommes 3, ce qui est bien plus gai.
Madame Laureillard est mieux, on lui a fait des injections de sérum, elle que c'était pour la nourrir. Mimi n'est pas en odeur de sainteté dans sa salle car elle sent mauvais et se jette en bas de son lit.
23 avril - Trois semaines de retard, trois semaines de mauvais temps et pas gaies.
J'ai conduit le jeudi saint la petite Marie chez E Demange qui a trouvé que la maladie avait fait des progrès et qu'il fallait la rendre à ses parents. J'ai remis à une semaine. Le jour de Pâques elle a reçu sans trop de fatigue ses frères et cousins. Le lendemain ses soeurs, puis comme sa mère était venue pour débarrasser, nous l'avons emmenée le mercredi chez le docteur, qui l'a trouvée mal et de là en chemin de fer pour Champigneulles. Depuis elle est à peu près stationnaire, elle mange moins qu'ici et ne se laisse guère droguer. Elle a dû aller aujourd'hui chez un guérisseur à Frouard.
Malgré le mauvais temps, Père a voulu aller à Lorquin le lundi de Pâques, pensant y rester trois jours. Il est rentré le lendemain bien fatigué et bien refroidi.
Il est bien désolé de ses mauvaises jambes et de son ventre, à part ces ennuis sa santé générale est bonne.
Louis peut bien prendre la direction de tout, il est très satisfait et fait marcher tout le monde.
Ce n'est pas toujours sans peine qu'il décide père à le laisser faire, il lui faut même parfois beaucoup de diplomatie.
Nous avons les peintres depuis trois semaines, ils avaient essayé de se faire abreuver et de flâner comme l'an dernier. Mère les a mis au pas et ils se dépêchent.
Ils repeignent les persiennes. On a remplacé la corniche et les chénaux du toit.
Nos avons eu les Barrabino à déjeuner le jour de Pâques, très gentils tous les quatre. Louis a photographié les deux gamines en burnous ce qui les a ravi. Jeanne fait sa première communion le 9 mai.
Marthe Hommel a fait la sienne le dimanche de Quasimodo. Grand dîner chez la grand'mère. L'ordre était de se bien tenir et que ni Michel, ni Louis, ni Brunet ne manquent en rien à la courtoisie. Un dîner monstre et très réussi, nous sommes restés, Louis et moi jusqu'après le souper.
Les vieux Louis sont les hôtes les plus parfaits que j'ai jamais vu, rien ne les sort de leur amabilité quand ils reçoivent.
Laure était là avec sa bonne bande de petits, les fils exceptés, tous si bons gros et elle si maman..
Henrion nous est venu au retour de Bourbonne. Les Balley vont bien. Marie est toute remise en voyant son monde en bonne voie. Le pauvre Henrion devait revenir mais les événements politiques l'ont rappelé à Paris bien plus tôt qu'il ne l'avait pensé, ce pauvre député malgré lui (Edouard Henrion, élu député de Nancy en 1893. ) .
Il y a hier huit jours,(??) j'ai reçu un mot de Louise Marchal m'appelant à Lorquin au plus vite pour soigner notre tante qui était alitée depuis deux jours. Je pars immédiatement et en arrivant je trouve tante debout. Elle avait eu une simple indigestion. Tout au plus était-elle restée quelques heures dans son lit. Personne n'en revenait de ce qu'elle m'avait fait revenir pour si peu de choses.
Cela m'a valu à voir l'exposition de broderies. Exhibition intéressante pour ceux qui aiment cela, mais qui a fini par m'agacer à force d'en entendre parler. Les Lorquinois sortant tous leurs vieux chiffons, s'esclaffant devant rien du tout. Des gens qui portent du linge à peine propre peuvent bien tant parler lingerie. Le musée de Strasbourg avait envoyé quelques beaux échantillons de broderies persanes, chinoises, dentelles anciennes intéressantes à voir.
On entrait au musée Marchal moyennant 7,5 sous. Un ramassis de vieilles choses dont la collection a fait le bonheur de ce pauvre vieux. Il faudrait pouvoir y fouiller seule. C'était Demange qui montrait cela, il débitait son boniment de la meilleure façon. Les visiteurs indigènes prenaient des airs effarés à la vue des squelettes. J'y ai passé un bon moment.
J'ai soupé un soir chez Marie Desfrères qui est partie le lendemain pour Lunéville à l'enterrement de son oncle (?)
Joséphine était là-bas bien ennuyée de ses deux fils, elle va faire des réparation à Zufall (Une ferme située à environ 1 km du centre de Lorquin, sur la Route d'Abreschviller. Elle devait appartenir à la famille Jeannequin. Il y avait eu là un Chateau. Ce lieu s'appelle aujourd'hui le Hasard (en allemand Zufall) ) Marie Valette est revenue aussi bien portante que possible. Fifine baisse beaucoup Notre tante a une bonne que Justine lui a procurée, puise-t-elle la conserver !
En rentrant j'ai trouvé Maria Ya... qui a remis sa santé aux mains du docteur Gross et qui s'en félicite.
Mais quelqu'un que je ne vois plus du tout c'est Julienne qui me boude parce que le lui ai demandé de m'écrire quand elle voudrait venir. Elle se rejette sur les Henry et par M Henry que j'ai vu hier, j'ai pu constater qu'on tape sur les Guillaume. Elle doit emmener Amélie à Paris après la première communion de Marie.
Nous avons eu la cocotte sur nos vaches depuis que j'ai écrit. Cela va mieux maintenant. Aux fermes on a perdu quelques vaches et le haine entre les deux maisons ne fait qu'augmenter.
Gabrielle qui nous a fait une longue visite lundi, était absolument folle (?). Tante Laure est revenue hier et quoique sa visite nous ait fait plaisir, nous sommes maintenant à 100 lieues comme idées, c'est plus que pénible.
Subtile a fait deux beaux petits chiens. Nous avons encore 6 chats, nous aurons des lapins demain et s'il fait chaud je ferai un essaim artificiel, c'est une pluie de naissances (?).
1er mai - Le temps ne veut pas se réchauffer et il tombe encore de temps en temps quelques petites averses. Père est à Paris depuis mercredi, il est allé directement à Amiens d'abord, puis au Paraclet, il doit être en ce moment à Paris où il a beaucoup à voir.
La semaine a été très agitée du point de vue politique. Le ministère Bourgeois est tombé. M Méline s'est chargé d'en former un autre plus modéré, il a réussi et ils sont vraiment bien dévoués, ceux qui acceptent pareille charge. On peut leur souhaiter de durer.
Mme Lefèvre (?) a marié sa fille samedi dernier, joyeuse noce et très réussie. Nous sommes allées à la messe, toutes les toilettes étaient gentilles, on a mangé et dansé pendant deux jours, tous sont fatigués mais bien contents.
Julienne que j'accusais est venue pour la journée de dimanche, elle a été, dit-elle, très occupée, elle devient une petite boule drôlement habillée qui amuse beaucoup Louis. Les Balley nous ont aussi surpris le même jour. Julienne nous avait annoncé Amélie et ce sont eux qui sont arrivés. Ernest est aussi bien que possible, moins bien pourtant qu'il y a un an. Marie a rengraissé, Suzanne va couci-couça. Ils m'ont apporté un joli coffret d'olivier.
Ernest est reparti, Marie et Suzie sont à Lunéville.
Notre tante me réclame encore, mais je me fais un peu plus attendre.
Louis profite de l'absence de Père pour faire le poulailler. Nous devions, Maman et moi aller à Lay, mais Discazau (?) a été pris d'une de vomissements de sang et mère n'ose le quitter.
La petite Marie baisse fort. Je l'ai vu hier, elle ne plus se tenir debout, elle est très exigeante et ne mange rien du tout, à part des cerises et des fraises. La pauvre Nathalie est brisée de fatigue et de chagrin. Père Jean est de plus en plus vieux.
Mardi, j'ai vu Amélie qui est très grippée. Rencontré chez elle M de Maupassant (Y a-t-il un rapport avec l'écrivain !? )
, M Lemonnier, M Burtin, bonne après-midi. J'ai acheté un petit nécessaire de couture pour Marie Henry. Louis a tué les taupins des collections(?) avec du sulfure de carbone. Nous allons essayer sur nos taupins.
J'ai commencé aujourd'hui le croquis de l'aquarelle de Nancy..
Les élections municipales se préparent, à Nancy, il y a des réunions à grand fracas..
Marie M...? a eu une petite fille la nuit dernière.
On dit qu'Antoinette va revenir habiter Nancy.
28 mai - Un triste mois. Je vais le prendre au commencement afin de n'en rien oublier.
Le voyage de père à Paris s'était bien passé, il nous en était revenu bien reposé, content de ce qu'il avait vu et de la manière dont on l'avait reçu, content aussi de se retrouver chez nous.
La petite Marie continuait à baisser, sa jambe s'était mise à enfler le 9 mai, la faisant souffrir. Alors M le Curé était venu lui parler de la 1ère communion, elle avait accepté de la faire avec plaisir puisqu'on lui promettait de la recommencer l'an prochain. Tout était prêt, elle avait reçu l'absolution, le 9 elle devait recevoir le Bon Dieu à 6 h le dimanche, quand après s'être réveillée bien gaie à h demandant que l'on ouvrit les volets pour tout préparer, elle a dit tout à coup à Nathalie qu'elle ne voyait plus clair, a encore murmuré quelques petites choses et s'est endormie pour toujours, sans souffrances et sans secousses, sa petite âme blanche si simplement croyante s'envolant pour l'union éternelle.
On l'a enterrée le lendemain lundi au milieu d'une vraie foule, la pauvre Nathalie, son Matthias étaient bien désolés, ils n'avaient pas cru que cela pouvait arriver. Nathalie qui était très fatiguée s'est trouvée mal en sortant du cimetière,
La veille j'avais dîné avec les Henry, pour la lère communion de Marie, fête de famille et Julienne et moi étions les seules étrangères, et en revenant de Champigneulles j'ai dîné chez les Henrion, toujours une corvée malgré la bonne volonté qu'ils y mettent. Les Balley sont repartis le lendemain.
Dans la dernière page de mon journal, je parle de Discazau dont les crachements de sang sont inquiétants.
Je ne croyais pas alors qu'un chagrin que nous avions redouté entre tous viendrait nous atteindre. Après cet accident de Discazau, nous avions pris toutes les précautions possibles, le nourrissant tant que nous pouvions et le dimanche il s'était trouvé si bien qu'il avait dîné à table. Malheureusement comme il était lancé, je n'ai pas pu le faire rentrer avant le soir, il a même joué de la flûte. Est-ce cela qui l'a fatigué, toujours est-il qu'il a eu de nouveaux crachements le soir. Le lendemain la journée a été bonne, mais le soir à huit heures, alors que Louis, mère et moi étions près de lui et qu'il nous racontait quelque chose, il s'est mis à rire et le sang est arrivé à flots de 8h à 1lh il n'a pas quitté. Louis est allé chercher M (?)qui lui a fait des injections d'ergotine (?) qui l'ont calmé. Mais depuis les crachements ont repris tous les jours, puis la fièvre.
Mère, qui avait d'abord écrit aux gens de Peyrehorade, a télégraphié le mardi matin. La réponse est arrivée aussitôt annonçant une tante. Bernard en a été tout réjoui, tante Marie savait bien soigner et racontait tant d'histoires. Le jour de l'Ascension, tante Marie est arrivée, Bernard était dans un bonheur sans pareil, nous le croyions mieux, malheureusement la fièvre a pris, continue sans que rien puisse ralentir le pouls. Les lavements d'antipyrine (?) abaissaient la température (37°) mais la fièvre marchait toujours.
Puis la diarrhée a pris, le pauvre souffrait beaucoup, enfin le lundi soir il a commencé à délirer et dans la nuit à 2h , tante Marie est venue nous appeler, il était au plus mal, il râlait. J'ai cherché notre curé, qui était déjà venu le voir plusieurs fois , il l'a reçu, s'est confessé et réclamait le Bon Dieu qui ne venait pas assez vite. Un spasme l'a pris en recevant la sainte hostie qu'il a recrachée en partie avec du sang sur une serviette que nous avons brûlée. Puis l'agonie a commencé en pleine connaissance. Des heures que je ne puis décrire, c'est même inutile, car nous ne pourrons pas les oublier, terribles et consolantes, heures de miséricorde, puis notre enfant est mort à 9h précises.
Nous l'avons enseveli, quand il a été arrangé sur son lit entouré de plantes et couvert de boules de neige. Les ont défilé près de lui montant la garde à tour de rôle.
La tante Marie est repartie à 1h. Louis était allé prendre l'appareil de Simonet et a pris deux photographies envoyées en souvenir de la pauvre famille de là-bas.
A 6 h, on l'a mis dans le cercueil devant les amis de 2°' année et les maîtres. Les élèves avaient acheté une superbe couronne et pris le deuil. Père m'a envoyé acheter aussi une grande couronne offerte par lui et les professeurs.
Le lendemain à 10h, on a porté notre pauvre Bernard à l'Eglise beaucoup de gens du village suivaient les élèves et les professeurs. Après l'office M le Curé l'a conduit jusqu'au pont où chacun a défilé en jetant l'eau bénite, puis Bichat a fait un discours improvisé qui a bien touché tout le monde. Mes parents en voiture, puis Louis conduisant les élèves et les maîtres sont allés jusqu'à la gare.
Je suis restée pour suivre un autre enterrement celui de la petite Mme Touvet morte à l'hôpital d'un cancer à l'estomac. Que de souffrances et de chagrins
Mère a écrit à Madame Discazau, moi à tante Marie qui m'a répondu par une bien bonne lettre, nous remerciant tous de nos bons soins pour Bernard.
Jean Baptiste a écrit aussi, remerciant et annonçant qu'il ne voudrait pas reprendre la place à Bernard. La pauvre mère est affolée. Déjà malade depuis la mort de son mari, l'employé des pompes funèbres dit que cela fait peine à voir.
Les photos seront prêtes demain soir, nous pourrons les envoyer.
Tout le monde a été bien bon pour nous. Julienne m'a écrit, Amélie est venue nous voir, toujours bonne. Elle et Julienne sont allées à Paris. Amélie en est très reposées (...) Germaine leur a beaucoup parlé de moi, paraît-il, elle va bien mieux et de tête.
Les fêtes de la Pentecôte nous ont un peu reposés. Mes parents et Louis sont sortis. Je suis restée seule, j'ai reçu la tante de (... )! Et les parents du petit Roussel qui doit aller chez (?) pour sa cataracte.
(...) nous est revenu après avoir boudé bien longtemps, il est pâle et maigre.
Le petit Jeanjean a fait une apparition le lundi de la Pentecôte. Son père et mort, il voudrait bien être exempté. Aujourd'hui, Mme Bo... (?), Jeanne, Albert. Tous s'effrayaient de les avoir, la pauvre femme est si sourde que la conversation est bien pénible. Elle nous a annoncé ses sœurs pour demain.
Un de nos élèves, (...) un arménien, est au lit d'une jaunisse causée par la mort de Discazau, il a bien peur de mourir, chez lui est si loin !
On a désinfecté l'infirmerie, non que la contagion soit à craindre mais pour rassurer l'esprit public et puis en changer le papier qui est si laid qu'il ne peut que donner des cauchemars - à nos malades.
Hier Jeanne Veltin nous annonçait une bien triste nouvelle, sa cousine (...) est phtisique, elle crache le sang, elle se voit partir et se désespère de laisser ses deux enfants.
Que n'est-elle partie il y a deux ans, elle avait repris tant de vie depuis; elle avait fait si gaiement son voyage à Lourdes
Jeanne Abadie est aussi très mal.
Que nous est-il donc réservé à nous qui sommes si heureux ?
Mimi (Il pourrait s'agir de Madeleine Brice, soeur de Marc Antoine Brice, son grand-père.? ) est morte aussi, le père H... (?). Mme Lamy de Vic a succombé à une fluxion de poitrine qui a duré quatre jours. Louis est allé à l'enterrement, Père étant trop fatigué par une journée de révision à Haroué pour y aller.
4 juin - Notre vie a repris son cours ordinaire. Nous pleurons bien encore un peu de temps en temps, mais les occupations ne manquant pas viennent forcément nous distraire. Dimanche j'ai envoyé à tante Marie les portraits de Bernard. Ils étaient bien faits , mais quel effet auront-ils produit sur la pauvre mère, j'ai recommandé à tante Marie de ne lui montrer que si elle jugeait à propos. Le souvenir de Bernard me poursuit partout, partout je retrouve la figure du pauvre petit dans ses derniers moments.
Et puis de tous côtés, je ne trouve que des malheureux. Vendredi je suis passée chez Madeleine Rousselot, la pauvre fille fait peine à voir tant elle est maigre, laide et découragée. Elle souffre de polypes dans le nez, a été opérée cinq fois et ne peut se guérir. Elle paraît être brouillée avec les siens car elle est bien seule.
En revenant visite à Maria Jablot, elle se trouve mieux, quoique encore elle soit bien misérable. Enfin elle peut sortir aller à l'église, à la pépinière.
Samedi, visite des dames Bach accompagnées de Melle Briquet. Très vieillies les pauvres Bach. Elles ont emmené le petit chien. Camille est arrivé pendant que ces dames étaient là. Sa visite a été aimable quoiqu'elle ne nous ait causé aucun plaisir. Sa mère est très grippée. Il était venu à bicyclette. Simonet est venu vers le soir chercher Louis et il a décidé le départ de Camille.
Dimanche j'ai repris mon patronage, nous sommes allés au bois avec les soeurs. Bonne journée. Le soir en rentrant j'ai commandé des tarlatanes de reposoir au Bon Marché. Ce matin j'ai reçu réponse qu'il n'en avait pas ni aucune autre chose que j'avais commandée.
Mes parents ont fait une bonne promenade en voiture à Lay. Louis est allé à la foire. Lundi, nous avons décidé Père et Mère à venir voir le cinématographe qui est bien curieux. Après un tour de foire, nous sommes entrées, Mère et moi, à la Passion. Nous avons laissé père se promener car ayant revu la Passion, il n'a pas éprouvé le même sentiment que la dernière fois et une fois de plus eût été de trop.
Nous-mêmes, quoiqu'un peu émues nous n'avons pas non plus retrouvé l'émotion poignante de notre première visite. Revenues à l'hôtel j'ai causé avec Bichat en attendant Père. Il a trouvé bien fait le rapport de Louis sur les planteuses de pommes de terre et me dit de le pousser à écrire un peu et à se faire valoir .
Son Albert revient le 10 juin.
Mardi, expédition à Lay à la recherche de notre part de terre communale. Une promenade délicieuse dans les chemins montants dans les haies vertes, le long d'un petit ruisseau pour aboutir à un terrain pierreux, dont on peut dire ce que grand-père disait des terre de Lorquin, que les pierres qu'on enlève vous rapproche des pierres qui sont dessous.
Redescendus par les sapins et retour très gai. Louis était heureux des promenades.
Après midi, visite de condoléances à Suzanne Lamy, Visites aux dames Bichat qui se préparent pour la noce de M Gain et de Melle Loosen, visite à Amélie qui est toujours désolée du départ d'Augustine et qui parle de se brouiller avec le couvent.
Hier mercredi, journée de jardinage à Lay. J'ai planté des fleurs en masse et nettoyé la cave aux bouteilles qui a les champignons. Nous avons pulvérisé de l'eau céleste à haut degré.
En revenant j'ai rencontré Brière. Charles partait le même soir pour Constantinople avec (?)
Aujourd'hui jeudi nettoyage et raccommodage. J'ai repassé ce matin la robe de Marie Masson pour la fête-Dieu.
Albert de Nathalie était venu pour se reposer car ses jambes lui font mal. J'espérais le garder quelques jours, mais il n'y a pas eu moyen, il est reparti ce soir.
Louis souffre un peu du foie depuis quelque temps. Il a pris ce matin une forte dose de calomel qui l'a démoli, espérons que l'effet antiseptique sera complet.
Triste nouvelle encore, le pauvre Victor Pérot (Victor Pérot était un cousin (?) d'Hippolyte, ) est mort subitement à midi. Maman est allée chez Julie (Julie Missenard, épouse de Victor Pérot ) et j'aurai des détails ce soir. Les pauvres gens avaient encore tous leurs enfants hier. Louis les a rencontré à la foire, il faut que l'accident ait été tout à fait subit. La question Henrion va se trouver ainsi tranchée tout naturellement.
Nous avons enfin un peu de pluie, très peu, mais le temps est refroidi quand même et les plantes peuvent un peu se redresser. Il a même plu assez fort vendredi et ce n'est que le soir assez tard que j'ai pu aller faire quelques commissions à Nancy, pour la Fête-Dieu et le ménage.
Samedi, Mme Lefèvre a marié son Emile, cela l'enchantait assez peu, mais elle s'est enfin résignée. Elle a fait le dîner elle-même et cela a été ainsi pas trop cher et suffisamment bon.
La pauvre femme n'en sort pas et toute la lingerie est très en retard. Cela m'a valu de repasser moi-même la robe de mousseline de Marie Masson et je m'en suis pas trop mal tirée.
Nous avons reçu samedi matin une bonne lettre de l'abbé Jacquemont qui remercie des plants de fleurs et une photographie de Marie Boquette (?) très ressemblante faite par l'abbé vicaire. Mais la bonne petite vieille ne s'est pas trouvée à son goût, elle est trop ridée, puis B(...?) lui a dit qu'elle avait le nez comme un sabot et que l'abbé n'aurait pas dû la mitrailler... Aussi a-t-elle caché son portrait, se promettant bien de le laisser voir à personne.
Samedi soir j'ai rangé l'église et j'ai eu beaucoup à faire étant seule. Virginie est malade,, les soeurs préparaient leur reposoir. Cela m'a valu de tailler une bonne bavette avec notre gros curé qui est vraiment un excellent homme. Il a acheté une belle bannière verte pour les garçons de St Vincent de Paul.
Dimanche, Fête-Dieu, reposoir chez Mme Mangin et chez les soeurs. Nous étions nombreux quoique presque exclusivement des femmes, chaleur suffocante à l'église.
Père est allé à Lay St Christophe, il a rapporté quelques pivoines sans queue et après dîner nous annoncé qu'il les emportait à Lorquin. Notre bon cher Vieux allait passer son anniversaire (Il s'agit d'Hippolyte né en juin 1828 à Lorquin où sa mère est enterrée ) près de sa maman. Il est bien attristé et souffre beaucoup de ses rhumatismes.
Je ne sais pas s'il nous ramènera des Lorquinois pour la foire, il n'y tenait guère et nous non plus.
Louis a passé son après-midi à la foire, la fileuse de verre l'a beaucoup amusé, il a aussi rencontré un arabe habillé en (...?) et a fait une causette avec lui pour le bonheur des badauds.
Mère étant passée chez tante Laure, Pierre est arrivé, ayant reçu un poids de 1 kg sur la tête et se prétendant tué. Mère lui a donné de quoi se panser, mais n'en revenait pas de l'éducation du jeune homme.
Notre marcaire (vacher... en lorrain ) Georges est parti ne voulant pas payer une amende à laquelle il était condamné solidairement avec 6 autres, lesquels se sont en allés aussi.
Louis a vendu la vache 200 frs à Emile Tranh.
J'ai visité mes ruches, mon essaim artificiel a essaimé et sa ruche est presque vide de mouches mais pleine de miel. Avant de partir, la mère avait pondu un oeuf qu'on élève en mère, espérons que cela n'emmènera pas le reste.
J'ai fait ce matin des beignets d'acacia pour les élèves Ils avaient cueilli les grappes et se sont régalés des gâteaux qui du reste étaient très bons.
20 juin Le temps passe et j'oublie mon journal. La mort du pauvre Victor Pérot me semble déjà bien loin. Nous l'avons accompagné au cimetière le surlendemain et depuis on a déjà pourvu à son remplacement. Julie et Henrion se sont pris en grippe, ennemis irréconciliables aussi aucune combinaison n'était possible pour faire rester Julie au Faubourg. Comme son fils Eugène va se marier elle ira vivre avec lui et Henrion prend Rosalie et (?) avec leur bonne pour le remplacer. La pauvre Julie est tout aigrie mais je crois qu'elle regrettera bien des fois le temps passé chez le docteur.
Marie est venue passer quelques jours de lundi à vendredi. Nous l'avons eue mardi à déjeuner et pour l'après-midi. Je lui ai montré notre manière de conserver les pois et les fruits. Papa est allé lui-même nous cueillir des cerises pour les mettre en bouteilles.
Vers quatre heures le même jour, Georges, l'ancien cocher des Brunet est venu nous appeler, le petit Marcel venant d'être écrasé par son cheval. Heureusement, il n'en était rien, quoique le petit ait échappé à un grand danger, le cheval lui ayant posé son pied sur le dos, le fer était parfaitement marqué. Le lendemain il jouait bien gaiement et ne paraissait plus rien sentir.
Père, à son dernier voyage à Lorquin, a eu beaucoup de plaisir. Il s'est promené avec tante sur le plateau dans leurs vieux champs, puis le soir il est allé à Zuffall. C'est seulement dommage que tante lui fasse d'aussi mauvaise cuisine, il en était tout à fait malade.
Nous avions craint lui voir ramener Marie-Thérèse, mais il a justement rencontré Mme Crevaux (il pourrait s'agir de la veuve de l'explorateur Jules Crevaux, originaire de Lorquin et disparu en 1882 en Amazonie. ), sa mère et ses filles et les a aidées à passer la douane.
Il paraît que Marie Choub est à Nancy jusqu'à lundi. Nous ne l'avons pas encore vue, puisse-t-elle ne pas venir du tout. Ce sont les dames Goubler qui m'en ont parlé. Je suis allée hier jusqu'à chez elles, Mme Goubler va bien ou à peu près.
En sortant de là, j'ai trouvé le tramway montant, je l'ai pris jusqu'au Bon Coin où j'ai découvert un immense quartier en création, très bien situé.
M Melchier est venu faire une conférence sur les mouches. Les élèves l'écoutent bien, mais que le bonhomme est ennuyeux au demeurant. Mon essaim artificiel avait élevé de jeunes mères, il a jugé à propos de les tirer pour en faire élever d'autres. J'ai ouvert la ruche ce matin et on n'avait pas élevé du tout.
Nous avons fait notre reposoir dimanche dernier. Tarlatane blanche et roses variées, c'était d'une fraîcheur idéale . Louis l'a photographié ainsi que les deux autres, celui des Terlin (?) en branchettes de sapin et fleurs des champs et celui des Flick en rocher et en mousse, tous deux bien jolis.
Tante Marie m'écrit que Mme Discazau ne se remet pas, cela se comprend et nous ne pouvons que la plaindre. Nous avons expédié les caisses de Bernard la semaine dernière. Je vais envoyer ce qui reste d'argent et ce sera fini ce triste épisode de notre vie.
Isidore a eu un crachement de sang la semaine dernière, il a été fort effrayé, nous aussi. M ('?) ne lui a trouvé rien de grave et Isidore est un peu rassuré.
Un de nos arméniens est malade aussi et de plus bien difficile à comprendre. Ces pauvres garçons ont surtout une grande peur de mourir loin de chez eux.
Virginie André est à l'hôpital depuis huit jours. On lui a enlevé des hémorroïdes, l'opération a été assez longue mais la suite encore plus car elle n'a pu prendre aucune nourriture depuis lundi jusqu'à vendredi. Elle n'en souffrait pas trop, son plus grand ennui était les pleurnicheries de sa mère.
Nous avons eu un bien bon temps . Chaud avec des averses. Nous finirons par rentrer notre foin bien sec et bien sain, ce qui est heureux parce qu'il n'y en a guère. Louis va faire rentrer la semaine prochaine le foin de Lay St Christophe. Le marquis de Mires (?) a été assassiné et il y a eu un grand naufrage sur les côtes du Morbihan.
Hier je suis allée voir M Demange qui m'envoie à Royat ainsi que mon père Cela nous changera d'Aix
27 juin - Mon père n'a pas voulu se décider à venir à Royat avec moi, il va à Aix et moi je pars seule. Aussi vais-je profiter en prenant un billet circulaire pour Lourdes. J'en ai écrit (?) à la tante Marie en lui envoyant les comptes de Bernard et elle se propose de me rencontrer à Lourdes et de me faire visiter les Pyrénées.
Les pauvres gens ont une immense reconnaissance à nos parents, qui après avoir bien soigné leur enfant leur envoient encore de l'argent .
Notre bon grand Ludo (Est-ce un surnom pour son frère Louis ? ) est à Soissons, il rentre ce soir, parti de mercredi. Il a un peu profité de son séjour là-bas en allant à Paris. Il paraît qu'ils ont été bien mal couchés, obligés avec (?) les deux Louis de se partager les deux matelas de M Croissant.
J'ai eu Jeanne Guillaume toute gentille, elle est venue samedi avec Pierre et je lui ai rendu sa visite mardi. Nous en avons profité pour flâner un peu ensemble. Nous sommes entrées chez le père Auburtin qui nous a fait admirer le croquis du tableau de son fils.
J'ai aussi porté les deux tableaux destinés à la vente du couvent. Elles ont de très jolies choses mais la pauvre Julienne est surmenée.
Mme de Conigham est venue dimanche avec ses deux fillettes qui sont toute gentilles. La mère est charmante.
Louis a découvert une nouvelle maladie des pommes de terre. Il en a envoyé un échantillon pour qu'on la détermine.
On nettoie l'étable des vaches, qu'on cimente, à cause de la phtisie. Elles sont en ce moment à la petite maison
Nous avons en ce moment une véritable invasion de chenilles velues, qui dévorent tous nos arbres fruitiers et autres. Rien ne les détruit, ni l'eau de tabac, ni l'eau de savon. Elles s'étaient même attaquées à nos petits palmiers.
Il fait un très bon temps suffisamment chaud sans l'être trop. Nous avons eu encore une journée de pluie qui avait amorcé un refroidissement du temps. Aussi, plusieurs de nos élèves ont eu des coliques. Notre garçon d'écurie a une petite entorse du genou. Isidore va mieux, il prend consciencieusement de la boule d'acier (?).
Mon départ cause un grand embarras parce que je ne pourrai faire répéter les comédies. Les demoiselles Marchand ne veulent pas s'en charger seules. Marie Hommel ne veut pas aider. M le Curé doit sonder M Deran (?) à ce sujet, mais je n'espère pas grand'chose.
Le duc de Nemours est mort. Demain inauguration du monument Carnot. Père est de toute la fête, ce sera une grosse journée pour lui.
Un fils Mangin de Champigneulles s'est noyé dimanche dernier à la pèche à Messein. C'était un bon grand garçon de l'âge de Louis, fils de la Joséphine B(?).
L'essai que M Melchier a fait sur mon essaim n'a pas réussi. Je lui ai écrit aujourd'hui de tâcher de passer un de ces jours pour y remédier si c'est possible.
30 juin Je devrais déjà être bien loin si un petit bobo ne s'était établi sur mon doigt.
La crainte de le voir se développer outre mesure me fait retarder mon voyage de quelques jours et je ne le regrette qu' à moitié, il fait si bon chez nous.
Louis est revenu de paris samedi à minuit par le train des ministres. Le pays de Soissons l'a peu enchanté, le concours aussi et il a filé sur Paris où il a trouvé son parrain les théâtres et les deux salons. Il a eu le temps de les voir en un jour, aussi il était moulu.
Dimanche matin , visite aux ministres Barthou et Boucher venus pour l'inauguration du monument Carnot. Ces messieurs ont fait des compliments à nos hommes de la part de M Méline. Après-midi , nous avions les vêpres à 1 h pour que les paroissiens puissent assister à la fête. Nos hommes partent à 2 h. Père assiste à l'inauguration à l'ombre des tribunes. Louis installe ses élèves autour du monument, puis il va lire les journaux chez Baudot. Il nous revient le soir pour souper, laissant Père au dîner des ministres. Nous bavardons toute la soirée en attendant le feu d'artifice qui fût très maigre.
Père rentre à 1l h, pas trop fatigué et il pleut .
Mère et moi pour notre dimanche de congé nous sommes allées nous promener dans les champs et les prés par un temps délicieux.
J'ai aussi organisé la représentation du lendemain de la fête avec les demoiselles Marchand, Marie Homme] et Mme Decaux (?)
Hier après midi, je suis allée à Nancy chercher mon billet, 151 frs. Je suis passée chez Melle Sophie où j'ai trouvé M Hugo qui a été très aimable.
Laure D (?) est réinstallée chez elle depuis avant-hier. Elle était restée rue Callot depuis la mort de sa mère et par son chagrin et son excitation, elle a mis Jeanne dans un état de nerfs pitoyable.
Le matin nous avions eu le curé de Cherraga. Un beau curé à barbe noire. Il va à Contrexéville.
Nous lui avons montré le jardin. Il nous a parlé de l'Afrique qu'il connaît assez, il avait un cousin évêque à Carthage. Il est de Reischoffen. Sur notre conseil il est allé à la Chartreuse (de Bosserville, sans doute ) qu'il a trouvée très intéressante à visiter. Ce qui l'a surtout amusé c'est de voir les pères sonner la cloche tour à tour.
Le soir vers huit heure, l'élève M (?) est venu nous appeler pour que nous allions voir B (?) qui était malade.
Le pauvre garçon avait été pris vers le soir d'un torticolis assez fort pour lequel je lui avais mis de la teinture d'iode. Le torticolis s'est étendu et est devenu si douloureux qu'il a été pris d'une crise de nerfs qui a duré trois heures. Le docteur Crantois ayant perdu son père, Louis a été chercher Emile Demange qui nous a dit que c'était, une crise d'hystérie. Ce qui l'effrayait un peu , c'était la perte de connaissance.
Comme il l'a beaucoup secoué, l'enfant s'est réveillé après son départ, ne se souvenant de rien. A minuit nous l'avons quitté et M G(?) nous a dit qu'il s'est endormi à 2 h du matin. Aujourd'hui il est encore un peu entourné mais les douleurs sont passées.
Louis avait reconduit E Demange quand, passant dans la rue de la Salle, son cheval a buté et s'est abattu se couronnant, raclant sa tête et cassant un timon de la voiture. Le pauvre Ludo est rentré désespéré, mais quand son cheval a été pansé, on a pu constater que c'était peu de choses et père n'a rien dit, ce qu'il y a de mieux, car la plus grande crainte de Louis était de recevoir des reproches. Il n'en avait pas dormi et ce matin , il est allé à l'enterrement du père Crantois où père devait aller.
Cet après midi, Louis est aux champs, nos parents font une tournée en voiture avec M Lapointe et les femmes épluchent des fruits.
J'ai eu la visite de Marie Gaigner (?) et de sa mère.
10 octobre -- Trois mois et demi d'abandon de mon journal ! Cela fait bien des notes en retard et j'aurai du mal à tout rattraper d'autant plus qu'il y a eu une foule d'événements dont le plus important se termine aujourd'hui. C'est ce soir que le tzar (Il s'agit de Nicolas II, le dernier tzar de Russie, assassiné avec toute sa famille en 1918. ).
, sa femme et sa fille, la petite princesse Olga repassent la frontière à Pagny. Ils ont débarqué le 5 octobre à Cherbourg et depuis ce temps les français sont fous. Ils ont fait à leur hôte une réception tellement enthousiaste que sa réserve n'y a pas tenu. Fêtes à Cherbourg, à Paris, à Versailles, à Chalons où défilent devant eux 70000 hommes, les algériens, les alpins, des échantillons de tous les régiments.
Lucie C(?) avait peint le programme de la musique militaire destiné à l'empereur. Les parisiens sont allés jusqu'à fleurir leurs arbres de fleurs artificielles. Ils peuvent être contents d'eux car ils se sont bien tenus pendant tout le temps. Ils ont fait aussi grande fête à la petite Olga qu'à ses parents. C'est paraît-il un gentil bébé de 10 mois qui envoyait des baisers tant qu'on voulait.
Le tzar s'est montré très aimable, a beaucoup admiré, beaucoup salué, remercié, applaudi. Il a traité les Faure (Le président de la République était alors Félix Faure ) en égal en souverains. C'était à n'y pas croire. Un empereur autocrate venant saluer une république ! Le fait est unique dans l'histoire mais tout marche et les rois s'embourgeoisent quand ils voyagent, traînant leur petit (?) derrière eux .
On les a menés à Notre Dame, au Palais de Justice, au Louvre, à un gala à l'Opéra, au Français, à Versailles où on a fait jouer les grandes eaux et donné une représentation au théâtre du château, à Sèvres où la tzarine a allumé un four à porcelaine, à la Monnaie où le tzar a frappé sa médaille, sur la Seine où le tzar a posé la première pierre d'un pont (Il s'agit du pont Alexandre III et cela se passait le 7 octobre 1896 ). On en ferait des volumes, les journaux en sont pleins.
Ce soir aussi a eu lieu notre rentrée. Louis est encore en ce moment à la gare au devant d'un élève suisse. Ils sont 19 jusqu'à présent. Nous avons Paul Hommel, ce qui est une grande conquête dans la famille.
Demain, nous avons aussi Grandeau (Il s'agit peut-être de ce M Grandeau qui a contribué à la création de l'Ecole de Tomblaine. Dans un document sur l'école, Louis Thiry écrivait : La première idée de l'école pratique d'agriculture de Tomblaine prit au Concours Régional Agricole de 1877. La Société Centrale d'Agriculture de Nancy, sous la présidence de M. Grandeau émit un voeu demandant la création de cette école. ) et son Louis que nous n'avons pas revu depuis bien longtemps. Louis était passé pendant les vacances pour mettre son cheval en pension chez nous.
Deux mois depuis notre retour. Deux mois de pluie et de temps froid. Heureusement que Louis s'était hâté pendant notre absence et avait terminé la moisson malgré bien des accrocs survenus, des chevaux malades, le garçon se faisant couper le pouce etc...
Nous sommes rentrés, mon père et moi pour la saint Hippolyte et le lendemain de notre arrivée nous avons vu arriver notre tante qui a passé l'assomption et le lendemain avec moi, trouvant que les jours fériés étaient bien tristes à Tomblaine. Pourtant mon père et moi l'avons promené dans quatre églises, l'après-midi du 15 août. Elle n'en pouvait plus de fatigue.
Le lendemain était le concours à Dombasle, les messieurs étaient partis dès le matin, nous n'avons pu sortir.
Le lendemain, elle est allée à Mattaincourt pour y voir après une place, naturellement elle n'en a pas trouvé qui soit digne d'elle.

Nous avons profité de sa visite pour faire des photographies, nous en avons pris une très bonne, mais comme on voit des rides, elle ne l'a pas enchantée. Elle en a envoyé une autre aux Lorain (La sœur de la tante et donc d'Hippolyte est Appoline qui a épousé le docteur François Lorain. Les Lorain évoqués sont sans doute la génération suivante puisque François et Appoline étaient décédés au moment où ces lignes furent écrites ), datant de (?) ans et que personne n'avait jamais vue, pour leur prouver qu'elle était mieux que cela.
Depuis son retour, elle m' écrit des lettres désespérées pour que j'aille chez elle, mais je m'en garde bien. Paul Suisse a perdu sa petite fille (... l'annonce secrète lors d'une visite à Moncel ) dans les premiers jours de septembre et le pauvre garçon, qui devait partir pour son service ce jour-là a du demander un sursis Ce qu'il y a de pire, c'est qu'on lui a fait faire son sursis après le départ des autres , ce qui n'était pas amusant du tout. (ce n'est pas très clair !! ), ce qui n'était pas amusant du tout.
Nous l'avons eu, ainsi que son père (Emile Suisse, père de Marguerite, future épouse de Louis Thiry. ) et le père Bergé pour un concours d'arracheuses de pommes de terre, un jour où il pleuvait à torrent. Nous avions invité beaucoup de monde, eux seuls sont venus.
Louis a tué un lièvre le jour de l'ouverture. Henrion est venu le manger avec nous. Depuis il a tué un perdreau et des alouettes. Ce matin, il en a tué cinq qu'il a envoyé à Marc Simonet. Le pauvre est bien malade, E Demange veut l'envoyer dans le midi. La saison de Bussang l'avait pourtant bien remonté.
Il ne faut pas oublier l'alerte qu'a eu Nathalie avec sa Louise qui a été opérée d'une hernie étranglée 17 août et qui a eu la chance de s'en bien remettre.
Jeanne Abadie est morte la semaine dernière.
15 octobre --- La pluie a repris depuis quelques jours et aujourd'hui le temps est à la tempête et nos fruits de Lay St Christophe ne sont pas cueillis.
J'aurais voulu y aller mais j'attendais Amélie cet après-midi, mais ce matin j'ai été à l'enterrement de (...?) un fils de la femme de Joseph Antoine mort phtisique.
J'en suis restée pour mon journal au moment de l'examen auquel l'inspecteur n'a pas assisté. Il s'est excusé disant qu'il était directeur intérimaire à Douai. On s'est passé facilement de lui et nos déjeuners ont été bien gais. Magnin y est venu, ce qui n'était pas arrivé depuis longtemps. Doyen aussi a profité de l'occasion pour rentrer à la maison où on ne l'avait pas revu depuis trois ans.
Onze élèves se sont présentés mais bien d'autres sont revenus depuis. Aujourd'hui nous en avons dix-huit et nous en attendons encore. Grâce à l'absence de M Grosjean, on a pu forcer quelques notes de sortie et donner le diplôme à tout le monde.
Quelques jours après la sortie, le 20, nous avons eu un énorme passage de troupes, nous logions 98 soldats et 15 sous-officiers. Les pauvres garçons étaient mouillés de puis le commencement des manoeuvres. La revue à Rosières avait été une vraie inondation; aussi n'étaient-ils pas fâchés de trouver une maison où on les recevait bien. On leur a fait la soupe, les légumes comme toujours avec du lard et du vin. Demain nous avons un passage de dragons revenant de Chalons, de la revue du tzar , eux aussi ont été bien mouillés.
Il y a eu mardi dernier 4 semaines que père a fait une chute dont les conséquences auraient pu être bien graves. Allant à Lay, en passant au pont d'Essey, un chien s'est jeté dans les jambes de son cheval qui s'est abattu et lui a été projeté sur la route où il a perdu connaissance. Il a du rester un certain temps dans cet état, les gens qui l'ont ramassé l'assurent. Toujours est-il qu'en revenant à lui, il s'est trouvé debout près de sa voiture que les gens avaient rattrapée et sans avoir su au juste ce qui était arrivé, il est revenu à la maison. Là il a été un certain temps pour se remettre et avait une forte contusion à la tête et le jambe blessée par les rênes, trois blessures contuses (?) qui ont mis plus de trois semaines à se fermer. La tête est restée embrouillée pendant dix jours ce qui nous ennuyait fort et elle s'est remise tout d'un coup.
Un gros clou provenant encore de la secousse s'était développée sur son cou, on l'a percé dimanche après l'avoir insensibilisé, à l'éther et à part un peu de courbature générale qui persiste, il va bien mieux.
Un pauvre vieux est le père (?) que nous avons vu hier, il devient presqu'aveugle, très sourd, il a 76 ans. Père est allé hier à l'enterrement de Duhamel. Au beau temps d'autrefois, avait succédé la misère. Il leur restait pour vivre 1800 frs de rente. Père en était bien triste. Duhamel était son dernier ancien ami, aussi, après avoir emporté une couronne la veille, y est-il retourné le lendemain pour l'enterrement à Pont à Mousson et Norroy
Le pauvre Papa vieillit bien aussi et le malheur et qu'il ne peut pas se décider à abdiquer. Comme il nous le criait, dimanche, dans sa colère, il veut conserver son autorité, lui qui a tant répété qu'à 65 ans il fallait se retirer ne peut pas comprendre que les vieux sont faits pour se reposer. Le lui faire comprendre serait le peiner bien fort et Louis l'aime tellement qu'il se laisse malmener sans protester. Il méritera vraiment d'être honoré par ses enfants, mon frère, car nul plus que lui ne respecte ses parents.
19 octobre - Il pleut toujours. Les soldats sont arrivés ce matin bien mouillés et refroidis. Nous en avons 50 à nourrir. Des sous-officiers plein un dortoir et un officier, le capitaine Ménard, un brave homme sorti des rangs qui nous a dit que nous avions de la vigne en Lorraine, c'est vrai ! mais que les pommiers n'y poussaient pas..! Il est un vrai normand. Reçu aussi la visite du capitaine Colson, nommé commandant à la suite de la revue. Poseur, suffisant, c'est un parent des Villemain de Millery.
Comme toujours nous avons fait la soupe et grande distribution de vin.
Je n'ai pas signalé la mort de la pauvre Mme Goubler, une rupture d'anévrisme l'a emmené subitement, elle qui s'était remis d'une péritonite. Julie va se trouver bien seule.
A l'enterrement j'ai vu Herqui retour de Madagascar. II n'est pas changé. Il était en train de se réinstaller à Paris. Marie et lui partaient le lendemain.
Un événement à Lorquin est l'opération de Mme Choub, qui avait une tumeur à l'intérieur et qui se l'est fait enlever à Strasbourg. Qui se serait douté de cela .A Mme Velter on enlève un oeil.
Nous avons eu dans les derniers jours de septembre une retraite au couvent, prêchée par le père Monpeut (?). Sermons ennuyeux mais réunion bien agréable où j'ai retrouvé mes bonnes amies. Emma Georges elle-même était venue. On avait fait venir Marie Germain et Mère Cécile. J'ai passé là 5 bons jours.
La mère Balley était venue de Bourbonne pour voir encore une fois sa mère. Nous l'avons eue à déjeuner avec Marie et Suzy. La pauvre femme est remplie de rhumatismes noueux et souffre beaucoup. Elle a 76 ans (?) elle est très vieille.
Marie est toujours la même, très intrigante, Suzy est gentille, pas bien portante. Ernest est bien, très bien même. Henrion est ramolli, ne pense plus qu'à ses lapins et insulte tout son monde. I1 ne sort plus et dort à table.
Mère et moi sommes allées deux fois à Vézelise en un mois ! Une fois pour les Guillaume, une autre pour notre curé. Grande réception chez tante Marie bien envahissante et aussi la seconde fois, grande réception au presbytère où nous dînâmes avec des curés, qui avaient officié à l'enterrement du docteur Champouillon (Champouillon, Jules Henry médecin principal de l ère classe Naissance : 23 septembre 1825 à Nancy, Meurthe-et-Moselle - Décès : 4 octobre 1896 à Vézelise, Meurthe-et-Moselle (information trouvée sur le site généalogique de la famille Sartorius) ).
Vers le 20 septembre les garçons du village ont donné une représentation " les jeunes captifs" sous la direction de notre gros curé. C'était très réussi et comme tout n'avait pas eu de place la première fois, on a recommencé le dimanche suivant.. Le père de (?), l'un des principaux acteurs était mort et enterré le même jour. Heureusement qu'un parisien, venu en villégiature à Tomblaine a pris son rôle. "Mon habit du dimanche" chanté par le fils de Léone a eu un succès fou.
Les troubles d'Arménie ont continué au mois d'août, un massacre énorme a eu lieu à Constantinople comme réponse aux arméniens qui avaient voulu faire (?) la langue ottomane. Les puissances étrangères ont montré les dents et la Turquie est un peu plus tranquille. Depuis nous avons appris que Pasdermadjian et Haïk étaient en sûreté à Genève.
J'ai eu une surprise désagréable, ayant conduit ma petite Masson chez Crantois d'apprendre qu'elle a la gale. Je vais la conduire à la maison de secours pour la faire soigner.
Les Poussier sont directeurs de la Brosse, Thiéry directeur à Bône.
22 octobre . L'eau continue à tomber et depuis samedi elle déborde dans la prairie. Lundi soir on avait même battu la caisse pour que les gens déménagent. L'eau a baissé un peu pendant la nuit, puis elle s'est mise à remonter dans la journée et le soir la petite maison de Mathieu était tout à fait dans l'eau.
Nos soldats sont partis dimanche matin, bien contents de leur réception.
Après midi Père et Ludo sont allés au Salon où ils ont rencontré beaucoup de monde. Mère est allée faire visite au presbytère, moi au patronage où on distribuait les prix de devoirs de vacances. Louise (?) en avait fait en masse, aussi a-t-elle eu deux prix. Mes grandes du patronage ont toutes déserté. Marie est rentrée au couvent la semaine dernière, un peu chagrinée parce que sa mère n'avait pas voulu lui faire ses adieux, mais bien contente quand même. Elle consolait celles qui pleuraient.
Lundi, père a pu aller à Lay. L'après-midi, nous l'avons remis à faire de la liqueur de millepertuis.
Mardi, j'ai fait des visites par une pluie battante, ,quoique le temps ait été beau pour la route. Chez Amélie, j'ai trouvé Jeanne. M Henry se plait très bien en Algérie. Amélie pleurait encore M Champouillon.
Jeanne avait rencontré les dames Balley partant pour Lorquin. Après avoir du partir samedi (?) dimanche, elles avaient attendu un rayon de soleil. Elles ont dû, rentrer ce soir.
Juliette (?) est toujours bien souffrante. Elle espère que Maurice sera nommé commandant cette année.
Irma est partie pour Montreux sur le lac de Genève, pour son Marc qui tousse. Son Louis était tout triste de son départ.
On a enterré hier la pauvre petite femme Pauly, qui est morte de suite de couches après avoir bien souffert.
Aujourd'hui nous avons Clémentine, très maigre.
J'ai visité le Salon ce matin, il y a de bonnes choses. Rencontré les dames Houdaille qui cherchent une maison à louer près de Nancy.
Lundi 26 octobre -- Il pleut toujours. Le soleil avait pourtant tenté de se montrer samedi et dimanche la pluie a repris à 11 h. Heureusement, Louis avait pu rentrer les dernières betteraves samedi soir. Mais les semailles ne sont pas encore commencées.
Vendredi dernier, j'ai conduit Marie Masson à la Maison de secours pour faire soigner sa gale.
Mardi 27 octobre Quelques gouttes d'eau à midi et c'est tout. Le temps est très doux et couvert..
Louis a fait semer. Il attendait depuis longtemps.
Notre marcaire fait une noce monstre. Il a commencé dimanche et mère a du aujourd'hui le réveiller quatre fois pendant la tirée des vaches. Louis, Perrin, Jules et les Kroumins ('?) ont fait le fourrage. Père a passé sa journée à Rosières, heureusement ! et nous, nous avons eu Coanet (?). Nous l'avions attendu hier, on lui avait fait un bon petit déjeuner et il n'est pas venu parce qu'il ne faisait pas assez beau. Le matin nous l'avons vu arriver, il a mangé les restes d'hier et a suivi Louis toute l'après-midi dans les champs sans rien dire ou à peu près. J'ai du me dévouer le soir et aller à Nancy pour le forcer à revenir chez lui.
Antoine (?) est allé aussi à Rosières (?), il s'est beaucoup vanté et a raconté deux fois son affaire Nicolas. Le docteur Chrétien était là aussi, Père l'a revu avec plaisir. Il était allé à l'enterrement du vieux (... ?), mort à l'hôpital de Strasbourg.
A Strasbourg est aussi la mère Marie Choub à qui on a enlevé une tumeur de (?) litres. Elle va bien. La pauvre femme a supporté son mal depuis vingt ans sans jamais se plaindre et on la trouvait si molle, on se moquait d'elle.
Marie est repartie pour Bourbonne dimanche après un séjour de quelques jours à Lorquin ou plutôt a Zuffall où ils ont été très gâtés. J'ai passé une après-midi avec elles à faire leurs dernières commissions. J'avais déjeuné avec elle chez Delcominette et l'événement du jour était un article fort méchant, paru dans l'Est contre Henrion et qui paraissait avoir beaucoup affecté le docteur et l'a sans décidé à hâter son départ car il est venu nous faire ses adieux, hier soir.
Aujourd'hui il nous a envoyé une boite de remèdes qui seront les bienvenus.
Hier j'ai passé l'après-midi chez les Zilgien avec Marguerite, Amélie et Jeanne. Julienne n'y était pas parce qu'elle pleure encore trop fort le départ de Mère Catherine.
On a regardé les toilettes de Marguerite et Mme Zilgien nous a montré ce qu'elle avait donné à son fils pour sa fête : une paire de draps ourlés à jour par sa bonne pour avoir un souvenir de sa bonne. Et ce pauvre Henri n'a pas été enchanté
Dimanche nous avons eu Lacour et sa soeur Marie qui est très gentille. Hubert est un paysan dans toute la force du mot.
1 er novembre - Et il pleut toujours. Hier la journée avait été assez belle, ce matin la pluie tombait à torrent. Père dit qu'au marché, tout le monde était désolé, bien des fermiers n'ont encore rentré ni betteraves, ni pommes de terre. Ici grâce à l'activité de Louis, tout est en ordre et une partie des semailles sont faites. Nous avons rentré nos chrysanthèmes fleuris au vestibule où ils font un effet superbe.
Hier visite des Barrabino, visite tardive, ils avaient été arrêtés par le jeune ménage Mercier-Marchal qui vient pour plaides un divorce.
Aujourd'hui nous avons profité de l'éclaircie de l'après-midi pour aller à Champigneulles. Aller et retour en voiture sans rencontrer personne, pas même les pauvres gens qui nous attendent toujours.
Un des gendres à Fifine Penda est mort. Ici, Fischer, l'ancien Garde-champêtre est mort ce matin..
Louis Jeannequin a perdu sa femme. Quelle triste chose pour un si pauvre vieux.
8 novembre - Je pars demain pour Lorquin avec Papa, voyage peu réjouissant, d' autant moins qu'il pleut encore. Après deux jours de temps doux et chaud, la pluie a repris de plus belle à midi.
La semaine s'est écoulée assez triste, semaine des morts avec offices tristes et pluie.
Louis a enfin terminé ses travaux. Père avait fini par être si énervé que la vie devenait très dure et qu'il est grand temps que cela se termine. Pauvre père est comme la mouche du coche, il ne fait plus rien que bougonner tout le monde (?) et se contredisant sans cesse, il met des bâtons dans les roues .
Il a emmené mère dans la petite voiture qu'il a achetée et de là ils sont allés au Salon où ils se sont perdus.
Notre élève Bouchotte (?) est toujours au lit de sa jambe malade. Il en a cependant moins souffert aujourd'hui.. J'ai expédié à Louise Suisse la petite (?) de géraniums pour la vente de son couvent. J'ai aussi rapporté les couverts réargentés.
Mercredi dernier, Louis à Tomblaine a fait la St Charles, invitant nos hommes à chasser et à déjeuner. Louis a rapporté un excellent lièvre que Drappier avait tué. Quant au déjeuner, il a eu seulement lieu à 2h. Heureusement père avait mangé avec nous, il est seulement arrivé pour le café.
Jeudi, Brunet a eu les Genay. Il s'agissait de savoir si Paul (père d'Ernest (déjà rencontré dans ce document) et de Pierre ) se présenterait au Sénat. Je ne sais pas ce qu'on a appris mais son Pierre part pour 3 ans, il prend Joseph Perrin (S'agit-il du père du M Perrin qui fut interviewé par Françoise Enel dans les années 1980. ) pour le remplacer et je ne vois guère pour lui la possibilité de laisser la maison sans maître.
Maman rentre de chez tante Laure, le pauvre Paul Hanriot n'a pas encore pu retourner en Afrique à cause de douleurs articulaires qui le font beaucoup souffrir.
15 novembre - Retour de Lorquin depuis vendredi. Toujours le même pays où tout le monde me fait bien bon accueil, mais où il serait bien pénible de vivre longtemps.
Tante est toujours la même tante, geignant et pleurant, elle fait vraiment pitié. A l'âge où tout le monde se repose elle continue à souffrir..
Les Jeannequin sont encore à Zuffall, les Henry s'installaient à Heming. Camille est très drôle quand il a bu un verre.
Ce qui occupe beaucoup les gens de Lorquin, c'est le voyage de Marie et de Suzanne à la conquête de Camille. Joséphine n'en a pas l'air ravi.
Louise Anthoine (?) est morte à Abreschviller le 20 octobre.
M le Curé a fait un travail bien intéressant sur les familles de Lorquin depuis trois cents ans. II doit me le prêter à un prochain voyage.
La cousine de Jeanne Veltin va bien plus mal et ne peut partir pour le midi.
Pendant mon absence on a tué deux gros cochons qui ont donné beaucoup à faire. Ces jours ci nous avons Clémentine pour faire des mati(... ?) que nous avons achetées chez Francin et comme notre tante est toujours dans la misère, nous lui faisons faire un caraco et un jupon en bon molleton gris.
22 novembre - Je crois que l'hiver arrive. Tous les jours derniers, il pleuvait au moins pendant quelques heures mais ce soir le temps est clair et je crois qu'il va geler..
Nous avons passé l'après-midi à la salle Poirel, aux Chrysanthèmes, maman et moi. Belle exposition, beaucoup de monde. Rencontré M. Lemoine, les Lemmonnier, les Mathieu, les Lallemand, les André (Émile André est parti en Egypte). Nous avons cherché à voir le docteur Hanriot qui nous avait donné rendez-vous. Comme il m'a envoyé quelques échantillons de sa collection (90 pour que je choisisse), j'aurais voulu le rencontrer afin de pouvoir choisir avec lui quelques variétés nouvelles. Nous l'avons attendu l heure et demi et il faisait un froid terrible dans la galerie.
En sortant nous avons fait une visite à Mme Demange qui a été très touchée de nous voir.
Cette semaine la politique a été assez calme, les socialistes essayent de faire tomber le cabinet Méline qui leur a infligé une forte défaite la semaine dernière. Une journée célèbre dans l'histoire parlementaire.
Chez nous, Louis est parti à Meiche (Sans doute plutôt Maîche ) par Montbéliard avec E Trank pour acheter des vaches. Il en a ramené 7 belles et père a paru très content. Louis ne l'était pas moins. Il a trouvé le pays très beau.
Hier samedi, ils sont allés ensemble à la distribution des prix de la Société et ensuite à un banquet qui a suivi au Grand Hôtel. Le préfet en était et on a lancé Paul Didier (?)pour lui reprocher de n'avoir pas invité le bureau de la Société ni le Directeur de l'école au dîner de M Yermolof (?) ministre de l'agriculture russe. Le pauvre préfet a bafouillé et s'en est tiré en faisant servir du champagne et boire à l'alliance franco-russe. Il devait télégraphier à la Société à Saint Petersbourg.
Jeudi dernier, inauguration de l'Université de Nancy dans une séance à la Salle Poirel. Père y est allé seul, il y a eu beaucoup de discours qu'il a entendu parce qu'il était bien placé.
Le soir après le punch, les étudiants se sont promenés en monôme et on fait masse (?) de dégâts dans les rues de Nancy. On prétend qu'on n'avait pas vu pareille chose depuis 1870. Ils avaient une vraie rage de destruction, une folie qui aurait ou occasionner de graves accidents.
Mardi j'étais allée à Lay pour chercher la grande blouse de Louis pour aller à la foire. La mère G(?) était tombée sur le devant de son fourneau et se trouvait assez malade.
L'après-midi, j'ai été prendre Jeanne Veltin pour nous promener un peu. Nous sommes entrées au cinématographe qui montre l'arrivée du Tzar. Nous avons poussé aussi jusque chez les demoiselles N(?) pour prendre des renseignements pour le voyage à Paris et les leçons que j'aimerais prendre chez Bourgogne.
4 décembre - Nous venons de traverser un quartier d'hiver assez rude, le froid a duré 10 jours et est descendu à -12°.
Les vaches de Louis ont déjà fait deux veaux. Tout va à souhait jusqu'à présent de ce côté-là.
Papa a été pris ces jours-ci d'une crise d'autorité, malmenant tout le monde autour de lui sans aucun prétexte. Mère et lui ont eu une explication qui l'a un peu calmé. Espérons que cela durera.
Il y a eu mardi huit jours, Gabrielle nous a payé à déjeuner, un déjeuner monstre en l'honneur de l'abbé Michel. Les Pérot en étaient, les Louis et nous. Ce fut moins ennuyeux que nous ne l'avions craint.
Nous avons fait la même semaine une tournée de visite avec Maman. Aux Malher (?), aux M(?), Zilgien. Le jeudi Mme Lemonnier est venue avec ses enfants. Père était endormi et a été assez maussade. Le vendredi visite à Juliette Quenche, toujours souffrante. Son beau-père est très malade. Passé le même jour chez Amélie Perrin pour lui parler du commerce de dentelle de Nomeny. Mais Jeanne à qui j'en ai écrit (?), me dit que Laure persiste à vouloir cette affaire.
J'ai terminé la même semaine une jupe pou tante que j'ai envoyée avec une camisole chaude. Le n'ai pas encore reçu de réponse.
Dimanche, Jules Drappier est venu déjeuner, il est bien peu sérieux, il va se marier ,et après bien des mystères, il nous a dit qu'il épouse sa cousine Genay à Ferrière.
Georges Pérot a été bien malade, de crachement de sang venant de l'estomac. On a craint un cancer de l'estomac, sa mère en est bien triste et le mariage de son frère est retardé. Julie est venue voir Maman, mercredi dernier. Je ne l'ai vue qu'un instant, étant partie pour expédier notre boudin aux amis.
On a enterré notre vieille Rosalie, 91 ans.
Le frère de Charles, Albert, a laissé sa main passer dans un cylindre chez B(?), il en a été quitte pour la peur et un repos de quinze jours.
Nus avons tué lundi trois énormes cochons.
Henrion est venu manger du boudin, hier jeudi, tout heureux . On lui a donné une peau d'agneau.
J'ai expédié le St Nicolas des Lorrain, l'histoire de France de Lehujeur et un petit fourneau avec attirail de fer blanc.
J'ai aussi écrit à Dady, j'attends sa réponse. Aujourd'hui il dégèle, il fait doux mais très sale.
Clémentine est revenue d'Agincourt, elle a des vomissements après chaque repas, elle est très démolie. Nous allons tâcher de la remonter
Simonet est passé ce matin. Marc est très essoufflé.
10 décembre - Je pars demain à Lunéville.
La St Nicolas s'est bien passée. Nos deux bons petits de la maison ont été tout heureux de leurs cadeaux. Je les ai fait prier devant la cheminée en plaçant leurs souliers.
A l'école Melle Marchand était un Saint Nicolas superbe, un de ses cousins faisait Père Fouettard. La séance a très bien marché, un discours bien senti, les enfants se tenant bien. Notre gros curé a tenu à y assister, il est arrivé à la suite à (?) St Nicolas.
Le bon curé nous a fait un bon sermon pour nous remettre de celui du dimanche précédent pondu par l'abbé Vaynes (...?) II nous a fait l'oraison funèbre de la mère Jeannin.
Nous avons commencé mardi dernier nos visites du Nouvel An. Lundi et Dimanche il avait plu trop fort.. Chez Colomb, la petite Françoise était délicieuse, chez Amélie Adrien est venu jeter un froid. M Bichat était malade. Chez les Gardeil, on a un deuxième petit garçon, mais la mère Gardeil baisse tout à fait. Elle ne se lève plus qu'à onze heures et ne sort plus.
Le lendemain nos parents ont continué à la préfecture, chez les Mangeot, M Lorrain, Lemonnier, Halles .
Ma lettre à Dady a reçu une bonne petite réponse, pas trop mal écrite et très compréhensible. Il a fallu que Dady soit bien content pour m'écrire lui-même.
Nous avons commandé pour Père une chaufferette à la baryte. Il a toujours si froid dans son lit que ne savons comment le réchauffer. J'ai été chez le quincaillier sans en trouver
Nous avons eu notre curé ce soir qui nous a donné beaucoup de nouvelles entr'autres le mariage de Marcel Vagner.
30 décembre - Il est temps que je reprenne mon journal pour achever l'année. Ce ne sont pourtant pas les événements qui ont manqué.
Mon séjour à Lunéville a été moins ennuyeux que je ne l'avais craint. Joséphine était toute gentille et malgré les idées bizarres que sa vie avec Camille lui met en tête, nous nous accordons très bien.
Les vieux amis étaient tous souffrants. Me Spire avait un eczéma, Mme Guérin était grippée, son mari est ramolli. Mme (?) était très occupée de Marie qui donnait son premier bal.
Melle Hocquart m'a fait son accueil habituel, elle m'a embrassée parce qu'elle m'aime presqu'autant qu'Hippolyte, puis elle a divagué sur des questions politiques sans que nous puissions l'arrêter.
Camille était chargé de former une garde orléaniste de la jeunesse pour remplacer les anciens qui ne se remuent pas.. Il n'a trouvé personne et se voyait dans le cas, où deux combattants seraient nécessaires, de mobiliser les deux valets de chambre.
Une visite à Chanteheux où j'ai vu le pauvre Berger, qui est dans un état terrible, puis à Moncel, où on recevait quand je suis arrivée une lettre annonçant la mort du pauvre Georges Pérot, ont coupé la semaine.
A Moncel , on était triste, mais dans la journée on s'est égayé. Il paraît qu'Emile Suisse va au mariage de son neveu Misnard (L'orthographe exacte est Missenard )
Le lendemain je partais pour Lorquin emportant un beau manteau que nous avons fait à notre tante. Elle en a paru enchantée, quoiqu'elle préfère le col relevé au col rabattu.
Elle est bien drôle, bien aigrie et il me semble que la visite de Marie l'a un peu montée contre nous.
La pauvre Marie, pour l'effet qu'elle a produit, aurait aussi bien pu rester chez elle. Partout on a trouvé Suzanne très mal élevée.
Les vieilles cousines vieillissent beaucoup.
Les Choub étaient en grand émoi : Marie était demandée en mariage par le capitaine Bastien. Ce serait un bon mariage et j'en serais enchantée pour les Choub. Ce qui les ennuie, c'est la garnison d'Amiens qui est un peu éloignée, mais à la longue on se rapproche et aussi qu'ils sont obligés de venir à Nancy pour faire connaissance, le jeune homme ne pouvant pas entrer en Alsace.
Nous les attendons depuis et voilà que la pauvre bonne Fifine est tombée malade, très malade d'une fluxion de poitrine. M Ott la soigne et hier on désespérait d'elle. Ce serait un gros chagrin pour eux et puis cela retarderait l'entrevue. Les Mathieu qui le désirent vivement en mariage, se remuent tant qu'ils peuvent et dans le cas où ils seraient obligés d'aller à Lorquin le mois prochain, la rencontre se ferait chez nous.
Marie Desfrères a passé quelques jours à Lunéville, ce qui lui remonte le moral. Sa Renée est gentille, son Albert ne s'améliore guère.
En revenant j'ai trouvé une partie de la ferme d'Albert Pérot brûlée. Père a été chargé de l'expertise et a beaucoup de mal à cause de l'incurie et de la légèreté d'Albert. Pauvre Père en était obsédé. Enfin on s'est arrangé aujourd'hui pour 24500frs .
Mme Simonet est revenue avec Marc, il a meilleure mine, mais Emile Demange ne le trouvant pas encore assez rétabli, va l'envoyer sur les plateaux dans la région de Lucerne.
Maman est allée voir Julie, la pauvre femme est bien triste de la mort de son fils. Elle a ramené sa bru pour quelques mois et la petite fille qui est toute mignonne.
Amélie Henry est allée à Paris, où elle a eu beaucoup de plaisir, elle a vu jouer "Don Juan". Le lendemain de son retour, elle s'est fait une entorse, elle est sur une chaise longue depuis 10 jours, de plus sa bonne d'enfants est à l'hôpital, ce qui complique beaucoup la maison.
J'oubliais qu'à Lunéville j'ai rencontré Marie Baudier qui est une charmante femme.
Julie Gubler est réinstallée chez elle après un séjour de quelque temps à l'Espérance. Elle est triste et bien isolée.
Tante Reine a eu une attaque il y a 11 jours, elle est paralysée d'un côté. Ses enfants sont toujours à Alger et M Bichat que nous avons vu dimanche nous disait que Colin se refusait absolument à revenir à Nancy, se trouvant bien là-bas.
Avant-hier nous avons reçu tous les cousins de Tomblaine, avec les Pérot. Marie, de Brichambeau n'avait pas pu venir, sa petite Marie a une fluxion de poitrine. Le dîner a été très bon , très gai, très cordial. On s'est quitté à 9h du soir, chacun s'en retournant content.
Nous avions fait venir les Brice de Toul. Antoine est vieilli. Alexandre est beau fort garçon, un peu froid dès l'abord, bien gentil pour qui le connaît.
Par hasard la petite Rose était à Jarville, elle a dîné près de lui. Chacun désire bien que cela fasse un mariage.
Mais tous ces coquins de garçons sont si difficiles à marier.
Louis a dîné lundi chez Simonet. Il est ce soir chez Colomb-Pradel. Hier il était à la vente de Nouveau-Lieu. Il dit que cette ferme n'est plus qu'une ruine et dans un désordre épouvantable.
Aujourd'hui, après une matinée pluvieuse, le ciel s'est éclairci à midi.
Nous en avons profité pour aller à Lay tous les trois dans la petite voiture. Il faisait excellent. Père était de bonne humeur, nous avons passé une bonne après midi.
Ils sont passés chez M Haudeville qui est seul depuis la mort de sa femme.
Les Colson enterraient Lucie aujourd'hui. Quelle triste fin d'année pour les pauvres parents et les pauvres petits. Jeanne m'écrit ce matin une lettre désolée.
Louis a passé ses vacances dans la laiterie à soigner ses écrémages. Sa petite machine marche bien et comme nous avons beaucoup de lait, ayant eu beaucoup de veaux il nous remonte en crème et beurre. Pourvu que nous n'ayons pas d'accident de bétail. On annonce la fièvre aphteuse dans le voisinage.

L'année 1897


14 janvier - Notre année dernière a commencé par la décoration de Père celle-ci commence par la décoration de Maman. Nous l'attendions depuis longtemps (Voir annexe 1 ) , plusieurs années mais cette fois les amis nous avaient annoncé que c'était sérieux et sans lui avoir rien dit, nous attendions. Le décret ne devait être publié que le 12 et le 12 à huit heures du soir la porte s'ouvre devant Mme Bichat, Jeanne et Henri qui venaient nous apporter la nouvelle. Maman toute ébahie a tâché d'avoir l'air content mais au fond elle ne l'était guère et je crois qu'après cela elle n'a guère dormi, elle était toute pâle le lendemain matin. Heureusement, l'après-midi les visites ont commencé par les Barrabino, puis les Knecht, M(?) Thiry, les André, Clothilde (peut-être Clothilde Brice, épouse de Charles Louis, cultivateur à Tomblaine ). L'abbé Jacquemot est venu sans le savoir et nous lui, avons appris la nouvelle. Au courrier les cartes ont commencé et Mère en prend son parti. Les Brunet jusqu'à présent n'ont pas encore donné signe de vie, ce sera peut-être pour demain.
Notre année commence bien, comment finira-t-elle ?
Au premier janvier, il faisait un temps affreux, les petits sabots sont venus de bon matin, et, effet de l'influence de M Gallant, ils étaient bien plus polis, disant bonjour et répétant leur formule de souhait.
Les petits cousins sont venus dans la matinée chercher leurs jouets, les grands sont venus tout de suite après dîner et nous leur avons rendu leur visite immédiatement, pataugeant dans la boue jusqu'au soir.
La veille, Louis avait passé la soirée chez Colomb, avec Stella, Melle Gutton, Melle Joynet.
Le dimanche suivant nous avons eu l'adoration perpétuelle, très belle malgré l'incommodité du jour, nous avons donné le pain bénit comme tous les ans et le soir notre gros curé venait nous en remercier. Nous racontons des histoires drôles de l'abbé Vagner, surtout son histoire de lunettes oubliées et que pour les remplacer, il avait fait prendre par un enfant de chœur celles de Mme André.
Le lendemain 4 janvier nous avons appris la morte de tante Reine (Reine Burtin, grande tante d'Antoinette ) et le mercredi Mère et Ludo allaient à l'enterrement. Ils y ont rencontré beaucoup de monde, entr'autres les Suisse. Les dames Louis (Amélie et Laure ) sont revenues furieuses contre Elisa et le docteur Hanriot (Elisabeth, fille de Reine et son mari ), la première ayant mis sa mère dans leur tombe de famille et le second ayant dérangé les os de leurs grands-parents.
Le surlendemain nous faisions une visite à Mme Bastien, avec le fils de laquelle on voudrait marier Marie Choub. Ces dames paraissent tenir beaucoup à Marie, l'essentiel est maintenant que les jeunes gens se conviennent ; la rencontre aura probablement lieu vers le 6 janvier.
Le dimanche 10, nous avions les trois Balley à déjeuner avec Henrion, le lendemain, Ernest regagnait Bourbonne, Henrion Paris et Marie et Suzanne allaient à Lunéville pour quelques jours.
Le mardi suivant, nous avions l'abbé Pano et l'abbé Poupar à déjeuner, c'était très gai et père a été très content de la journée. Le matin, nous avions eu la visite de Mme Drappier de Saulxures.
L'abbé Pano a bien vieilli mais il parait plus calme et partant plus heureux. Il s'occupe beaucoup de ses paroissiens et de leur culture.
Le lendemain visite rapide de l'abbé Jacquemot
17 janvier - Notre journée du 17 a été assez tranquille, pas de visites. Nous en avons profité pour répondre à nos lettres et cartes.
Le 16 maman et papa étaient allés faire une visite à la préfecture, à peine étaient-ils sortis que tante Laure, les Pérot, Michel sont arrivés. Ils ont passé l'après-midi avec moi et mère les a retrouvés en rentrant. Après eux sont venus les Brunet qui ont clos la série.
Les Albert, sont encore tout échauffés de leur incendie, l'incendiaire est en prison et soutient mordicus qu'il l'a fait exprès.
Louis Michel de Jalaucourt a perdu la semaine dernière son petit enfant du croup.
Hier nous avons déjeuné chez les Barrabino, bon déjeuner, brochet, vol au vent, chevreuil, langouste d'Honoré, dessert, bon vin. C'était gai mais Père a encore son dîner sur l'estomac. Après cela je suis passée chez Mme Ebel et au couvent où j'ai trouvé Julienne qui m'a annoncé sa visite pour aujourd'hui.
Elle a commencé par nous envoyer ce matin un superbe coffre en bois brûlé pour Louis, un vrai chef d'œuvre, puis elle est arrivée elle-même pour déjeuner. Nous avons craint d'avoir les Balley mais elles ont du regagner chez elles. Gouttière seul est venu. Le pauvre garçon est toujours sans place, il demande en ce moment une place à Madagascar. Après midi Simonet est venu et tous trois [?] sont repartis ensemble. Les Lemonnier sont passés aussi un bon moment et après leur départ, j'ai été faire la distribution au patronage.
N'oublions pas la fête des élèves hier soir, petits pâtés, oie, baba, confiture, oranges, double extra de vin, discours, puis danses et chansons jusqu'à 9 heures. Mère avait fait lever les consignes ce qui les a tous mis en grande joie.
20 janvier - La neige était revenue et lundi elle a commencé à fondre. Les Balley s'étaient enfin décidées à revenir de Lunéville. Marie était allée à Lorquin et avait rapporté le manteau de tante qui ne le trouve pas à son goût parce qu'il ressemble au manteau de Clémence.
L'après midi nous avons eu Justine et Marie Hommel qui sont restées assez longtemps. Les sœurs étaient venues aussi pour féliciter Maman.
Le matin on avait exécuté l'assassin H(..) qui avait tué une jeune fille. Henri Bichat en avait fait l'autopsie un quart d'heure après.
Hier mardi, j'ai déjeuné chez les Balley, de là j'ai fait quelques courses et visites. J'ai rencontré chez Chambourcy un M qui fait très bien l'aquarelle et qui m'en a prêté.
La route était affreusement sale, les rues aussi. J'ai passé [?] chez Amélie et chez les Bichat, les Seitz pour payer le gâteau des rois. Rencontré chez Amélie Mme Bastien qui désire toujours beaucoup Marie Choub pour bru.
Les cartes continuent à arriver pour maman et le visites aussi. Hier soir elle a eu le gros curé, aujourd'hui Melle S…,les Ebel, Emma George et sa petite fille qui a bien grandi embelli et ne louche presque plus.
Albert Bohich est passé ces jours derniers, le médecin exige un repos absolu, tant il a été surmené pendant ces deux dernières années. Il a dans le cou une bosse énorme qui doit percer en abcès et de pauvres yeux tout malades !
On a enterré le pauvre bébé martyr à Paris. Les parisiens qui sont fous lui ont fait des funérailles superbes.
A Tomblaine, la mère Berné et Basile Lespinasse sont morts il y a quelques jours
24 janvier - La neige tombe toute fine, il fait très froid depuis trois jours.
Jeudi nous avons vu dans la matinée Madame Bajolet qui profitait d'un beau jour pour venir à Tomblaine. Elle vieillit beaucoup et ne savait pas [de] nouvelles. Comme je voulais voir Melle Neukomm, je l'ai quittée dans l'après-midi et suis partie pour Nancy.
Melle Neukomm m'a donné tous les renseignements possibles, m'engageant beaucoup à aller au cours de Bourgogne et me recommandant aussi son hôtel qui est dans les environs de l'atelier.
C'est, une personne très aimable, elle boite fort.. Elle seule est restée avec sa mère et ses frères. Louis me dit qu'elle doit avoir bien du mal car ces derniers sont d'assez mauvais sujets. Elle a un joli atelier où elle fait son cours .
En la quittant je suis passée chez Joséphine Rousselot qui a cédé son fond bien moins cher qu'elle ne l'acheté. Elle parait être bien malade et quitte son magasin pour se soigner, pensant après cela trouver une place de demoiselle de compagnie. Mère en mon absence a reçu notre curé, qui ayant seulement appris la veille sa décoration est venu la féliciter . Le lendemain, il lui envoyait une petite pièce de vers pour célébrer la chose.
Charles a tiré au sort vendredi matin le n° 290. Il était tout rouge de joie d'être conscrit. C'est que cela valait la peine d'être conscrit à Champigneulles, ils étaient une trentaine avec un drapeau superbe. On devait aussi faire une grande fête, il faut croire qu'elle a été sérieuse, car, aujourd'hui dimanche, Charles n'est pas encore rentré.
Ce même jour vendredi matin, on téléphonait de la Préfecture pour demander qui était ce Courtois dont les journaux parlaient, priant père de passer chez le préfet dans l'après-midi. On fit appeler Courtois qui assura n'avoir rien fait, père devait l'emmener avec lui, mais au moment de partir, Courtois était parti devant.
Les journaux avaient tous fait l'éloge de la conférence de Gouttière, aussi père finit par croire qu Brunet avait mal compris et que c'était de Gouttière qu'on parlait, mais il a été bien détrompé. Courtois s'était grisé avec les conscrits de Dieulouard et avait fait du tapage dans la rue, amenant un rassemblement jusqu'à ce que les agents l'aient conduit au poste d'où une fois calmé, on l'avait ramené en voiture à l'école. Comme il n'était que 9 heures du soir, Courtois avait pu se fourrer dans son lit, espérant dire ce qu'il voudrait le lendemain matin.
Mais le Préfet veut sa démission, promettant une place dans l'instruction pour le dédommager. Louis va partir à Paris pour tâcher de le faire remplacer par Gouttière qui trouverait ainsi vivre et couvert dont il parait avoir grand besoin. Cet […] qui demandait des renseignements à Louis parce qu'il comptait en faire son gendre !!
Père traîne depuis trois jours au fond de sa poche une charmante petite croix du Mérite qu'il a fait venir pour Maman. Ces ennuyeux événements l'empêchent de l'offrir. Il attend maintenant l'arrivée de la nomination et en attendant il garde la boite dans sa poche. Il a déjà fait changer le ruban qu'il trouvait trop large et fait venir du petit ruban. Il se fait une fête sans pareille de l'offrir.
Hier soir, Louis est allé à la représentation du Dragon de Villars par Mme Tarquin d'Or (Chanteuse clèbre de l'époque ).
Aujourd'hui, Marc Simonet est venu déjeuner. Louis et sa mère ayant un entretien matrimonial à Gérardmer nous l'ont laissé. Il a été très gentil, très tranquille, enchanté de voyager seul en voiture.
27 janvier - C'est aujourd'hui que devait avoir lieu la belle noce de Blainville, qui est sans doute remise à longtemps, puisque hier on enterrait M Brouet. Joséphine Jeannequin s'en était beaucoup effrayé à cause du froid mais maintenant elle peut se rassurer.
Gabrielle m'a emmené hier à Maréville (Hôpital psychiatrique ) où je n'étais pas allée depuis plus d'un an. Christine (Il 'agit peut-être de Christine Brice, grande tante d'Anoinette née en 1802 ) est maintenant tout à fait perdue. Après nous avoir dit bonjour elle s'est jetée sur les gâteaux et les a mangés jusqu'au dernier sans s'arrêter. Elle ne suit plus de conversation, prétendant que Zette était une […?], elle est très vieillie. Les sœurs disent qu'elle est plus calme.
La petite Zette voulait absolument que nous la ramenions à Tomblaine.. Elle était gentille à croquer.
Je n'ai plus qu'une course à faire à Nancy. Ce matin je suis passée chez Claude. Julienne avait fait enlever le coffre que nous avions mis à l'étalage. C'est grand dommage parce que au moins plus de gens en auraient profité. Henri Grandeau est mort et enterré ce matin. Père qui avait su qu'on ramènerait le corps à Nancy, comptait l'accompagner avec quelques élèves, mais on a fait la chose tout à fait intime et une cinquantaine de personnes assistaient seules à la messe à St Léon à 8 heures du matin. Que de malheurs pour ces pauvres gens. C'est une érésypèle qui a achevé le pauvre Henri.
Simonet est dans la jubilation, si enchanté de se marier, si amoureux, que Louis en était tout en train [?] ce soir.
Je suis en train de copier des aquarelles que Monsieur Létrillard m'a prêtées et qui sont bien gentilles. Je les copie tant bien que mal mais cela me sert d'exercice. Les dames Mangeot sont venues faire part du mariage de Juliette Mangeot avec un pharmacien de la place Carrière.
28 janvier - Louis est parti ce matin pour Paris. Quoique tout joyeux de partir, hier soir, il en était presque triste ce matin. M Grosjean lui avait répondu une carte bien aimable, lui donnant rendez-vous à 9heures du soir. Il s'agit de remplacer M Courtois par Gouttière.
M Henry est venu déjeuner avec nous. Il, n'était pas précisément en train, tout ému de la mort d'Henri Grandeau. Père qui s'était levé trop matin, ne trouvait rien à dire, aussi la conversation était difficile à soutenir.
Mme Simonet nous a écrit pour nous faire part du mariage de son Louis. La demande officielle doit se faire dimanche et le mariage seulement au mois d'Octobre. Espérons qu'ils ne se lasseront pas d'attendre.
Une lettre aussi de tante Joséphine, toujours la même histoire, les mêmes plaintes Elle dit que Henri lui a envoyé de bons remèdes qui lui feront peut-être du bien.
J'ai porté la plaquette de notre curé, un échantillon en bois qui a eu l'air de lui faire bien plaisir. Mai je ne l'ai pas vu seul, il avait son sacristain de Benney (Village de la vallée du Madon ), un pauvre homme qui vient de perdre son fils qui était cuirassier à Lunéville.
29 janvier - M Henry est revenu déjeuner aujourd'hui, un déjeuner maigre. Mais il était plus en train qu'hier, père aussi. Depuis ce matin nous avons pansé trois blessés. Mère devient vraiment le médecin du pays. La semaine dernière un marcaire des fermes avait fait venir sa sœur qui est en service à la Malgrange pour que mère la soigne.
Jules Drappier est venu aujourd'hui demander à père de lui servir de témoin à son mariage. La grand'mère Bailly ne veut aucun Drappier. Son père est toujours sans place. Son frère est parti à Tunis, espérant que Dybowski l'installera quelque part .
La neige tombe encore par instant, le temps est bien adouci.
4 février - Le dégel, l'inondation, depuis deux jours. Aujourd'hui l'eau a bien baissé. Mais hier depuis 6 heures du matin jusqu'à ce matin elle passait sur la route.
Louis est revenu de Paris dans la nuit de dimanche à lundi, content de l'accueil reçu partout, pas trop fatigué quoiqu'il ait eu un peu mauvais temps.
Grosjean a été bien aimable et l'a invité à dîner. Les Lorrain lui ont fait fête, les dadys [?] étaient très gentils.
Dimanche, Père est allé à une conférence d'un M Guillard sur les Arméniens. Conférence à laquelle j'aurais volontiers assisté sans mon patronage. J'ai eu comme compensation que mes filles ont été remarquablement gentilles ce jour-là.
Gouttière que nous espérions avoir comme surveillant a été nommé professeur à Rethel. M Courtois a une commune [?] et attend un successeur.
Mme Bastien est venue hier et nous a annoncé qu'elle attendait les Choub pour le 16 février. Depuis 6 semaines, on les recule, espérons que cette fois il n'y aura aucun empêchement.
La pauvre Fifine ne se remonte pas vite, elle dort toute la journée. Albert Bolich doit quitter tout travail. M Haas l'envoie pour l'hiver sur les plateaux de la Suisse.
Louis a pris une hermine dans notre poulailler. Il parait que c'est assez rare dans notre pays, surtout autour des habitations.
9 février - L'hermine n'est pas aussi rare que je le croyais, car chez lz fourreur on m'a dit en recevoir quelquefois. La notre aurait valu 9f50.
Je suis passée vendredi chez Simonet qui est amoureux fou, tous sont transportés [?] du mariage. Ils ne me lâchaient plus tant ils avaient de choses à me raconter.
Joséphine Rousselot ne quitte plus son magasin, elle semble reprendre un peu de courage.
Samedi déjeuner chez les Bichat, bon déjeuner fin, bien gai, égayé surtout par la visite du colonel Bertin, le frère de Mme Bichat, qui est très original.
Passé chez Estelle Burtin où il y avait beaucoup de monde.
Dimanche, père était très enrhumé de la journée de samedi et peut-être aussi d'une expédition en haut de Lay Saint Christophe à la recherche de notre terrain communal.
Lettre de Gouttière désespéré qui a vu la nomination d'un autre à Rethel. Louis écrit à Grosjean pour lui demander de nous le faire nommer, définitivement.
Un vent froid et fort souffle toute la journée, sous prétexte que la cour est propre, la chère sœur nous ferme la classe jusqu'au moment ou, n'y tenant plus, je lâche tout mon monde.
Mme Cottereau est venue avec son petit Justin, bien ennuyée du voisinage de Fabius Henrion qui, installant une fabrique de charbon près de chez elle, va rendre sa maison inhabitable. Elle venait trouver nos hommes pour qu'ils fassent des démarches afin de l'aider à sortir de là..
Hier Bichat et Thiéry à déjeuner, rien d'intéressant. Dimanche Henrion était venu souper, a beaucoup parlé du docteur Grenier, la (b…?] et la Chambre [des Députés ?].
Hier soir tournée à Nancy pour chercher des fleurs destinées à un tableau pour la loterie de Neuilly. Chez Amélie [?] Perrin j'ai trouvé sa sœur arrivée la veille, bien fatiguée, puis Jules Drappier qui compte absolument sur Louis comme témoin à son mariage.
Ce soir père est un peu mieux de son rhume. Louis est allé ce matin à la recherche de margarine chez tous les épiciers de Nancy, sans en trouver. Il continuera son cours de laiterie, ayant reçu du matériel nouveau, une baratte à disque, un malaxeur, une autre écrémeuse.
Il se faisait fête d'aller ce soir à une conférence sur la chirurgie, mais en passant à bicyclette dans les piquets du bord de l'eau, il a attrapé un coup de cordeau dans la figure qui l'a jeté par terre et a cassé sa bicyclette. Il boite un peu mais cela ne sera rien.
Notre Mme Lefèvre a été reprise de coliques très violentes, crise de foie, probablement car le médecin recommande la tranquillité d'esprit, ce qui n'est guère possible puisque son mari est très difficile.
Notre garçon Joseph ayant recommencé à faire la noce, est définitivement parti, nous avons pour le remplacer un mari abandonné.
14 février - La pluie tombe toujours, c'est ce, qu'on appelle un temps pourri, la route est dans un état pitoyable et on y regarde à deux fois avant de l'affronter.
J'en ai passé [?] la moitié de la semaine sans sortir, peignant mon petit tableau pour Neuilly, mimosa, violettes, anémones
Mercredi, M Henry nous a invités à dîner pour mardi prochain, nous ne savions que lui répondre, n'étant pas fixés pour le mariage de J Drappier, quand celui-ci est arrivé nous assurant que c'était mercredi prochain.
La mère Bailly n'est encore qu'à moitié contente, mais on la fera boire pour s'en débarrasser.
Jeudi, père est allé cherché Henrion pour déjeuner, il pleuvait toujours. Cela les a occupés tous les deux. On a présenté la laiterie à Henrion qui l'a trouvée très intéressante.
Vendredi, j'ai profité d'un instant de beau temps pour courir à Nancy faire quelques commissions et visites. J'ai acheté une petite bonbonnière bleue pour la Valentine de Louis et commandé un chapeau pour mon voyage à Paris.
Je suis passée chez Juliette Quenche qu'on va opérer dans 25 jours. La bonne fille n'en est pas plus triste que cela. Son petit Mimi est un peu pâle, il avait fait la veille ses débuts dans le monde chez les Monet.
Rencontré là Mme Paris, peu aimable et une petite M…[?], très amusante.
Chez les Mangeot les préparatifs de noce sont bien attristés par la maladie de M Mangeot qui a eu une rechute et qui ne comprend plus rien. Le mariage est le 24, pourvu que rien ne leur arrive avant.
Samedi, M Racadot de Leyr est venu déjeuner. Un brave homme qui a perdu sa femme, l'an dernier et qui reste seul avec sa fille de 22 ans qu'il parait aimer beaucoup.
Ces messieurs sont repartis avec lui et après leur départ est arrivée Julie Pérot et sa petite bru et le bébé. Mère et enfant sont charmantes. La pauvre Julie se remet à caresser cette petite si gaie, si rieuse. Elles sont allées ensemble à Metz passer huit jours le petit de là-bas vient [?] très bien.
15 février - La famille Choub nous donne bien du tintouin à propos du mariage. La mère ne veut pas se séparer de sa file, fait la tête, remet toujours son voyage. Les Mathieu qui sont venus samedi, en sont profondément ennuyés. Ils s'étaient mis en route pour Tomblaine parce que père, pris d'un beau zèle pour ce mariage était passé chez eux tous les jours de la semaine.
Père ne parlait ni plus ni moins que d'inviter les Bastien mercredi, il avait même eu une forte discussion avec mère à ce propos. Aujourd'hui il ne veut plus voir les Choub. M Pierrot l'a monté avec son indignation.
Et ces braves gens qui devaient arriver aujourd'hui, n'arriveront peut-être que mercredi. Mme Mathieu est furieuse de ne recevoir aucune nouvelle et évite autant qu'elle peut Mme Bastien. Hier nous avons eu les Lacombe à dîner, Hubert et sa sœur, bons enfants, mais le pauvre Hubert combien nul [?] .Alice est mieux que lui, parait bien active et parle gentiment.
Ils allaient à une représentation à Saint-Joseph.
Au patronage cela a très bien marché parce que les grandes n'étaient pas là. On enterrait une petite ouvrière de leurs amies.
Grande réunion des Catholiques de Nancy à propos de la saisie des sœurs de la Doctrine qui regimbent contre la loi d'abonnement (Cette loi, votée en 1895 fût une des premières lois anticléricales qui devaient aboutir à la loi de séparation de l'Eglise et, de l'Etat ) . On a acclamé Mezieu et Brice qui n'avaient pas voté cette loi.
Le père M[?] est venu voir ce matin pourquoi son fils voulait quitter l'école. Il en est désolé, l'enfant leur ayant toujours donné beaucoup de mal.
Père est, toujours un peu grippé et un peu dolent. Ce mauvais temps l'empêche de prendre de l'exercice et son estomac ne fonctionne guère bien.
16 février - Il gèle , beau temps clair pour le voyage de Louis à Armaucourt. Il déjeune en passant à [?] avec les Suisse.
26 février - Dix jours et dix jours bien agités. Louis a passé une bonne journée à Armaucourt quoiqu'il; ait eu un peu froid en partant.
Moi, j'ai couru Nancy à la recherche des Choub qui n'arrivaient pas. M Mathieu nous avait annoncé leur arrivée pour midi, nous invitant à déjeuner pour l'occasion. Je me suis sacrifiée et j'ai bien fait, les Choub ne sont arrivés ni par un train, ni par l'autre. Nous avons déjeuné à 1 heure passée après quoi je suis montée à la gare pendant que M Mathieu allait prévenir les dames Bastien de venir un peu plus tard. Enfin les Marie, mère et fille, sont arrivées à 3 heures et demie, je les ai installées chez les Mathieu puis je suis revenue à Tomblaine pour chercher Louis et m'habiller pour le dîner des Henry.
En passant je suis entrée chez les Mathieu pour connaître la 1ère impression de ces dames. Elles l'avaient trouvé trop petit.
Je les ai invitées pour le jeudi.
Le dîner Henry était très gai, les Maltes [?], les Bondot, les enfants [?], M Zilgien, Albert Desjardins et nous. La partie de [?] avec force farces de Zilgien et grâce à M Bondot qui a triché pour moi, j'ai gagné un joli lézard. Rentrés à une heure du matin.
Le mercredi matin, départ de Louis pour la noce Drappier en compagnie de Marie Perrin. Il a eu plus de plaisir qu'il ne croyait. Sa petite Valentine, Melle Bailly de Clémery était gentille quoique bien timide.
Il est rentré à 9heures du soir.
Nous, nous avions reçu une lettre de tante nous annonçant sa venue pour le lendemain. J'ai du courir chez les Choub pour leur demander si cela ne les gênait pas trop. Puis aux Bastien qui sont venus après midi, nous avons conseillé de renoncer au rendez-vous pris pour le lendemain à Tomblaine et de rencontrer la partie adverse chez les Mathieu et bien nous en a pris car tante était tous yeux et toutes oreilles, ayant entendu parler vaguement d'un mariage à Lorquin. Nous avons fait tous les innocents, les Choub assurant qu'allaient à Bonsecours , elle n'a rien pu savoir.
Le lendemain, tante a voulu passer chez les Mathieu, mais les cousins étaient à Bonsecours. Un bouquet dans le salon m'avait fait croire que les choses étaient avancées, mais elles ne le sont guère. Marie craint de lâcher sa fille, et, ma foi, Bastien n'est pas séduisant, trop petit, un teint de mal blanc [?], des yeux qui ne disent rien. C'est le type de […?…].
Ce jour-là, j'ai promené tante à Bonsecours, chez les petites sœurs, à la Visitation, à St Joseph. Le dimanche nous avons vu les cousins de Tomblaine que cela a paru charmer.
Enfin elle est partie lundi et nous avons constaté qu'elle était bien mieux physiquement et moralement que les autre fois.
Depuis j'ai eu bien des courses pour mon départ, une tournée de visites [?]. Chez Juliette Quenche, on prépare l'opération qui aura lieu lundi matin. Sa mère est là pour la distraire en attendant.
11 avril - Six semaines sans écrire, 5 semaines d'absence et que d'événements pendant ce temps. D'abord l'accident de mes bons vieux parents. Ce pauvre père en a été quitte pour quelques fortes contusions, mais j'aurais pu ne les retrouver ni l'un ni l'autre : soit qu'ils aient été assommés par les pieds du cheval ou jetés sur la route tous les deux. Depuis père en est tout endolori, quoique, chose étonnante, lui qui a toujours froid est maintenant tout réchauffé. Il a fallu lui enlever ses duvets, ses couvertures etc…
Il parait même qu'il mangeait beaucoup mieux, mais c'est passé maintenant, son estomac le fait souffrir depuis huit jours, il ne mange presque plus et cela l'attriste.
Il parait que le calme intérieur a été complet pendant mon absence, une petite pique à propos de l'antagonisme entre Perrin et Jules l'a rompu cette semaine. Heureusement [?] s'est remis assez vite et comme Louis partait pour Paris samedi dernier, cela a tout terminé.
En mon absence, on a expulsé le fameux [?] que père persistait à vouloir garder. Cela a amené une certaine réserve chez les élèves qui sont plus tranquilles.
En mon absence aussi on a expédié Courtois qui fait un intérim au collège de Lunéville et on a reçu un jeune, M Chassant, fils d'un ancien sous directeur de la Molière, très protégé qui à 20 ans est surveillant général [?] Comme on l'a nommé commissaire au Concours général, je ne l'ai pas encore aperçu.
Jeanne Veltin a perdu sa tante et sa grand'mère au commencement de mars. La grand'mère s'est éteinte la veille de la mort de sa bru, laquelle a souffert longtemps toute reconnaissante à Jeanne de ses bons soins. Jeanne en la remuant dans son lit a pris une entorse du genou et un épanchement de synovie. Elle est en ce moment à Nancy où elle se repose chez Melle Sophie. Elle retournera à Nomeny dans quelques jours pour la vente des pauvres vieux meubles de sa grand'mère que M Colson veut absolument faire vendre. Il est tellement aigri qu'il n'y a plus un mot à lui dire sans revoir des grossièretés. Cela se comprend un peu, il a tant souffert le malheureux homme, pour souffrir encore, car les petits sont bien malades.
On a eu la visite du professeur de Nomeny, M Dumont, jeune homme un peu poseur parce qu'il est passé par l'école normale.
Hoyez [?] aussi est arrivé à l'école de brasserie.
La pluie qui n'a cessé de tomber pendant huit jours a bien gêné tout le monde pour les travaux des champs. Les terres son inondées, les ouvriers étaient sans travail et notre bon Louis a eu bien du mal à occuper tout son monde. Il a fallu inventer des besognes, souvent bien peu utiles.
Enfin aujourd'hui, il a fait beau et on a commencé la plantation des pommes de terre. Ce soir, le baromètre baisse et le temps est couvert de nouveau.
Notre cheval, Affront, l'artilleur borgne [?], a le tétanos, un tétanos bénin mais qui peut se prolonger bien longtemps. Louis le soigne de son mieux, fumigations d'éther, frictions à la jusquione [?] etc… Il est aussi bien que possible, mais il faut au moins quinze jours pour être rassurés.
8 mai - Louis est à Paris depuis samedi matin. Il rentrera probablement cette nuit. Nous serons bien contents de le revoir. C'est un si bon garçon, il tient une grande place chez nous.
Je ne sais s'il aura rencontré les dames Balley qui y sont encore pour quelques jours. Marie m'a écrit pour me demander s'il fallait aller voir Henri Lorrain (IHenri Lorrain, Lorain semble être l'orthographe officielle,est le fils d'AppolineThiry, épouse du docteur Lorain et soeur d'Hippolyte. Antoinette et Henri Lorrain sont donc cousins et ce M Luchaire est le beau-père de Henri Lorain. Chacun des docteurs Lorrain a une rue à son nom à Lorquin ), qui a bien reçu Ernest. Je l'ai laissée libre de décider. Henri ne la mettra certainement pas à la porte, mais il ne l'invitera pas à revenir.
Ils sont délicieux les petits Lorrain et puis leur mère les élève à nous aimer ce qui est remarquablement bien pour une simple cousine comme elle. Elle est une femme charmante et tout le famille est bien bonne et bien aimable. Le pauvre M Luchaire est bien souffrant..
Nous aurons probablement les Brice pendant les vacances. Il arrivaient aujourd'hui. Eux aussi sont bien gentils surtout Marguerite. Charles a son amabilité habituelle mais si nul [?]
Les Herqui recevaient Marie Choub et Marie Planche, qui étaient venues à Paris en passant par Amiens où elles allaient encore aux renseignements sur M Bastien, lequel est venu passer trois jours à Paris Pour tâcher [?] et pousser la connaissance. Il y a même eu à ce propos une suite de quiproquos, de dépêches assez drôles car Marie Herqui qui n'avait pas invité le jeune homme à revenir [?]. Le résultat est qu'on l'a encore trouvé trop petit. Mme Bastien devait aller à Lorquin pour la demande officielle et Marie Choub s'en effrayait quand sa mère a eu le talent [?] de se dire malade et cela a servi de prétexte pour le refus. Les dames Bastien ne pouvaient pas y croire, Elisabeth criait au [?] et veut encore écrire. Je ne sais pas si elle l'a fait.
Notre ami Doyen a perdu sa seconde femme la semaine dernière. Le pauvre homme n'a vraiment pas de chance.
Le petit [?] a eu une attaque de paralysie.
4 juin - Deux mois, mon pauvre journal est bien mal tenu.
La vie se traîne, très chaude en ce moment, 34, 33, 32 degrés et cela succède à 10 degrés et à la pluie froide, à la neige. Quoiqu'il en soit la végétation n'est pas en retard, les asperges ont souffert de l'hiver, les arbres fruitiers sont en butte à tous les ennemis, insectes, champignons, etc…
Notre pauvre tante perd la tête, elle nous tombe à chaque instant très larmoyante, très agitée, ne sachant ce qu'elle veut faire. Père a déjà été deux fois à Lorquin pour s'occuper de la couverture de son toit mais cela ne la calme pas et elle nous énerve profondément.
Le mois de Marie est fini, il s'était traîné bien péniblement car notre curé a eu la goutte. La rougeole a passé au village. Les trois Toussaint l'ont eue, les enfants à Jules, le petit Perrin sous forme de bronchite. Tout ce monde va mieux mais pas vite. La petite à Jules surtout a été fort malade, elle va mieux grâce aux soins que mère a pris d'elle.
Je vais plusieurs fois par semaine à Lay Saint Christophe, où je me plais très bien. On fait en ce moment polir les meubles par Boval.
Le vieux buffet de grand-père promet d'être très beau .
M Letrillard vient depuis quelques jours faire de l'aquarelle: des panneaux de paravent avec de grands iris qui seront très beaux. Pour mon compte je ne fais pas grand'chose.. Chaque fois que je prends mon tableau ma tante arrive. Enfin celui-ci est fini et lundi j'en commencerai un autre.
La foire est dans son plein mais nous ne l'avons pas vue. Hier soir nous sommes allés chez les Lemoine, rendre visite à la grand'mère qui nous avait apporté des bonbons du baptême de son petit-fils, le 9ème. De là nous avons [?] sur la rue d'Auxonne chez les cousins Licourt que nous n'avons pas trouvés.
20 juin - Que d'événements tristes depuis que je n'ai pas écrit. La maladie et la mort de Fernand, ses si grandes souffrances et sa mort au milieu de tout la famille. La pauvre Gabrielle reste seule à la tête de sa petite famille et quelle pauvre tête. Heureusement pour tous il reste beaucoup d'argent. Pourvu seulement que Gabrielle ne tombe pas malade et que Papa Antoine ne fasse pas de trop grosse bêtises.
Les deux plus grands Brunet ont élu domicile chez nous depuis la mort de leur père.
17 juillet - Le temps passe et mon journal attend que j'ai des loisirs pour m'en occuper.
Gabrielle a été prise d'hémorragies il y a une quinzaine de jours. On a pu arrêter le sang cette semaine mais elle est passablement affaiblie. Sa belle-mère la soigne de son mieux tout en s'occupant beaucoup à la ferme et des enfants qui ne sont guère forts depuis leur rougeole.
Louis fait partie du conseil de famille. Le juge de Paix n'a pas accepté Louis Michel comme subrogé tuteur. [?] était pourtant bien rempli de ses nouvelles fonctions, il en avait doublé de volume et sa belle-mère répétait avec attendrissement : pauvre Brunet il aimait tant Louis Michel.
Le soir de l'enterrement où il y avait un monde énorme, où nous avons régalé [?] les Drappier et Louis G[?] ainsi que Suisse et Simonet, le cousin Jeannequin (Louis Jeannequin, sans doute ) nous est arrivé pour quelques jours. Il venait voir chez Fabius Henrion quelle place on pourrait offrir à son neveu. Sa visite nous a fait grand plaisir, il est si agréable causeur et si peu gênant. Il faisait le bonheur de Brunet qui ne tarissait pas sur le cousin d'Amérique et sur ses histoires de sauvages et de buffalos.
Le brave Louis qui a 81 ans a encore des jambes excellentes, il allait tous les jours à la gare de Nancy, puis c'était des courses interminables dans les champs. Père ne voulait pas rester en, arrière et Dieu sait dans quel état il rentrait.
Enfin Louis est parti au bout de quelques jours et quelques heures après Père se dirigeait vers Aix.
Vers[?] le 14 juin, père était allé à Lorquin pour mettre en train la couverture de la ferme de tante. Les ouvriers ont demandé du répit jusqu'à la fin de la fenaison. Cela a achevé d'affoler notre tante et au lendemain du départ de papa vers Aix, je recevais une lettre d'elle et aussi de Joséphine Jeannequin me disant d'accourir, tante voulant se rendre à St Nicolas et ne le pouvant pas toute seule.
Je suis partie le lendemain matin; mais ma tâche a été bien difficile. Naturellement, tante ne voulait plus venir, puis elle voulait venir, mais plus à St Nicolas mais à Mattaincourt. Cela a changé ainsi deux jours durant pendant lesquels j'ai mis la vache en pension, ainsi que le cochon et la chèvre. On a aussi rentré le reste de foin, car tante ayant loué ses prés n'a pu se séparer de tout. Enfin je l'ai mise en [?] pour Mattaincourt et deux jours après je recevais une lettre me disant que la vue et le bruit des folles la rendaient malade.
Je cours au plus vite à Mattaincourt où elle était très bien soignée mais je n'ai pas voulu la ramener, laissant ce plaisir à Marie Balley qu'elle avait appelée par deux dépêches et une lettre. Marie s'est décidée à venir et a goûté de notre tante qu'elle plaignait toujours beaucoup. Elle l'a expédiée à Lorquin le lendemain matin, jurant bien qu'elle ne reviendrait plus pour une pareille corvée. Henri (Lorrain sans doute ), sur nos demande réitérées est arrivé hier, il est en ce moment à Lorquin et comme Marie Desfrères m'écrit que tante ne change guère, il pourra juger par lui-même.
Entre temps nous avons fait un reposoir par le temps menaçant. Nous l'avons placé dans la grange de Melle Madelin [?] , trois petits pots en [?], surmonté d'une image en papier du Sacré Cœur.
Le dimanche suivant nous recevions les Henry à Lay St Christophe. Ils ont passé et nous aussi une journée charmante. Louis était resté à Tomblaine pour dîner, il est venu nous rejoindre à bicyclette. Nous avons déjeuné au vestibule et roulé un peu partout l'après-midi. Jeanne a voulu aller aux vêpres.
Amélie n'est pas bien solide, aussi sont-ils décidés à aller aux Sables d'Olonne pendant les vacances.
Les Lorrain pensent aller à Royan pour guérir les Dodys qui ont eu la coqueluche. Il leur faut une plage élégante. Rosette [?] doit les accompagner. Son mariage est à peu près rompu avec le jeune Benoît. Elle essaye encore de caqueter [?] un peu mais cela ne réussira pas.
Une des belles sœurs de Jeanne, Mme Gentil, et sa mère, Mme [?] ont été brûlées dans l'incendie du foyer de la Charité.
Père a quitté Aix avant-hier pour aller à Chamonix. Il nous dit qu'il va bien mieux, c'est ce que nous verrons à son retour.
Il a eu un temps extrêmement beau et chaud, tandis que dans toute la France, nous avons des changements de température très brusques. Ainsi nous avons dû en juin faire du feu à la salle à manger Des orages affreux se sont abattus sur toute la France, des grêlons énormes hachent les récoltes. On a récolté dans une commune de la Comté (Franche-Comté ) 8 grêlons qui pesaient 82 kilos. Le pays de Vesoul est ravagé, l'Auvergne, le nord de la Lorraine, la Champagne, l'Alsace-Lorraine aux environs de Sarrebourg, Mirecourt, etc. Ici nous avons eu des trombes d'eau qui ont raviné un peu les chemins en pente , mais dans certains endroits de villages sont détruits, les gens noyés, à Auch entr'autres et sur toute la Garonne. La vallée de Luchon est perdue.
Le beau temps a repris depuis huit jours avec vent NE, mais on annonce de nouveaux orages. Pourvu que rien n'arrive avant la moisson.
Gouttière a été reçu à l'examen du Crédit foncier et il est entré en fonction le 10 juillet. Colomb Grudel est sans aide- préparateur.
Le dimanche 11 nous avons eu le concours de pêche, peu amusant si ce n'est le retour au bas du moulin. Une foule énorme. Les Barrabino sont venus chez nous pour voir le défilé.
Hier 14 juillet très tranquille. Mère qui est un peu souffrante s'est reposée une partie de l'après-midi. Nous avons guetté le ballon et le soir allumé les lampions avec Albert Mathias qui est chez nous un peu malade et que nous essayons de remonter. Ce matin il nous a conduite à Lay où nous avons achevé de donner un petit coup de grâce, en posant la glace, des plaques peintes, des tableaux. Le tout a pris très bon air et je comprends que les Gardeil le regrettent de plus en plus. J'ai mené Melle Adèle au château d'Eulmont que son frère a loué etoù il ne veut pas lui donner de place. C'est bien situé avec une jolie vue mais le rez-de-chaussée est un peu humide.
15 août - Un mois encore le temps passe, passe avec une rapidité folle. Le soir du jour où j'écrivais la dernière fois nous a ramené père revenant d'Aix bien fatigué, même assez souffrant de la vessie, indisposition qui a duré plusieurs jours et qui noua bien inquiétées.
Le même train nous ramenait Henry (sans doute plutôt Henri Lorrain ), retour de Lorquin où il avait trouvé notre tante assez bien portante. Elle a toujours été folle, dit-il, elle l'est seulement un peu plus. Son avis est qu'on la réinstalle dans sa maison avec toute sa ménagerie.
Le lendemain ,père est allé à Lay avec Maman, il a trouvé tout bien en ordre et payé les meubles, 16 [?] frs pour le buffet, la table, la table du vestibule et 20 chaises.
Père s'était arrangé avec Henri pour aller à Lorquin le mardi suivant. Le lundi le Conseil d'arrondissement l'en empêchait, il passait une bonne journée avec ses vieux amis qui le nommaient Président. Sa santé était tout à fait remise.
Quand le mardi nous apprenions la mort de notre cousin Mangeot qu'on enterrait le lendemain matin. Naturellement père est resté et nous y sommes allés ensemble. Cela s'est terminé par une belle pluie qui nous ennuyait d'autant plus que Louis emmenait des élèves chez [?] pour leur faire voir son installation de laiterie. Père partant à 4 heures du soir pour Lorquin, espérant se cacher de notre tante en arrivant et passer la nuit tranquille ; mais Louis montant en tramway au Point Central s'est jeté dans notre tante, absolument folle, exaltée. Elle se sauvait pour ne pas voir papa qui l'aurait battue, disait-elle.
Elle avait passé une heure à St Nicolas, avait retenu une chambre et s'était sauvée. Elle n'était pas venue chez nous, regrettait de s'y trouver [?] , étant maigre comme un clou.
Nous l'avons d'abord fait manger, résolus à la garder pour la remonter. Je l'ai conduite au Casino où je lui ai fait prendre bain et douche (que j'ai reçue). Cela a été une scène d'un bout à l'autre, aussi le lendemain nous lui faisions prendre un bain chez nous. Les scènes ont recommencé, mais à huis clos et moins coûteuses.
Autres scènes pour des chaussures,autres encore pou une robe de cotonnade, pour manger, pour boire, pour rester et enfin pour s'en aller car le dernier jour elle ne voulait plus. Je l'ai conduite à la gare, lui laissant prendre son billet, qu'elle a pris pour St Nicolas, voulant m'attendre jusqu'au mardi parce qu'elle craignait le bruit de la fête de Tomblaine.
Arrivée sur le quai, elle voulait que j'aille lui changer sa carte mais j'ai dit que c'était impossible et je l'ai fourrée en wagon.
Entre temps Simonet était venu m'inviter à son mariage, j'ai accepté et m'en suis repentie aussitôt car il y a deux jours, le contrat, dîner et bal, le mariage et lunch.
Pour le [?] j'ai cherché à Lay ma robe rose et cela m'a donné une course un peu forte [sic] ; car le train entrait en gare lorsque je sortais de la maison et j'ai du faire un seul temps de galop pour le rattraper, je le mentionne [?] car cela vaut la peine.
Pour la noce Clémentine me fait une robe d'étamine grise.
Le lundi de la fête, représentation de la Meunière du Moulin Joli. Cela n'a pas mal marché. Schlupp faisait le service d'ordre et nous avions beaucoup de monde. Blanche Parmentier était charmante en meunière.
Pendant la représentation, Gabrielle a été reprise d'hémorragies. Heureusement Laure était là avec Marie de Brichambeau et elles ont pu venir à son secours, sans quoi la pauvre femme y passait.
Le lendemain je partais pour Lorquin à 11 heures.
Je comptais prendre notre tante à St Nicolas, mais elle n'y était pas. A Avricourt, Steiner m'a dit qu'il l'avait vue le matin. Je m'attendais à la trouver chez elle quand à la gare de Sarrebourg, quelqu'un me frappe sur l'épaule : c'était tante à jeun depuis le matin. Elle s'était enfuie de St Nicolas parce qu'il y avait un enterrement. Je lui ai fait prendre du lait et du pain et nous avons regagné Lorquin où elle est arrivée moulue. Elle est restée toute la journée du lendemain étendue sur son canapé, demandant à revenir à St Nicolas, à Mattaincourt, refusant de manger ce que je lui faisais, demandant les haricots de la mère Schwerr. 0


Comme c'était convenu, je me suis mise à la recherche d'une bonne. On m'en a enseigné une [?] à Kerprich, mais elle n'a pas voulu venir. Rentrant de Kerprich j'ai pris le train de Sarrebourg pour aller chez les loueuses. La première ne m'en a pas indiqué, la seconde m'en a promis une qui doit venir le surlendemain matin. Ne la voyant pas venir je suis retournée puis j'ai pris une voiture et je suis allée chercher la femme pour la faire voir à tante. Elle l'a trouvée bien, s'est arrangée pour 20frs par mois et lui a dit d'arriver le lendemain à midi.
Dès que la fille a eu le dos tourné, tante ne la voulait plus. Il a fallu employer le moyen ordinaire, dire que Marie Desfrères la prendrait. Cela l'a décidée. Il a fallu faire rentrer la vache, le cochon que l'on a ramené dans la voiture du boucher, racheter la chèvre que tante avait donnée aux [?] et pour laquelle ils ont voulu 10 marks. Tout cela nous amenait des scènes , des reproches, des sottises. Enfin la bonne étant arrivée le samedi, j'ai pu partir et suis rentrée à Tomblaine à 10 heures du soir, moulue et énervée à ne pas dormir pendant 8 jours.
En rentrant mère m'apprend qu'on jouera de nouveau les comédies de la semaine précédente. Que nous ferons le lundi les conserves de tomates, que nous recevrons les Stehelin à Lay st Christophe et qu'il faut aller les inviter. Cela m'a donné un moment d'impatience indescriptible ; et puis tout s'est passé pour le mieux. Les Stehelin devaient venir le jeudi, il a plu à torrent, nous y sommes allées le vendredi, après leur avoir envoyé la veille le pâté et le fromage blanc que nous avions préparés. La promenade s'est bien passée. Les deux aînées étaient venues à bicyclette avec Renée Verdelet. Mme Stehelin était venue en voiture avec Madeleine et le petit Ivan [?] .On a goûté, on s'est promené et on est reparti. Père était avec nous et nous a bien aidées.
Les Henry sont partis le 15 pour les bains de mer aux Sables d'Olonne. Les Lorrain sont à Dinand. Les Balley étaient venus nous voir en mon absence avec Mme [?] .
Mère Germaine est venue à Nancy ainsi que Mère Cécile et Mère Catherine pour un congrès de [?]. J'ai vu Mère Germaine un instant. J'avais pensé revoir les autres, mais je n'ai pas pu y retourner.
Louis a emmené les Colomb à Lay pour une promenade, le jour où père était au concours de Thiaucourt, 22 août. Dans la semaine, le mercredi précédent, père était venu déjeuner avec moi là-bas et nous avions passé une très bonne journée. Au déjeuner nous avions des œufs, des biftecks, du melon, des fruits, du café. La journée eut été bonne nous avions fini de rentrer le foin quand un orage est arrivé et nous n'avons eu que le temps de nous sauver en voiture.
Les Lorrain avaient saisi Père d'une demande a recommander [?] aux Magasins Réunis et père avait refusé, d'autant plus qu'ils voulaient faire agir Henrion.
En rentrant nous avons trouvé Louis qui lui aussi achevait de mettre son regain (du foin récolté en fin dété , c'est l'herbe qui a repoussé après la récolte de juin , la fenaison ) à couvert et quand la pluie s'est mise à tomber, le soir, tout était à couvert.
Le même jour, visite des dames Masson, Marthe est brouillée avec Hélène. La petite Lambert qui les accompagnait est charmante.
Nos pauvres domestiques sont bien attristés. Marie [?] est toujours malades, [?] et le docteur Sagnet annonce un cancer déjà bien avancé qui peut amener la mort immédiate. Guillaume en est comme abruti, Clémentine est repartie au plus vite pour le soigner.
4 octobre - le temps passe vite, nous avons aujourd'hui notre rentée. Petite rentrée, 9 élèves nouveaux jusqu'à présent à l'examen, notre pauvre Louis en est navré.
J'en suis restée au mariage de Simonet qui s'est très bien passé. Les Drouin ont été aimables. Et notre entrée dans la salle a produit un certain effet. La soirée a été peu amusante, j'ai un peu dansé, Louis aussi, mais les dames de Mirecourt étaient difficile à dérider, j'ai été causer avec les messieurs.
Le lendemain, nous avons poussé jusqu'à Mattaincourt avec les Antoine et Carnet.
10 octobre - Le temps passe toujours. Il est très froid depuis huit jours. Nous avons de fortes gelées (-8°) tous les matins. Quelques gouttes d'eau tombées hier nous avaient fait espérer un adoucissement mais il n'en a rien été.
Heureusement pour nous, pommes de terre et betteraves sont à couvert, mais nous sommes les seuls du pays qui ayons ainsi rentré tout dans de bonnes conditions. Louis s'est bien remué et Père lui laissant plus d'initiative, il a pu mieux diriger son ouvrage.
Je reprend au mois d'août fin de notre année scolaire. Au moment où j'ai quitté le journal, Père allait à Lorquin pour organiser notre tante qui avait un gros passage de soldats. Elle les a d'abord mis (2 hommes) chez Soumann ; mais Mme Soumann lui demandant 0fr50 par homme et par jour elle a trouvé que c'était trop cher et les a repris.
Depuis Père y est retourné plusieurs fois, tenant surtout à payer la bonne d'avance, pour qu'elle ne parte pas. Les Balley qui avaient accepté de payer une partie de la toiture ne donnent plus signe de vie. Marie s'est bornée à m'envoyer une lettre de Joséphine Jeannequin où elle se plaint de notre tante. J'avais reçu la même et j'y avais répondu de point en point.
Pour nos examens de fin d'année, Louis a fait un changement bien utile. Il fait faire l'examen d'entrée à la préfecture de façon à faire rester les enfants et leurs famille à Nancy.
Le lendemain examen de sortie et déjeuner habituel. M Grosjean n'avait pas voulu y assister, il est arrivé à 2 heures très ému, très aimable, si aimable que l'examen était fini à 4 heures de l'après-midi. Notre déjeuner avait été tès gai, très bon, tout à fait entre amis. Nous avons tâché d'avoir Grosjean pour le lendemain, mais il n'a jamais voulu accepter, répondant toujours "je ne peux pas". Et pourtant Père avait été très aimable en l'invitant.
Grâce à son amabilité les diplômes ont passé tout seuls, seul Piéton est parti les mains vides. L'insupportable Raoua [?] était reparti à Genève un peu avant, Père ayant averti son père qu'il ne passerait pas en 2ème année. Tous les petits reviennent cette année sauf Perrin d'Ochey que son père a repris à cause des malheurs de l'année.
M Henry n'assistait pas aux examens. Il était aux Sables d'Olonne avec sa famille et ne les quittait que le 16. Le 12 Père et Louis allaient au concours de Nomeny où on avait emmené tous les garçons de la famille [?] . Toto a tant bu de champagne qu'il en a rapporté son plumet [?] [?] .
Quinze jours avant; Père était allé à [?] où tout le monde lui avait fait fête. On l'avait placé en face du baron Zorn de Bulach. Cela l'a engagé à aller le dimanche suivant à Sarrebourg mais c'était bien moins beau.
Les enfants Viriot de Paris ont passé quinze jours chez leur grand'mère. On en a profité pour chercher les Levenbruck (cousins germains des enfants Viriot ) qui sont tout à fait gentils. Les Viriot aussi sont charmantes mais semblent trop sorties de leur milieu [?] .
Dimanche 12 nous nous sommes payé une promenade à Champigneulles. Allés au cimetière, puis montés par les sentiers jusqu'à la vigne. Là, comme nous mangions des mûres la pluie s'est mise à tomber. Nous nous sommes abritées derrière un arbre.
Le lundi nous avions les Barrabino à Lay. Il pleuvotait et nous avons gouté au vestibule, mangeant une langouste [?] que les Lorrain nous avaient envoyée.
Nous avons trouvé la pauvre Sophie de [?] bien malade. On lui acru longtemps une tumeur, mais c'était un bébé, puis le bébé est venu et la pauvre femme est très affaiblie. Heureusement pour les deux l'enfant est morte la semaine dernière.
Notre curé s'étant remis à faire jouer une comédie est venu me trouver le lundi 13 pour me demander de faire des décors pour le dimanche 19. Justement nos parents nous offraient un voyage en Belgique. Il a fallu me hâter pour lui brosser un décor de montagne et un de village, sur papier.
Nous sommes partis le dimanche 19 malgré la représentation, notre curé nous ayant promis qu'on jouerait deux fois.
Partis à 10heures, nous arrivâmes par un froid et une pluie affreux à Rochefort à 6 heures et demi pour visiter les grottes de Han le lendemain. Nous avons achetés du tilleul pour une infusion sans quoi nous serions tombés malades.
Le lendemain, visite aux grottes de Han, départ pour Bruxelles en passant par Gembloux. L'exposition était très belle. Nous y sommes restés 3 jours. Après quoi nous sommes allés à Anvers, Gand, Bruges, Ostende où nous avons eu une journée charmante. Retour par Mons où Louis a eu un accès de fièvre effrayant et par Namur et la vallée de la Meuse qui est magnifique. Nous l'avons trouvée si belle que nous sommes remontés jusqu'à Lerouville.
Quand nous sommes rentrés, Mère était seule, Père étant à Lorquin à la fête. Il est revenu seulement le lendemain, content de son voyage et du notre. Il ne sétait pas disputé avec tante, seulement nous avons su depuis que pendant qu'elle était si aimable elle écrivait une lettre bien venimeuse à Marie Balley sur notre compte. Elle se plaint de sa bonne qui est si cuisinière; et pourtant père a payé la note de boucherie, elle se montait 7fr pour 2 mois [?] .
Le samedi 2 octobre on a arraché les pommes de terre de Lay qui sont toutes tachées.
Le 3, nous avons eu les Balley à déjeuner, tous les 4. Ernest est un peu bouffi. Les femmes ont été gentilles. Marie ne parle pas des 1000fr qu'elle doit donner pour la toiture de tante.
Suzanne (Suzanne doit avoir environ 20 ans ) a été sage parce qu'elle a un amour en tête. Elle voudrait épouser un jeune médecin de Bourbonne, André [?] et Henrion (le grand-oncle de Suzanne ) ne veut pas.
Le 4 a eu lieu la rentrée. Louis qui se hâtait pour achever la rentré des racines (betteraves et pommes de terre ) a été aux champs. Père et Maman ont reçu les élèves.
Le même jour, j'étais avertie qu'un des tableaux que j'avais envoyé à l'exposition était refusé. Je l'ai mis en vente 80 fr chez Olivier [?] . Myosotis et roses jaunes a été accroché si haut que personne ne le voit. Aussi c'est la dernière fois que j'expose à Nancy.
Le jour de la visite des Balley, les dames Bichat sont venues nous remercier des quetsches qu'on leur avait envoyées pour la confiture. Jeanne après son opération a eu un abcès qui a percé et depuis, sa santé qui paraissait se remonter, a été constamment mauvaise. La tête surtout et les nerfs sont très malades. Elle a été longtemps sans vouloir voir personne. Elle a des hallucinations, reste des journées entières sans parler. Elle est allée aux eaux de Luxeuil qui ne lui ont rien fait. Depuis c'est Bernheim qui la soigne, lui seul a de l'influence sur elle.
Un fait singulier c'est que les André ont aussi leur fille malade d'albuminurie, comme J Bichat. M André à qui je disais de la faire voyager, se plaint de ce qu'il lui en coûterait.
Son Emile part dans un mois pour la Perse avec M de Morgan [?] , sa femme, sa fille et l'institutrice. La fille est née au désert et y a eu la fièvre typhoïde.
Emile a eu beaucoup de succès depuis. Son voyage en Egypte aussi, son père n'a pu lui refuser celui-là.
24 octobre - Marie et Suzanne sont allées à Lorquin où elles passent la semaine.
Louis est allé le 14 voir des vaches chez Job à Lunéville, de là il a poussé jusqu'à Moncel où il a été parfaitement reçu. Le lendemain Père allait chez le père Berger où on lui faisait grande fête. On le flatte, il gobe ces gens-là [?] et nous en rebat les oreilles.
Il est aussi allé chez Amélie Drappier où le pauvre Charles Berger est toujours dans le même état.
Le 12, on a mis en bouteille du vin blanc d'Anjou que père a acheté soi-disant pour moi, mais il est trop fort et fait un excellent vin blanc à servir entre amis.
Etant allée déjeuner chez Henrion, j'ai rencontré le ménage Devaux de Bourbonne et l'après-midi, nous avons conduit Hélène pour lui faire arracher une dent avec injection de cocaïne. Cela s'est fait en grande cérémonie, Henrion a fait l'injection, Huron a tiré la dent et Hélène a eu ses nerfs
Mme Babih nous a envoyé des alouettes et le même jour, Louis en tirait 18 aussi
Nous avons pu nous en régaler. Albert va aller en Algérie ou dans le midi pour passer l'hiver.
27 octobre - Nous avons une dépêche ce matin disant que le feu avait pris à Lorquin.
11 novembre - Le fameux incendie nous a donné bien du tracas, car il s'est arrêté contre la maison de notre tante, non sans l'avoir un peu endommagée.
Il avait débuté dans la maison de ferme de Mme Thiry [?] , brûlé la maison de Cuny, celle d'Etienne, un voisine, puis sauté dans la maison Charton Mangeot [?], et re descendu , brûlant la maison des pauvres vieux [?] .
Tante a eu son toit découvert et quelques bouts de poutre détruits. Père y est allé aussitôt, a forcé Tante à ne pas quitter chez elle , lui a fait mettre un lit pare-bise [?] puisque les pompiers gardaient sa maison. Il est rentré le mardi et le mercredi j'y partais pour rentrer les meubles. Ca a été une dispute continuelle, chaque plante, chaque sac de linge amenait une discussion. Heureusement Joséphine Jeannequin m'avait offert l'hospitalité et les soirées passées à Zuffall, les nuits dans un bon lit me remettaient en forme

Enfin j'ai pu regagner Tomblaine, malgré l'arrivée d'Henri, lequel me succédait à Zufall. Tante se réjouissait de le voir, tout en s'en effrayant un peu.
Henri que j'ai vu à son passage à Nancy, l'avait trouvée bien exaltée, mais beaucoup mieux portante. Elle mange tout ce que sa bonne prépare, se laisse servir à table et ne travaille plus.
La veille de l'incendie les Balley étaient venus déjeuner, revenant de Lorquin. Marie est revenue cette semaine, pour son expertise, mais justement les experts ne commençaient pas par elle. Elle est donc revenue, ayant commandé de recouvrir son toit.
Enfin hier seulement, 10 novembre, les messieurs, pressés par Père se sont décidés à l'expertise. Tante aurait bien voulu les exploiter un peu, elle a réussi à en tirer 810 frs avec les quels elle pourra remanier entièrement sa toiture.
Marie a eu 203frs. Les autres sinistrés ne sont qu'à demi contents.
Nous avons tué cette semaine deux énormes cochons. Un pesait mort 176 kgs. Henrion et Marie sont venus en manger.
Nous avons envoyé du boudin à Bichat, aux Barrabino et à Pierrot [?] qui nous a donné un cuissot de chevreuil.
Emile Veltin est venu dîner le 9 avec Jeanne. Le même jour on enterrait Contal de Saulxures
Hier j'ai dîné chez Jeanne avec sa sœur Marie qui ne pense plus qu'à sa santé. Elles sont bien lasses de Melle Sophie qui les comble toujours mais devient radoteuse.
Albert Babih est passé vendredi dernier, en apparence très bien portant. Mais ses yeux sont bien ternes. Il venait prendre une inscription de droit pour s'occuper. Le mois prochain il partira pour la Suisse.
Notre Toussaint s'est passée tranquillement. Nous étions allés à Champigneulles le veille, un dimanche. Il y avait distribution des prix de la Société de tir. présidait et comme c'était le commencement de sa candidature [?] , Père tenait à lui montrer Goulette (peut-être est-ce ce Goulette qui s'est battu en duel contre Barrès en 1889, au moment des élections législatives. Ces faits sont rapportés dans un numéro de 1962 du journal Pays lorrain ) qu'il a encore un peu d'influence. Le bon Polyte (Hippolyte ) a eu un vrai bonheur de l'ovation que lui ont faite les gens de là-bas. C'est à qui se lèverait pour lui serrer la main. Puis on l'a conduit à la gare où nous l'avons retrouvé.
Le jour des morts il faisait un froid très fort. La chapelle de Fernand attirait au cimetière. Nous sommes revenus avec Gabrielle et Mme Brunet toujours bien triste.
Ce même jour est entré le nouveau domestique, Jules, fils d'Adeline et de Jacob. Il parait un peu emprunté, n'ayant jamais travaillé qu'à de gros ouvrages mais il s'y fera.
Charles est parti aujourd'hui. Il passera quelques jours chez ses parents avant son départ pour Sainte Ménéhoulde où il est cuirassier.
18 novembre - Un triste événement arrivé avant-hier : notre ami Cotel a été tué à la chasse par M de [?] . On l'enterre demain à Malzéville.
On préparait samedi les élections à la Chambre d'Agriculture. On avait parlé de Père, mais je lui ai rappelé à ce propos des insuccès électoraux, pour qu'il ne se représente plus, ce qui au fond le tentait encore. Charles Louis fait semblant de ne plus vouloir. Drappier serait peu sympathique, Henrion (le député ?? il est médecin, pas agriculteur ) refuse, alors on proposait Louis Thiry qui refusa, naturellement. Mais ces messieurs sont revenus à la charge, après un dîner de chasse chez Louis (sans doute Charles Louis ), ils sont venus trouver mon frère qui a refusé encore, mais qui au fond était content.
Elisa Brice est venue nous voir cette semaine avec Clotilde et nous sommes allés les revoir chez Louis (toujours Charles Louis ) après le déjeuner. Elles ont raconté des histoires de Hatton, [?] l'enterrement du père Chatton qui était suivi seulement par 3 personnes.
J'étais allée samedi dernier à Agincourt. Marie est toujours sur son lit, elle est surtout très énervée et ceux qui l'entourent s'en [?] . J'avais emporté du bromure pour lui faire prendre en cachette et il faut croire que cela a fait du bien, car on nous disait qu'elle était plus gaie.
Natalie est souffrante d'inquiétude en ce moment et d'ennui. Son petit Albert est pourtant assez bien portant en ce moment. Depuis son retour à Champigneulles, il mange et chante. Qu'au moins les pauvres gens en profitent.
Notre Jules se met à la besogne, il est devenu bien habile déjà. Sa grand'mère est venue le voir aujourd'hui, elle est très contente de le savoir ici.
Hier j'ai revu le Salon, il y a de bien belles choses, le portrait du petit boucher [?] , et celui de M [?] , de beaux paysages, trois jolis Friant (Emile Friant, peintre nancéien 1863-1932 ), des aquarelles superbes. En sortant je suis passée chez la mère Demange [?] qui est très vieillie. De la chez les Conigham et chez les Delcominette, qui sont enfin commandant [!] et qui vont à Cambrai. Ils sont tout heureux et après avoir désiré la Bretagne, se consolent de n'être pas aussi éloignés de leur famille.
J'ai acheté des mouchoirs rouges pour Père. J'ai cherché dans le magasin, j'ai enfin trouvé du coton rouge.
24 novembre - Les fameux mouchoirs rouges, depuis que Père les a, il ne saigne plus du nez
25 novembre - Sainte Catherine. Une journée superbe mais fraîche par vent du nord. Nos parents en on profité pour aller à Lay où ils ont déjeuné comme deux amoureux. Père a même mis la table.
Hier nous avons eu les Colomb Pradel, père, mère, fils et bru. Nous avions été avertis par téléphone et personne ne savait ce que cela voulait dire. Il parait que Père les avait invités samedi et ne se le rappelait plus.
La pauvre Mme Pradel est souffrante et parait beaucoup s'ennuyer dans la ferme de Richebourg. Son mari travaille comme un ouvrier, mais elle ne peut en faire autant. Sa bru est bruyante et vulgaire, un air de gamin mal élevé, elle ressemble à [?] dans ses mauvais jours.
Après leur départ je suis allée à Malzéville où Léonie Cotel ne recevait pas. En revenant j'ai trouvé en tramway Mme Puton. Les enfants Petit revenaient de Samarcande, enchantés de leur voyage qui est un peu fatiguant.
La veille Gabrielle m'avait emmenée à Maréville. Christine était tout à fait perdue, elle m'a à peine reconnue et m'a insultée tout le temps à la grande épouvante de Zette qui la regardait tout drôlement.
En revenant les sœurs nous ont montré Ste Anne qui est superbement aménagé. Ce sera vraiment confortable et même presque trop luxueux.
Comme Gabrielle divaguait, je l'ai quittée aux Magasins Réunis. Je suis passée de là chez A Perrin à qui j'apportais un flacon de Chloridée, espérons que son mal d'estomac s'en sera bien trouvé.
Dimanche, visite d'Irma. Son Charles trouve qu'il n'a pas assez à faire chez M [?] . Nos parents étaient à Lay. Je l'ai reçue seule pendant que Louis et [?] prenaient une vue de l'Ecole depuis le grenier de Francine. Elle trouve Elisabeth bien enfant. Elle aurait pu si facilement trouver ailleurs sans se fourrer chez les Drouin.
Marie Balley avait écrit à Père pour lui dire qu'elle acceptait [?] et poussait Henrion à accepter la candidature à la présidence de la Société d'Agriculture. Comme son oncle avait refusé, je lui ai donné l'explication.
Samedi dernier, Papelier a été présenté comme candidat républicain. Reste à savoir qui présenteront les gens de l'autre parti.
Louis a fini la baraque. Il fait un cours de fromagerie. Il a installé des séchoirs-égouttoirs et une cave fermée de paillassons pour faire sécher les fromages. Quel bon garçon il est et quel brave homme il sera toujours. Ce soir les Seitz sont venus nous voir en voiture. Georges va, parait-il, être voyageur en bonbons. Sa femme souffre toujours et leur pauvre petit ne se développe guère.
1er décembre - L'hiver a fait son apparition dimanche dernier, surtout pendant la nuit de dimanche à lundi. Le baromètre a fait une chute énorme, la tempête était affreuse, secouant toute la maison. On parle beaucoup de sinistres en [?] .
Lucie Antoine est venue nous faire part du mariage de Marie avec M. [?] , ingéneur, directeur de l'usine de Peronne.
Lundi, M Perrin a reçu une lettre de Girancourt (dans les Vosges ) où M Dhines lui disait que Même [?] s'était tiré un coup de revolver. Il était,parait-il très abîmé, mais pas tué.
Samedi a eu lieu la distribution des prix à la Société d'Agriculture. Papa y a emmené Louis qui est resté pour le déjeuner (par extraordinaire) et même pour le dîner parce qu'il a rencontré Danguy.
Moi j'avais conduit le matin notre Jules pour lui montrer le magasin où nous nous approvisionnons ordinairement. La demoiselle du comptoir chez Bournique, regrette beaucoup notre Charles.
Dimanche il a plu toute la journée. Père s'est occupé comme il a pu après une affaire Schwabb, puis est venu un clerc de droit pour faire signer à Maman l'acte de vente à Fougerolles
J'ai été au patronage où tout le monde étai revenu à cause de la pluie. Il est de plus en plus mal composé.
Notre bon curé allait mieux, Mère l'a vu mais la tempête lui a ramené toutes ses douleurs et de nouveau, il est au lit. C'est bien long pour lui et pour la paroisse.
Nous avons tué deux gros cochons, très gros.
Natalie est venue à cette occasion. Son petit Albert ne va pas, il est triste et s'impatiente. Louise est mieux depuis qu'elle prend du pepton.
Amélie Perrin souffrait de l'estomac. Je lui ai donné un flacon de Chloridée qui lui a fait grand bien, ainsi que la Magnésie [?] . Hier elle avait tout à fait changé de visage.
9 décembre - Anniversaire (22ème) de la mort de notre bonne Grand'mère (Anne-Julienne Burtin, épouse de Marc-Antoine Brice ),
Hier notre curé a dit la messe pour la première fois depuis le 29 septembre. Il toussait encore un peu mais il faut croire qu'il n'a pas souffert puisqu'il a recommencé aujourd'hui.
Nous avons de la pluie de la tempête, hier elle était excessivement forte. Vendredi dernier la neige a fait son apparition.
Mes parents avaient fait vider la pièce d'eau et ils étaient aller la pêcher jeudi dernier par une journée magnifique. Ils ont déjeuné là-bas et ont rapporté si peu de poissons qu'on a dû en acheter pour compléter le repas des élèves. L'étang est rempli d'épinoches qui mangent le frai.. Aussi va-t-on le laisser vide pendant quelque temps et le curer.
Le lendemain, Père voulait y aller, de nouveau. J'étais allée à Nancy le matin expédier le Saint Nicolas des Lorrain (une boite de construction, une poupée, un livre, St Nicolas et sa bourrique, des bonbons) et du boudin pour les Brice. Il faisait un grand vent du nord et en revenant, j'ai trouvé Père qui achevait de déjeuner pour partir. Louis et moi nous sommes offerts pour le remplacer et bien nous en a pris car nous avons eu un temps de neige effroyable.
Nous avions tué le lundi deux cochons. Natalie était venue et son Albert est toujours aussi découragé. Marie a été reprise de ses hémorragies
Henrion s'est invité dimanche et il est revenu aujourd'hui. Il a fait deux repas de cochonnailles avec un bonheur sans pareil. Nous l'avons même initié à la salade au lard.
Marie Balley s'est fait une entorse.
Saint Nicolas est venu à l'école. C'était Marie Pernet, elle a chanté quelques couplets. J'avais 90 enfants. En sortant, nous sommes allés chez notre curé.
[?] Victor a perdu son frère, instituteur à Rougemont.
Mardi le temps était beau, j'ai couru à Nancy faire quelques visites. Mes adieux à Juliette qui part à Cambrai et qui emballait son ménage. Elle est contente de l'avancement de Maurice. Chez Amélie, Germaine était malade, la migraine. Les autres étaient en classe. Chez les Perrin, Amélie était souffrante. Chez les Barrabino, ces demoiselles étaient seules, enchantées des fêtes de la kermesse, regrettant seulement d'y être restées trop peu de temps. Marguerite fait des broderies charmantes et a peint deux jolis écrans pour sa grand'mère.
En rentrant à 7heures j'ai trouvé les Mrs Louis à dîner pour fêter M Voirin de la Hte Marne, juge de paix à Saint-Blin. Père l'a rencontré dans les concours et l'ayant trouvé à Nancy l'a ramené pour lui montrer ses travaux. Il est bien fier de son école si bien tenue par Louis. La ferme, les terres, les bêtes, la laiterie avec ses fromages en fabrication, tout cela marche à merveille.
Louis fait des conférences, qui paraissent très intéressantes et les élèves on tous bien meilleure tenue.
Entre temps il fait de photographie avec Roville. Ils ont fait une charmante vue du parc couvert de givre.
Antoine Louis a amusé M Voirin en lui racontant qu'il arrachait les bornes dans ses champs. Le fait est qu'il en a fait un tas de 59 bornes.
Le lendemain ils sont allés chez Gabrielle qui divaguait. Elle a fait peindre ses plafonds par Maetignon [?] .
Il y a en ce moment une petite reprise d'influenza. Les domestiques l'ont.
18 décembre - De retour de Lunéville depuis hier. Je suis partie samedi par un temps affreux, notre voiture pouvait à peine avancer, mon parapluie a été cassé. Luis et moi nous étions mouillés jusqu'aux os. Heureusement pour moi j'ai trouvé un bon feu chez les Henry où j'ai déjeuné.
Jamais je n'ai trouvé le temps aussi long chez Joséphine que cette fois-ci. Elle fait pourtant tout ce qu'elle peut pour vous distraire ; mais si j'étais resté un jour de plus j'aurais pleuré. Le temps était devenu superbe, une chaleur de Mars et nous nous sommes beaucoup promenées.
La journée à Moncel a été très agréable. Ce sont (la famille Suisse ) de si bonnes gens qu'on ne s'en lasse pas. La petite Madeleine (la fille aînée de Paul Suisse, lui-même frère aîné de Marguerite Suisse, future épouse de Louis, le frère si vénéré d'Antoinette. Madeleine sera bien plus tard Mme Parisot ) est tout à fait gentille.
A Chanteheux (autre village près de Lunéville ), le malheureux Charles baisse. Il est maigre mais ses yeux semblent voir mieux qu'autrefois. Il est recroquevillé sur lui-même, il pousse des cris inarticulés. La pauvre Aline le soigne avec bien de la bonté, il semble la reconnaître et la voudrait toujours près de lui.
Les petits sont charmants, surtout les deux plus jeunes.
[?] (suivent quelques lignes évoquant de façon très peu lisible des personnages difficiles à identifier ).
J'ai eu là des nouvelles de Lucie André, son mari est fou et menace de la tuer.
Père pendant mon voyage est allé à Lorquin, tante va bien, elle engraisse, sa folie est tranquille. M Schoerer perd la tête et se croit ruiné, il est à Abreschviller.
Père a loué les terres de Marie Desfrères ainsi qu'une grande partie de sa maison.
Beauvais se marie mardi à Nancy.
Depuis mon retour, nous menons la vie agitée, ahurie [?] des gens en visite de Nouvel an. Moi traînant un rhumatisme dans la jambe ce qui est pénible pour monter les escaliers. J'avais emmené Maman le premier jour, mais elle était pressée de rentrer, se sentant si utile à la maison. Bien lui en a pris car l'élève Lebrun s'étant fait une blessure au petit doigt avait crise nerveuse sur crise nerveuse. Louis l'a emmené à l'hôpital où les crises étaient très fortes. Le soir il paraissait calmé quand vers 10 heures, cela a repris et il a fallu chercher le médecin qui lui a fait une piqûre de morphine. Après quelques petites rechutes, son père l'a emmené la veille de Noël.
Notre Noël a été superbe grâce à Roville qui avait dirigé les chants. Il avait très chaud mais c'était très réussi. Mme Chanant et son fils avaient veillé avec nous et minuit sont [?] arrivés sans qu'on s'en soit trop aperçu.
Notre curé a pu officier et ce n'était pas trop mal après deux journées aussi fatiguantes.
Maman et Louis sont allés à Lay, mardi. Il fait très beau et très doux, comme au printemps.
Henriette est allée à Champigneulles, le petit baisse fort, il écorche [?] . Nous lui avons envoyé du sublimé et Monte Christo [?] .
J'ai expédié des mirabelles confites à Bourgogne et à Mme Mazeline, des macarons à Mme Robert
Rencontré Mme Mathieu qui avait vu la noce de Beauvais où il y avait 25 personnes. M [?] s'est marié ce matin avec Octavie Collet. Ce mariage est une énigme pour tout le monde. On parle de mariage entre M Dhines et Marie Godfroy
Maman a eu un peu de rhume qui va mieux Papa va bien et il est très gai. Notre nouveau domestique se fait un peu, il y met beaucoup de bonne volonté. Les Simonet sont venus tout à l'heure, Charles se plait à Tunis. Elisabeth est toute gentille.
Louis a dîné hier soir chez Colomb à côté du docteur [?] , qu'il a trouvé charmant. Henrion est aussi venu hier soir, aujourd'hui il est à Bourbonne.

L'année 1898


24 janvier - Le temps passe avec une rapidité effrayante, probablement parce qu'il est beau, car nous avons la chance d'avoir, jusqu'à présent, un temps d'une douceur exceptionnelle. A peine quelques jours de givre un peu froid nous ont donné idée de l'hiver. Cela n'empêche pas les mendiants d'abonder.
L'année politique commence bien mal. On a révisé le procès Dreyfus (Le procès n'a pas été révisé. C'est le procès Esterhazy qui a eu lieu le 10 janvier. Celui-ci a été acquitté, alors qu'il était accusé de la trahison pour laquelle Dreyfus avait été condamné, en 1894 ). Il a été reconnu qu'il était coupable. De mauvais sujets soudoyés par les Juifs protestent, l'opinion publique se révolte et partout on manifeste à force. A la Chambre, on se giffle [!] .
L'année sanitaire aussi commence mal. L'influenza reparaît, aussi fort; qu'en 1870, elle fait pas mal de victimes. Lombard en est mort , M Poulain, [?] et combien d'autres. C'est aussi l'influenza qui a achevé le petit Albert qui est mort le 17 janvier. Papa lui a causé un grand plaisir, la semaine précédente en lui achetant une petite montre, qu'il n'a pas quittée jusqu'à sa mort, arrivée très doucement comme un sommeil sans qu'il s'en doute.
On l'enterré mercredi. Le même jour se mariait Melle de Fravemberg [?] avec M de France, un capitaine que Louis a connu en Afrique. Autre événement dans la famille : Camille épouse Aline Thomas. C'était prévu et Joséphine est dans un bonheur sans pareil. La pauvre femme aura donc ainsi un peu de satisfaction.
Les Balley enrageront. Pour le moment Marie se fait toute bonne mais on sait ce que cela veut dire.
On a curé la pièce d'eau de Lay. Jules et Ancillon l'ont vidée pour 100frs. Les hommes ont mené la terre en haut du jardin. Dans ces mêmes jours la mère Gross a manqué mourir de l'influenza, elle est mieux aujourd'hui, mais presqu'aveugle. Père Gross avait une blessure à la jambe, une écorchure faite en traversant la glace, elle a été guérie par la pommade au lierre.
Le 1er janvier s'est bien passé mais sans décoration cette année. Le Préfet et le maire ne recevant pas, nous avons pu rester en famille. Nous avons fait nos visites dans Tomblaine, excepté à notre bon curé qui était encore malade.
Aujourd'hui, il va mieux, mais il a eu une grande révolution dans sa congrégation, Bathilde et Virginie ont donné leur démission. On prétend que d'autres encore se retireront.
27 janvier - Natalie est venue lundi dernier, bien triste naturellement, avec Charles qui a bonne mine. Nous l'avons vu en soldat, il y a quinze jours, il était très bien, se tient très droit, se trouve pas trop mal de la vie militaire.
Le même jour, Michel inaugurait l'électricité par un dîner auquel assistaient nos deux hommes. Nous, nous avons eu une séance de phonographe dans l'après-midi. C'était vraiment bien intéressant, cette machine qui nous chantait des chansons ou cantiques à pleine voix. Cela a duré un peu de temps, puis nos cousines ont joué et moi je suis rentrée pour finir la leçon à mes catéchistes. J'en ai trois, Schlupp, Heille, Kraub bien bouchés mais assez gentils.
Madame [?] est très malade. Péan [?] est mort le 21 janvier. Hier j'ai été à Nancy chez Amélie où j'ai rencontré Tante Estelle. Nous avons eu sa visite avec son mari, très photographe, ne pensant plus qu'à cela. Chez Melle Sophie qui fait des bandes de tapisserie pour des rideaux à M [?] , Jeanne a la grippe.
5 février - Nous avons eu un peu de neige aujourd'hui, après une semaine de pluie et tempêtes qui ont causé bien des sinistres maritimes.
Nous avons changé de surveillant, M Chassant est parti à Rennes comme répétiteur. Sa pauvre mère a d'abord été malade à l'idée de déménager, puis son fils est parti, d'abord pour La Roche à un mariage, de là à son poste. Sa mère attendait qu'il ait un logement. Nous l'avons eue bien souvent à manger.
Henrion nous vient aussi de temps en temps. Il traîne le reste de sa vie parlementaire, aspirant à la fin. Il passe, en attendant, de bons moments avec vieux Père.
Les cousines Simon [?] ont perdu leur [?] fils Gaston la semaine dernière. Demain on enterre Gustave Burtin et sa pauvre femme est au plus mal. Rendez-vous est donné à la Basilique. Mère et Louis y vont. Moi je reste avec Père qui est un peu grippé et qui attend Henrion.
Notre nouveau surveillant, M Ponsard a l'air d'un brave garçon , il est ardennais et instituteur.
Limousin nous a envoyé de ses nouvelles d'une très gracieuse manière : une bonne lettre et une caisse contenant deux foies gras et des truffes. Mère en a fait d'excellentes terrines et nous a mis le reste de truffes en bouteilles..
Les Henry sot ennuyés, Marie a de l'albuminurie. Jeanne Bichat est revenue de Belfort très malade et fort amaigrie. On avait appelé sa mère par dépêche.
Mme Marchand n'est pas encore morte. Clémentine a été aussi fort souffrante, elle va mieux.
13 février - Des giboulées, un orage avec tonnerre et éclairs, trois jours de fortes gelées, voilà la semaine. Aujourd'hui le temps est doux, nous aurons peut-être de la neige ou de la pluie.
Mme Bolich et Jeanne sont venues ce soir. Albert est mieux, il se réjouit de revenir bientôt après un séjour à Montreux et à Albertville pour reprendre pied dans la vallée.
Père a la grippe avec une grosse peur de devenir plus malade. Cela nous arrange à merveille pour qu'il se laisse soigner. On lui fait du feu et on lui met le cruchon.
Dimanche dernier, Mère et Louis sont rentrés à 2h. La neige a commencé un peu après. Les Lemonnier sont venus, Lemonnier a eu une petite pique avec Henrion.. Le mardi Louis est allé à la vente de Frouard, il a acheté un tombereau.
Le mercredi, Emile André est venu déjeuner et nous a fait grand plaisir à tous, c'est un excellent garçon. Il part au mois de mai pour rejoindre M de Morgan qui est déjà en route.
Hier samedi, ces messieurs on donné un dîner à [?] au Grand Hôtel. On a porté des toasts. Brice a bafouillé, Collet a bu à l'agriculture pauvre qui elle aussi aurait été heureuse d'être du banquet.
Les fromages de Louis sont excellents, on en envoie aux amis, Bichat et autres. Il fait en ce moment du beurre et des études sur le lait.
Les agneaux commencent à naître.
Hier matin, mariage de Louisa Perrin avec le fils Gobert, une noce assez nombreuse et élégante.
Mme Marchand est toujours dans le même état de faiblesse.
Nous avons en ce moment un nouveau garçon, qui a été domestique chez les Martin à Ste Marguerite et chez [?] .
16 février - De la pluie le matin, du beau temps avec menaces dans la journée. Temps doux et humide.
Notre Père a toujours la grippe qu'il soigne de son mieux, car il en est très affecté.
Visite de Jeanne Guillaume, lundi après-midi. Nous lui avons donné des semences et je l'ai reconduite à Nancy.
Hier mariage Stehelin- [?] . Déploiement de toilettes superbes. 40 personne dans le cortège. Nous n'avons pu sortir de la sacristie qu'à une heure. J'étais si agacée que je n'ai rien vu que Mme Stehelin qui était charmante. Il paraît que Henrion en était. Nous sommes rentrés pour déjeuner à 2h
La mère Schlupp est morte ce matin.
Aujourd'hui, j'ai déjeuné avec Jeanne chez les Henry. Marie va mieux mais elle est amaigrie. Le Jean a la grippe.
Marie Burtin est un peu mieux, elle s'est levée hier; mais la pauvre femme comprend seulement son malheur et elle est bien triste.
Julienne est bien grippée, elle partira pour Bar vendredi Prochain.
Il nous naît des agneaux et des veaux, cela sent le printemps
22 février - Mardi gras et il pleut. Ce qui n'empêche pas les masques de se promener dans Nancy Les élèves en sont revenus enchantés. Ils ont soupé ce soir les beignets que maman a faits ce matin et qui étaient excellents.
Maman a 56 ans demain. Comme le temps passe. J'avais une maman très jeune pour mon âge mais nous vieillissons toutes deux et cela se sent tous les jours.
Hier mariage de Charles Thiry, nous sommes allés à la messe et nous avons ramené Marc pour passer l'après-midi. Louis l'a emmené aux drainages. Nous avons reçu les dames Choub et Mathieu qui nous ont fait une courte visite. La mère Marie a dû repartir pour Raon où la tante ne se décide pas à mourir. La petite viendra déjeuner jeudi si la tante n'est pas morte.
Le soir Louis est allé au bal des Thiry mais ne s'y est pas amusé du tout. Il rentrait à minuit, s'étant sauvé avant le souper. C'était paraît-il assez morne et une grande partie des jeunes avaient déserté en même temps que lui. Mme Camille avait pourtant retenu l'électricité jusqu'à 7h du matin.
Nous avions cru qu'on ferait une rencontre à Louis. Les Bichat qui étaient venus la semaine dernière, nous parlaient mariage et paraissaient avoir quelqu'un à placer, mais on n'en a pas parlé hier soir et c'est heureux, cela aurait achevé notre garçon qui était déjà très énervé.
Jeanne Bichat y était, très gaie, très heureuse de s'amuser. Henri dansait par ordre.
Notre bon Père va mieux. Il a surtout été très affecté et voulait se soigner à sa manière, il ingurgitait force Bordeaux. Maintenant il est à l'eau de Vichy, il dort bien et prend des précautions. C'est beaucoup plus commode qu'au temps où on ne pouvait lui faire entendre raison. Il est en grande admiration pour Louis qu'il laisse tout diriger et ayant eu à aider, hier la naissance d'un veau, il avait fait un travail énorme.
Demain réception du nouveau général, Louis représentera la maison.
Le feu a dévoré une partie des usines Lang dans la nuit de jeudi à vendredi. Nous ne l'avons vu que le matin.
Clothilde, la même nuit a eu une congestion pulmonaire. Elle est mieux, on a fait revenir Marie pour la soigner. Personne n'entre dans sa chambre, ne devant pas la faire parler.
Samedi se sont mariées une fille Thomassin et Albertine Pauly. La noce Pauly était nombreuse et très élégante. Nos Lambert en étaient.
Il pleut et fait très doux après quelques jours de vent froid.
Le procès Zola-Dreyfus (En fait le procès de Zola, après son fameux J'accuse ) continue, on s'en lasse, on s'en dégoûte, Nos voisins seuls jubilent.
L'abbé Pano [?] est en train de devenir aveugle. Il est sur son lit où il ne doit pas bouger. Il boit même au biberon. Il a son œil perdu et les précautions tendent à empêcher l'autre de se perdre.
27 février - Notre vieux père va décidément mieux. Il n'a mis sa peau de mouton qu'à 7h, il est plus gai et a bassotté toute la journée.
Ce matin, pour commencer, nous avons eu la visite de Charles et de sa sœur Berthe. Charles superbe avec son casque. Il n'a pas encore sa place d'ordonnance
Notre petit Jules était dans une admiration sans pareille. Il veut faire tout comme Charles, même être cuirassier.
Après la messe pendant laquelle M le Curé avait interrogé ses communiants qui n'ont rien su répondre, j'ai été acheter le buffet de la mère Schlupp. Il va falloir maintenant le faire réparer et papa ne veut pas de Boval qui s'est montré peu honnête pour nos comptes de Lay.
Le temps est humide, il pleut, il neige, puis il fait quelques belles heures.
Louis est bien ennuyé, les betteraves pourrissent à force et chez tout le monde. De plus deux vaches ayant vêlé et pas [?] , il a du les opérer lui-même, une sale besogne et très fatiguante. Les petits agneaux deviennent beaux..
Cousine Clotilde va mieux. Marie est enchantée de son voyage à Paris et de la famille de Juliette. Les pauvres Viriot ont la cocotte sur leurs vaches, ce qui va bien les gêner, juste au moment du Carême.
Le père Drillig, le boueux, a eu le tétanos à la suite d'un doigt écrasé, il a été guéri par le sérum antitétanique.
Mme Marchand va mieux aussi mais Mme Chillet, qui était allée à l'hôpital pour se faire opérer d'une hernie est revenue, les médecins ayant refusé de l'opérer.
Jeudi, nous avons eu M le Monnier à déjeuner. Il a été aimable, en évitant de parler des choses qui font sauter Papa en l'air comme l'innocence de Zola.
Il est enfin fini le procès de Zola : il est condamné à un an de prison et 3000frs d'amende. C'est un soulagement pour tout le monde. La clique avait commencé les interpellations à la Chambre, mais après un superbe discours de M Méline, on a décidé de n'en plus parler.
Vendredi, nous sommes allés à Lay en voiture. J'ai trouvé des primevères fleuries. Tout pousse comme à la fin de Mars. On signale déjà des hirondelles.
7 mars - J'ai terminé Février par les hirondelles. Mars nous a ramené de la neige. Il y en a ce soir une jolie couche et un temps assez froid.
Mardi dernier, nous avons passé une délicieuse journée dont nous nous faisions une grande fête. On vendait le train (matériel de culture ) des Hinzelin, à la ferme de Champigneulles (Cette ferme avait du être celle de Marc-Antoine Brice, grand-père maternel d'Antoinette. Celle-ci était d'ailleurs née à Champigneulles ) et Louis et moi y sommes allés. Nous avons visité toute la maison, les chambres, les écuries, les vieux recoins de la cour derrière, les jardins la bergerie. C'était peu changé et nous revivions une foule de souvenirs.
Je n'ai eu qu'une déception. J'aurais voulu revoir nos vieilles armoires et Nicolas les avait vendues en quittant il y a quelques années.
Les gens étaient là aussi, mais bien vieillis, même difficiles à reconnaître.
Il faisait un temps de chien et très froid. Cela n'avait pas empêché une masse de gens de venir. Nos cousins Pérot avaient fait faire du feu dans l'ancienne chambre de grand-père, c'est là que nous avons mangé des œufs durs et du jambon servis par Marie [?] .
Une affaire qui met tout le pays en révolution est le meurtre du frère d'Ancillon par so fils qui l'a tué à coups de marteau, puis deux jours après l'a scié sur un chevalet et a jeté, les morceaux dans l'étang de Kercy. Le père était un méchant homme très ivrogne .
Jeudi je suis allée voir ma pauvre amie Julie [?] dont le mari va mourir et qui a 7 petits enfants dont 3 infirmes. Ils sont dans une grande misère.
En revenant par la ville j'ai rencontré Mme Mathieu qui m'adit que Marie Choub était chez elle, grippée depuis son arrivée. Elle était mieux et repartait le lendemain. Leur tante de Raon [?] est morte. M Choub avait envoyé sa; femme à Nancy, craignant l'émotion des derniers moments. Il l'a rappelée pour l'enterrement et l'héritage.
Notre ami Magnin est mort cette semaine d'une embolie ainsi que M Chassignet. A lay il yen a eu 5 dans une semaine, deux dans un jour.
Céline Gouët a aussi achevé de souffrir. On l'a enterrée hier. Marie était venue pour la circonstance. Elle était très échauffée du mariage de Camille et du mariage de sa fille.
M Thomas a eu une attaque et le mariage sera retardé. Sa femme est venue pour le soigner.
Notre père va décidément mieux, mais il ne sort pas par ce mauvais temps. Il est cependant allé à Tantonville vendredi dernier, à la révision d'Haroué.
Louis est pris à son tour. Un gros rhume, de la fièvre, il est tout défait.
Il a fait toute la semaine dernière des travaux de drainage, dans la boue, sous la pluie.
Tout le monde trouve ses fromages délicieux, on en a envoyé au préfet [?] , aux Lorrain et aux amis. Cela fait une réclame.
Nous avons tué deux cochons mardi dernier.
Emilie Simon est sans place. Je lui en cherchais une. Il parait qu'elle entre chez M Lhuillier d'Einville dont la femme est morte subitement.
Reçu une bonne lettre de Tante; une aussi de Juliette Quenche qui nous raconte son arrivée à Cambrai.
21 avril - Je délaisse bien mon journal, le temps passe presque sans qu'on s'en aperçoive.
Quelques jour après avoir quitté mon journal, je partais pour Lorquin, tante désirant beaucoup une visite et mon père influenzé [sic] depuis deux mois était dans l'impossibilité de voyager. J'emportais des semences et des fromages dont un pour Didier qui avait eu l'amabilité de venir nous prévenir que Oswald [?] demandait à relouer la poste. Cela valait bien un fromage.
La pauvre femme était très grippée. Quant à notre tante elle était on ne peut plus aimable avec tout le monde et j'ai passé deux bons jours avec elle. Elle jardine à force, elle a mis tous les arbres en ordre, elle mange très bien la cuisine de sa bonne dont le seul défaut est d'être un peu criarde comme [?] les allemandes.
Les Charles étaient de retour de Raon. Didier nous racontait que les amoureux pleurent chez eux [?] , ce que nous n'avons pas osé dire à la mère Balley. La vieille Fifine est toujours bonne, elle s'endort à chaque instant.
15 mai - Aujourd'hui je puis annoncer le mariage de Marie Choub (Marie Choub se mariera effectivement le 26 septembre 1898 avec Camille Clausset (et non Clausat) ) , décidé depuis jeudi ave M Clausat. Elles sont ravies, nous les avons à déjeuner après demain. Aujourd'hui à déjeuner, Henrion nous a annoncé qu'il nous dirait quelque chose dans la semaine, probablement le mariage de Suzanne.
La pauvre Marie a eu bien du mal d'avaler celui de Camille. Elles ont prétexté un accident pour ne pas y venir. Elles sont encore à Paris, en ce moment arrêtées chez les [?] , M étant très malade.
Je suis encore bien en retard!
Notre garçon Emile est rentré chez lui et nous

Ainsi se termine le journal de tante Antoinette en notre possession

Annexe 1

Votre esprit modeste s'étonne
Qu'un ministre bien renseigné
Ait jugé bon qu'on vous donne
L'insigne aujourd'hui réservé
Aux fervents de Flore et Pomone
Puisque l'on voit Monsieur Méline
Attacher de ses propres mains
Le ruban vert sur la poitrine
De ceux qui par de longs labeurs
Font produire aux champs, aux jardins
De nouveaux fruits, de rares fleurs;
Ne le devait-il pas, Madame,
Pour vous, qui mettez coeur et âme
A former des agriculteurs.

Signé : illisible

Annexe 2

Sur un papier à en-tête de la Faculté des sciences de Nancy, laboratoire de Physique, une lettre du 15 août 1893
0
Cher Mr Thiry,
Certes nous aurons en vous un représentant honnête, dévoué, convaincu, et par dessus le marché, excellent républicain de la bonne souche. Et cependant, je ne puis m'empêcher de regretter qu'on vous enlève à cette Ecole d'agriculture que vous avez relevée, que vous avez fait votre, à laquelle vous avez consacré votre temps, vos forces, votre intelligence, votre expérience et même votre argent. Et cela arrive au moment où, seulement, vous alliez pouvoir recueillir le fruit de plusieurs années d'efforts
Ne serait-il pas possible que vous deveniez un vil cumulard et que vous conserviez au moins la haute direction morale de cette Ecole qui peut rendre de si grands services. Il sera bien difficile de bien vous remplacer. Et Madame Thiry ? dont le dévouement n'a d'égal que le votre ; il sera impossible de lui trouver un successeur.
Voilà pourquoi, tout en applaudissant au choix de mes concitoyens je ne puis m'empêcher de le regretter. Devenir député, c'est beau ; mais vous valiez mieux que cela.
En attendant le plaisir de vous voir et ce sera bientôt; je vous prie d'agréer pour vous et les vôtres l'assurance de mes sentiments les meilleurs et les plus affectueux

Signé : E Bichat

En fait Hippolyte n'a pas été élu, battu par un certain Jules Brice. Le rapport de parenté n'est pas évident.

Tante Antoinette pendant la guerre

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