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Une conférence de Charles Pont

Introduction

0 0 L'objet de cette conférence est la Mutualité en général. Dans un entretien ultérieur, nous examinerons les caractéristiques particulières du projet de mutualité dans l'armée.
Il me paraît impossible, messieurs, d'être officier et de ne pas être pénétré des avantages de la Mutualité. «Chacun pour tous» telle est la devise des mutualistes. N'est-ce point la notre, n'est-ce point celle de toute l'armée ? La cohésion, l'union des forces, n'est-ce point celle de toute l'armée ? La cohésion , l'union des forces, n'est-elle point l'objet, de la discipline, la raison d'être des chefs, la condition de la victoire ? Ces forces unies, ne cherchons-nous point à les développer au maximum chacune isolément ; et pour cela, dès l'arrivée de la jeune classe, avant l'école du groupe et plus tard parallèlement à cette même école, ne pratiquons-nous point une instruction individuelle attentive en vue de développer les moyens de chacun, d'assurer son activité personnelle, son meilleur rendement? La chambrée n'est-elle point, sous l'égide de la camaraderie, le rapprochement de tous, pauvres et riches, savants et ignorants, travailleurs des champs et ouvriers de villes ? 0. L'ordinaire n'est-il point une forme de coopérative de consommation ? Les dépenses militaires une véritable prime contre les risques de guerre ? La mobilisation : la prévision incessante des besoins de l'armée et des moyens d'y pourvoir au premier signal de la lutte à venir ?
Activité individuelle, union, camaraderie, prévoyance, assurance, principes élémentaires de la Mutualité et de la Coopération, nous sont donc des idées familières, dont nous connaissons déjà toute la vertu. Nous sommes tout préparés à leur étude plus précise.
A vrai dire la Mutualité est soeur de la Coopération «Celle-ci est la forme-type de la solidarité dans la lutte pour le mieux, c'est-à-dire pour l'accroissement des richesses ; celle-là, la Mutualité, la forme-type de la solidarité dans la lutte contre le mal, c'est-à-dire contre les risques menaçant l'existence humaine» (Gide, La Coopération, page IX) : la maladie, la vieillesse et la mort. Dix, cent, mille individus mettent en commun, chaque année, une modique épargne. Le produit de toutes ces épargnes permet de secourir celui qui est frappé. Alors que les risques d'un seul échappent à toute loi, le calcul des probabilités détermine exactement les chances d'une moyenne d'individus et, par suite, le taux nécessaire de la contribution de chacun, taux que la répartition des risques, la capitalisation de l'argent, la participation de membres honoraires, la subvention de l'Etat, réduisent à un minimum que n'aurait jamais pu atteindre, avec ses seuls moyens, la prévoyance individuelle isolée.
A ces bienfaits d'ordre matériel, il convient d'en ajouter d'autres d'ordre moral. La Mutualité n'imprime point sur le front des siens la marque de l'assistance. Le mutualiste, accablé par la maladie ou par l'âge, ne tend pas la main, ne reçoit pas une aumône ; il touche sa part dûment acquise - il n'y a pas un donneur et un obligé, il n'y a que des amis - la balance penche foute seule du côté du besoin, voilà tout. D'ailleurs le souci de l'épargne n'est-il point le meilleur garant du travail et le meilleur frein contre les séductions du plaisir ou de la paresse? De sorte que la Mutualité diminue ces mêmes risques qu'elle prévoit. Elle ne pourvoit pas simplement au malheur, elle l'écarte....
[...]

Conclusion

[...] Ces avantages de la Mutualité expliquent et justifient l'essor merveilleux des sociétés de secours mutuels au cours de ces dernières années et les chiffres éloquents que voici

Par la Mutualité maternelle, dit Monsieur Barberet, elle prend l'enfant à la mamelle et soutient la mère qui l'allaite. Par la Mutualité scolaire elle conduit par la main l'écolier dans le chemin de la prévoyance. Elle enseigne aux adultes la persévérance dans la fraternité et la solidarité. Elle assure aux vieillards la quiétude au déclin de leur existence.
A Nancy pour donner un exemple précis, le nombre des membres de la Mutualité scolaire est passé en 6 mois de 1200 à 1500 (juillet à décembre 1905) et de 1500 à 2000 en mai 1906.
Voilà pourquoi, Messieurs, je disais au début de cette conférence, qu'il était aisé de vous convaincre de l'excellence de l'idée de Mutualité. Et maintenant je ne puis mieux terminer ces réflexion qu'en répétant cette belle parole, appel vibrant de la Mutualité à tous les hommes de bien prononcée par Monsieur Mabilleau :
«Venez à nous sans distinction de parti ou de foi ! A personne nous ne demanderons : d'où venez-vous ? mais seulement où allez-vous ? Si c'est vers la paix sociale, vers la liberté, vers l'amour ! Venez !»