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Ecole Pratique d'Agriculture
Mathieu de Dombasle

A Tomblaine près Nancy

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Mathieu de Dombasle après bien des aventures militaires, industrielles et agricoles voulut faire profiter ses contemporains de l'expérience qu'il avait chèrement acquise. En 1822, il louait le domaine de Roville pour y créer une culture modèle où des jeunes gens désireux de s'instruire viendraient chercher les notions de l'art agricole : ce fut l'Institut de Roville.

Après avoir brillé d'un vif éclat et avoir reçu 550 élèves venus de tous les points de la France et de l'Etranger, l'Institut fut fermé en 1843, à la fin du bail.
Dès 1839, M. Turck (Amédée Turck avait épousé Luce Brice (née en 1800), qui était la soeur de mon arrière arrière grand père, Marc Antoine Brice (SOSA N° 18)), neveu de M. Bertier qui avait consenti à Mathieu de Dombasle, le bail de Roville et lui même élève de Roville, fonda à Dommartemont près Nancy l'Institut Agricole Pratique de Ste Geneviève.
L'Institut fut fermé en 1849, au bout de 10 ans.
En 1868, une ferme école fut fondée sous la direction de M. Brice , à la Malgrange près Nancy. Le domaine était bon, mais la direction générale laissait à désirer ; les élèves n'y furent jamais bien nombreux et elle prit fin en 1876.
Dans le Département des Vosges, la ferme école de Laheyvaux fut fondée en 1849, transférée au Beaufroy, où elle dura jusqu'en 1889.

Création d'une école en Meurthe et Moselle

La première idée de l'école pratique d'agriculture de Tomblaine prit au Concours Régional Agricole de 1877.
La Société Centrale d'Agriculture de Nancy, sous la présidence de M. Grandeau (Louis Nicolas Grandeau, agronome, est né à Pont à Mousson. Il créa la station agronomique de l\'Est à Tomblaine ) émit un vœu demandant la création de cette école. Cette demande appuyée par un groupe d'hommes appartenant à l'agriculture, à la science et à la politique fut prise en considération par le Conseil Général de M & M, qui émit à son tour un vœu analogue le 24 août 1878.
Un arrêté de M. le Ministre de l'Agriculture et du Commerce du 31 décembre 1879 la créa définitivement..
Le choix de l'emplacement de l'école amena bien des compétitions ; M Genay (M Genay est le grand père de Paul Genay, , qui a épousé en 1921 Suzanne Suisse, nèce de Marguerite Suisse, ma grand\'mère paternelle (SOSA N° 5)) de Bellevue près de Lunéville offrit son domaine, à condition d'en être le directeur, mais ne fut pas agréé ; il en gardera toujours une rancune à l'Ecole et à M Grandeau.

L'organisation de cette Ecole prévue par l'arrêté du 31 décembre 1879, différait notablement de celle des autres écoles pratiques d'agriculture.
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Ses organisateurs, M.Grandeau en particulier, avaient voulu, en mettant à profit les ressources scientifiques offertes par les établissements d'enseignement supérieur de Nancy, en faire une école régionale analogue à celle de Grandjonau.
Le personnel , assez nombreux, avait été choisi en grande partie parmi les professeurs de la Faculté des sciences ou de l'Ecole nationale forestière.
….. L'Ecole ne comportait aucun domaine propre en dehors du jardin. L'enseignement pratique devait être donné sur la ferme du Directeur

L'Ecole fut ouverte le 29 novembre 1879 avec 3 élèves français et un étranger.

L'organisation crée par l'arrêté du 31 décembre 1879 dura jusqu'en octobre 1880. A ce moment, à la suite de nombreuses difficultés survenues dans la direction de l'Ecole, M Louis (M Louis était agriculteur à Tomblaine) dut se retirer
M Grandeau assuma la direction de l'Ecole, tout en habitant à Nancy, jusqu'au 1er avril 1881, époque à laquelle M. Thiry père (Hippolyte Thiry (SOSA N° 8)) fut prié de la reprendre.
A ce moment, l'Ecole n'avait plus de terres, M. Louis ayant repris sa ferme, sa situation morale était fort ébranlée à la suite du bruit qui avait été fait autour d'elle.
M. Thiry fut nommé par arrête du 19 mai 1881. Celui-ci modifiait l'arrêté primitif en confiant entièrement au Directeur la direction de l'Ecole.

Organisation de l'enseignement

Les deux promotions présentes à l'école suivent des cours séparés, sauf pour l'histoire naturelle et la chimie agricole dont les cours durent deux ans.

Les cours sont faits d'une façon aussi simple, aussi concrète et aussi objective que possible. Les choses décrites sont montrées aux élèves, les opérations dont on parle sont faites devant eux.
Chaque élève est tenu pendant les herborisations de faire un herbier et une collection d'insectes nuisibles ou utiles à l'agriculture.

L'école a une bibliothèque composée d'ouvrages scientifiques relatifs aux études et comptant 1000 volumes. 18 publications périodiques agricoles sont mises entre les mains des élèves.

L'enseignement de la pratique se fait dans le jardin de l'école et sur une ferme dont je parlerai plus loin…

J'estime en effet que les travaux pratiques ne sont pas faits pour procurer au Directeur une main-d'œuvre à bon marché, aussi, tout en tenant à faire connaître aux élèves tous les travaux, je tiens toujours un personnel salarié qui me permet de leur réserver les travaux plus spécialement intéressants, tels que la conduite des machines, le soin à donner aux plantes et aux récoltes.

Les élèves sont divisés en sections comprenant 5 à 6 d'entre eux et mis sous l'autorité et sous la responsabilité d'un chef de section pris parmi ceux de seconde année.
Cette autorité développe chez eux l'esprit d'initiative. Ce sectionnement se maintient du reste dans d'autres endroits, au réfectoire, par exemple, où chaque groupe forme comme une famille mangeant au même plat.

En dehors des matières de l'enseignement agricole, j'ai organisé un cours de préparation au brevet d'aptitude militaire. Je fais moi-même les conférences nécessaires, et pour donner suite à un vœu émis par la Société d'encouragement à l'agriculture en avril dernier, j'ai fait six conférences avant démonstration portant sur l'hygiène rurale, les premiers soins à donner aux blessés et victimes d'accidents.

Batiments

0L'Ecole est installée dans le château de Tomblaine, donné en dotation au Maréchal Molitor. Son petit-fils, Conseiller Général l'a cédé au département de M.& M. pour 70000F. Le département y fit, dès l'origine pour 80000F de dépenses d'appropriation.

Le site est très sain, l'Ecole est pourvue en suffisance d'eau potable, mais manque d'eau d'arrosage. Plusieurs projets d'adduction étudiés depuis la création de l'Ecole ont échoué pour des raisons diverses et principalement à cause du mauvais vouloir du propriétaire du bras de la Meurthe qui va au moulin.

La cuisine est suffisante ainsi que le réfectoire, belle pièce de 8 m sur 6, ancienne salle à manger du château et garnie de 3 tables de marbre

Le personnel se compose de deux bonnes qui font la cuisine sous la direction de Mme Thiry (ma grand'mère ...) et, d'un garçon qui sert les élèves à table, fait le dortoir, et d'une concierge.

La pension est de 600F (par an sans doute ?). Les élèves reçoivent à discrétion le pain et les légumes ; la ration de viande est de 1kg de viande pour 6 élèves par repas, et la ration de vin est de 2/3 de litre par jour en été et de ¾ en hiver
Les repas sont ainsi composés :
- matin 7h1/2 : soupe, lait, café ou fromage.
- midi : potage, viande, légumes,
- 4 h : pain (et vin en été),
- 7h du soir : viande légumes, salade ou desserts.
Au jour de fête, ils reçoivent une pâtisserie et une ration de vin supplémentaire .

Le Directeur et sa famille mangent la même cuisine que les élèves.

Culture

(Un long chapitre est consacré à la ferme de l'école, aux cultures qui y sont pratiquées et aux méthodes et moyens utilisés et un autre chapitre traite du jardin de l'école)

Résultats obtenus par l'Ecole

Depuis sa fondation l'école a reçu 527 élèves, tant français qu'étranger. Sur ceux-ci, 250 ont reçu le diplôme des écoles pratiques.
La différence entre les élèves admis et les élèves diplômés provient de ce que beaucoup n'achèvent pas leurs deux années et quittent l'école au printemps pour faire les travaux de la maison. 56 sont entrés à l'Institut agronomique ou aux écoles nationales d'agriculture. La plupart sont rentrés dans la culture pratique.
Un grand obstacle pour le recrutement de nos élèves est le manque presque complet de main d'œuvre dans les campagnes; elle est en effet entièrement absorbée par l'industrie qui se développe beaucoup. Depuis longtemps j'ai accepté des élèves temporaires qui ne restaient pas pendant les deux années. Je me propose d'organiser un cours temporaire d'hiver.

Cours ménager

Pour être utile aux jeunes filles de la campagne, j'ai organisé en 1903 un cours temporaire pour les jeunes filles pendant la période des vacances. Durant un mois je reçois à la maison 15 jeunes filles au minimum âgées d'au moins 15 ans.
L'enseignement porte sur la laiterie, fromagerie, beurrerie, dont je fais moi-même les leçons.
La comptabilité simple, cours professé par un des professeurs de l'école .
La cuisine, le ménage, le repassage, fait sous la direction de Mme Thiry
L'hygiène et les premiers soins par moi même.
Les travaux pratiques comportent la fabrication du fromage de Munster et du beurre ; 60 litres de lait sont affectés à ces travaux.
Sous la Direction des Chefs de pratique, les jeunes filles sont initiées au soins à donner au bétail et au jardinage.
Je considère ce cours comme très utile dans la région, car le laiterie est destinée à s'y accroître beaucoup, et l'esprit d'association y étant peu développé, le travail familial en petit restera longtemps le plus important.
J'ai une preuve de la faveur dont jouit cet enseignement dans le fait qu'il est toujours suivi, et qu'il nous vient beaucoup de jeunes filles parentes de celles qui ont déjà suivi les cours.
Le département donne un allocation de 100 francs à chacun de professeurs et chefs de pratique employés à ce cours.