Journal d'une petite fille à sa grande soeur, de 1896 à 1898


Marguerite écrivait ce journal à l'intention de sa grande soeur Louise, qui était pensionnaire à Lunéville, dans un couvent (Louise "entra en religion". Emile Suisse, le père de Marguerite, exploitait une ferme à Moncel-les-Lunéville.

Note : j'ai scrupuleusement respecté l'orthographe (au demeurant presque parfaite) MT.

Samedi 26 mars 1892

Je m'étais bien effrayée d'aujourd'hui à l'avance parce que je devais retourner à l'école, mais il n'y a que le premier pas qui coûte et je me suis levée tout de suite à mon aise. Je couche avec Jeanne et j'en suis bien contente parce que quand il fera du soleil ce sera la première chose que je verrai en m'éveillant.

Dimanche 27 mars 1892

Nous avons bien pensé à toi aujourd'hui. J'ai fait deux petits bouquets de marguerites que j'avais trouvées dans la pelouse et dans le verge, et de primevères. Je les ai mis devant ma statue de la sainte vierge. Mes violettes commencent à fleurir. J'ai lu et j'ai copié une fable très longue intitulée : l'oeil du maître.

Lundi 28 mars 1892

Nous avons semé beaucoup de belles fleurs su la couche et elles commencent à fleurir, c'est à dire, à lever, je me trompe. Je devais aller me confesser aujourd'hui à quatre heures mais il a plut tellement que monsieur le curé n'est pas venu. Il pleuvait très fort quand nous sommes sortis de l'école et j'ai prêté mon parapluie à Marie Domi.

Mardi 29 mars 1892

Tante Marie et Pauline sont venues aujourd'hui malgré le mauvais temps car elles avaient un lessive à faire. J'ai été gelée en allant et en revenant de l'école. Tous ces jours-ci nous nous régalons de grenouilles.

Mercredi 30 mars 1892

Aujourd'hui il a fait un si grand vent que les tuiles tombaient du toit. Les petites filles de l'école disaient qu'on irai en promenade aujourd'hui, mais je crois qu'on aurait été envolé. On vient de nous annoncer la naissance d'un petit poulain et Paul n'est pas encore rentré.

Jeudi 31 mars 1892

Tante Marie est partie aujourd'hui soi. J'ai été me confesser ce matin. La famille Drapier ( l'arrière grand'mère de Marguerite était une Drapier) est venue l'après-midi et j'ai joué à la poupée avec la petite Madeleine. Monsieur Job (le médecin) et venu pour Papa. Pauline a commencé de m'apprendre une dentelle qu'elle a fait dernièrement.

Vendredi 1er avril 1892

Aujourd'hui j'ai balayé l'école. Maman et Jeanne son allées en ville fair quelques commissions. Je suis tellement fatiguée que je ne trouve rien à te dire de plus.

Samedi 2 avril 1892

Jeanne, tante Aline (la soeur de son père) et Maman Suisse (sa mère) sont allées au sous-diacrement de Louis(corrigé par une autre main : sous-diaconat.). Elles sont parties au train de 7 heures et sont revenues au train de 6. Maman avait une lessive à faire et elle a été très fatiguée et Jeanne aussi.

Dimanche 3 avril 1892

Il a paru hier un numéro exceptionnel de la bibliothèque de ma fille et de mon petit garçon. Il commence une nouvelle histoire intitulée : Les Comanches de la Loire. L'après-midi, j'ai été chercher avec tante Aline des violettes au petit bois, mais comme nous n'en avons pas trouvé assez pour faire un bouquet, nous avons cueilli des anémones.

...........

Mercredi 6 avril

Nous avons été en promenade cette après-midi. Avant nous avons voté pour savoir où on irait et parce que Monsieur Le compte voulait nous montrer comment on faisait pour voter. Nous avons été à la grotte des Maix. Papa m'a dit que aller et retour cela environ de 9 à 10 kilomètres. J'étais très fatiguée et j'avais surtout très soif. Pauline nous a envoyé un petit mot par le laitier et nous a dit qu'elle t'avait vu.

Jeudi 7 avril 1892

Mon petit chat se laisse maintenant très bien caresser et il est bien gentil. J'ai été au catéchisme le matin. Le soir je promenais mon petit chat dehors, lorsque Marthe et Madeleine Mallet qui étaient chez Léandre sont venues le voir. Mais nous n'avons pas joué longtemps car elles sont parties tout de suite.

Vendredi 8 avril 1892

Aujourd'hui, Monsieur Job est venu pour poser des pointes de feu à Papa qui n'est pas encore guéri malgré le beau temps. Le cousin Paul, la cousine Augustine, Madeleine et Marc Genay sont venus cet après-midi(En fait, Madeleine et Marc sont des cousins "issus de germain" de Marguerite et Paul et Augustins sont leur parents.)

...........

Dimanche 10 avril 1892

Mon petit chat est une chatte et je l'ai appelée Folette. La chatte grise a fait 4 petits chats dans la matinée. On les a tué tous et la mère a pris Folette pour le sien. Sur le soir nous avons été un petit peu sur la route de Lunéville : nous avons vu le couvent et pensé à toi.

............

jeudi 14 avril 1892

Aujourd'hui Diane a fait 9 petits et on en a tué 8. J'ai bêché un petit bout de la grande allée du jardin, mais c'est si dur que l'on ne peut pas en faire beaucoup. Comme je n'ai rien fait de particulier je ne trouve plus rien à te dire.
Papa ne va pas mieux après avoir cependant passé quelques bonnes journées.

Samedi 30 avril 1892

J'ai aujourd'hui 9 ans et je suis bien contente. J'ai emporté un linge de fromage à ourler à l'école, mais je n'en ai pas fait beaucoup.

...........

Vendredi 6 mai 1892

je... ne sais plus c'que j'veux dire !!!!

...........

Mercredi 11 mai 1892

Je n'ai pas été à l'école aujourd'hui car mon rhume n'était pas passé. Si ma Louise était ici je pourrais te dire bien des choses mais comme cela, ce n'est plus la même chose.

...........

Vendredi 13 mai 1892

Je ne vais pas encore à l''école parce que je tousse encore un peu. Jeanne et Maman sont allées à Millery, elles devaient prendre Hortense Perot à Nancy pour qu'elle aille avec elles mais elle n'est pas venue. Le matin, j'ai arrangé mon buffet.

...........

Jeudi 26 mai 1892

C'est aujourd'hui l'Ascension, mais nous n'avons rien de plus qu'aux autres fêtes. Je lis L'ile mystérieuse en ce moment et c'est très beau.

Vendredi 27 mai 1892

Aujourd'hui, cela m'a encore un peu coûté de retourner à l'école. Adeline est parti ce soir ; c'est Marie Bussy qui la remplace (comme "bonne", sans doute ?) et Diane (la chienne ?)est toute triste.

...........

Dimanche 29 mai 1892

Paul est venu ce matin. Nous avons eu, à dîner le cousin Edouard. Le soir, tante Aline et moi avons été nous baigner ; l'eau était très bonne. Jeanne m'attendait pour m'habiller. A peine étais-je sortie de l'eau que les premières gouttes tombaient. Je me suis habillée comme j'ai pu et nous [sommes] parties en courant, nous deux Jeanne. Tati n'avait pas fini de s'habiller. Papa était venu à notre rencontre avec des parapluies; nous l'avons rencontré dans la cour. Il est allé chercher Tati et il était temps car Paul avait fermé la porte de la cour au loquet. Néa[n]moins nous en avons été quitte pour la peur.

Lundi 30 mai 1892

L'après-midi, Jeanne et Papa ont été à Bellevue (une ferme appartenant à la famille Genay ; une nièce de Marguerite, Suzanne Suisse épousera un Genay.). Madame Scherer est venue avec ses enfants. A l'école, toujours dans l'après-midi, nous avons fait une composition de dictée et je suis la première. Monsieur le curé est venu pour la prière.

...........

...........

Jeudi 22 Décembre 1892

J'ai pensé que cela te ferait plaisir qu j'écrive de temps en temps ce qui se passe chez nous. Samedi soir, Jeanne et tante Aline sont allées à la bénédiction de l'église de Tomblaine qui a été agrandie. Elles sont revenues lundi soir peu après Paul qui était allé à la chasse à Bratte, mais il n'a rien tué. Lundi, l'après-midi je suis tombée et me suis fait mal au genou. Cela s'est passé cette nuit. Antoinette est venue hier (S'agit-il d'Antoinette Thiry, la tante de Louis Thiry, son futur. C'est possible puisqu'il étaient cousins ...) Je voudrais bien aller te voir, ma bonne Louise, mais c'est impossible avant Noël qui est proche heureusement. J'ai encore bien des choses à te dire, mais si je te disais tout aujourd'hui je ne trouverais plus rien une autre fois. J'oubliais de te dire qu'il a paru dans la bibliothèque de ma fille et de mon petit garçon une image sans texte dont il s'agi{t]d'expliquer le sujet ; j'essayerai de concourir, car c'et un concours.

...........

Jeudi 29 décembre 1892

Quel bonheur ! C'est aujourd'hui jeudi. Mais c'est fini, malheureusement, car il est 7 heures et demi du soir. Maman et Jeanne sont allées à Nancy aujourd'hui (chez le dentiste. J'ai fait le brouillon de ma lettre de Nouvel an à Louis. Puis ayant une petite place dans mon buffet, j'y ai fait une petite chapelle en miniature. On a mis ton beau papillon après les rideaux et Madeleine a déclaré qu'il était "fin beau".

Mercredi 4 janvier 1893

C'est le nouvel an, ma bonne Louise. J'ai eu de belles étrennes. D'abord Maman m'abonné à la bibliothèque de ma fille et de mon petit garçon. Tante Aline m' a donné un magnifique livre intitulé "En pension" qui fait suite à "Entre cousines", que tante Marie m'a donné l'an dernier. Cette année elle m'a donné des vues de stéréoscope. L'étang est complètement gelé et ces jours-ci nous avons été patiner, mais aujourd'hui comme hier il y avait de la neige. Tante Marie,est ici pour quelques jours. J'ai eu très mal à l'estomac ce matin et je suis si fatiguée que je n'ai pas la force de bien écrire.

Jeudi 5 janvier 1893

Nous avions eu congé en l'honneur du nouvel an, lundi, mardi et mercredi à la condition d'y aller aujourd'hui, mais Maman a dit que, en raison sans doute de ma maladie d'hier dont je suis tout à fait guérie cependant, je n'irais pas. Et je n'ai pas dit non, comme tu penses bien. Je n'aime pas beaucoup d'aller à l'école. Malgré nos instance, tante Marie qui craignait que ses plantes ne gèlent, est repartie vers le soir au lieu de demain. Elles sont reparties à pied encore, tandis que demain on l'aurait emmenée en voiture. Figure toi que Papa n'est pas revenu. Il reviendra ce soir je pense. Tu dois penser, ma grande soeur savante, que mon style et mon écriture sont très vilains et tu n'aurais pas tort. C'est aussi mon avis. J'essayerai de changer. Nous avons été sur l'étang. Je commence à pouvoir glisser seule, mais pas un grand bout. Bah ! je saurai bientôt. Sophie apprend à patiner et sai[t] déjà bien. Malheureusement l'étang est tout couvert de neige. mais cela va quand même...

Vendredi 6 janvier 1893

C'est aujourd'hui la Fête des Rois, ma bonne Louise, que l'on fêtera sans doute au couvent, mais pas chez nous, pour la bonne raison que Paul a oublié ce matin en allant en ville de nous rapporter une buche comme on le lui avait dit. Jeanne et Sophie sont allées patiner, mais pas moi car j'étais à l'école et en revenant elles ont u un chien écrasé par le chemin de fer ! Pauvre bête ! Cela m'aurait fait de, la peine de le voir. Décidèrent, de toute éternité, je dirai qu'il fait meilleur chez nous qu'à l'école ! Tante Aline est repartie ce soir toute grippée, pourvu qu'elle soit guérie demain
Elle y est.
Ta petite soeur.

Lundi 30 janvier 1893

Papa, Maman et Jeanne sont partis ce matin à Milery au train de 7 heures et ce qui m'a fait d'autant plus de peine, c'est qu'is ne reviendront que demain midi ! J'ai commencé de faire quelques devoirs pour tâcher de récupérer un peu le temps perdu. L'après-midi j'ai travaillé à ma tapisserie. Sais-tu qu'on m'en a acheté une autre pour faire, une chaise ? Le milieu qui est tout fait représente un semeur dont la figure est très belle. Je fais le fond. Pendant que je travaillais, Maman Suisse est arrivée et j'ai joué aux cartes avec elle , j'ai gagné 3 sous.

Jeudi 2 février 1893

Après midi, mardi, Papa est revenu de Millery où il était depuis lundi matin avec Maman et Jeanne. Celles-ci étaient restées à Nancy pour faire arranger un manteau de la tante Marianne. Elles ont été chez Madame Génin et m'ont acheté un cyclamen qui a beaucoup de boutons. Ah! j'oubliais, le matin de mardi j'ai reçu une lettre de Louise Pérot. Elle a eu la coqueluche ainsi que ses soeurs. Elles vont un peu mieux. Tous les jours, Folette vient miauler à la porte de la salle pour venir sur mes genoux. Je la prends souvent, elle est si gentille. Je ne peut pas du tout aller à la cuisine. Je commence à peler un peu (note de ? : elle avait la scarlatine). Nous avons eu 6 oeufs aujourd'hui, c'était la première fois. Nos poules n'ont plus si froid comme tu vois et nous avons des petits agneaux tout blancs.

A SUIVRE