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Les Brice, une famille de soldats

(extrait de la revue "Pays lorrain et messin"
janvier-juin 1923)

Les frères Brice étaient de Lorquin, dans l'arrondissement de Sarrebourg en Lorraine.

Lorquin est un chef -lieu de canton, simple village bàti en bordure des prés où se rejoignent la Sarre Blanche et la Sarre Rouge. La côte qui le domine au nord, conduit à un plateau au-delà duquel de vastes étangs sommeillent à l'ombre des bois.Vers le Sud, la vue s'étend vers le moutonnement infini de la montagne vosgienne. C'est une succession de croupes gréseuses qui montent, coiffées de forêts, jusqu'à la puissante masse du Donon. La grand'route de Sarrebourg à Blâmont, une des voies d'accès qui conduisent d'Allemagne en France, passe à quelques kilomètres de Lorquin. Elle se modèle sur les plis d'un sol capricieux, - car la contrée qu'elle traverse est tourmentée et d'aspect plus maussade que pittoresque.

Nicolas Brice, le père des deux officiers de la Garde impériale, quittant le village de Létricourt (Il semble que l'auteur de l'article ait commis là une erreur : Nicolas Brice venait de Assenoncourt, village des environs de Dieuze (et plus proche de Lorquin que Létricourt)) sur les bords de la Seille, où était le berceau de sa famille, était venu, en 1780, s'installer à Lorquin, comme régent des écoles, chantre et marguillier de la paroisse. Ces titres s'appliquaient à une situation modeste. Régent des écoles, cela signifiait simplement magister d'une classe mixte où il instruisait, de la Toussaint à Pâques dans une même salle, les filles et les garçons dont les parents consentaient à payer cinquante sous l'an pour leur faire apprendre à lire, à écrire et à compter. L'été, les écoliers glanaient à la moisson ; l'automne, ils menaient le bétail à la vaine pâture. Les loisirs du régent lui permettaient de cultiver son jardin et un champ dont les produits l'aidaient à vivre. Comme il tenait l'orgue à l'église et chantait aux mariages, aux décès, il ajoutait quelques écus à ses maigres émoluments. Il n'était cependant pas à plaindre, car il avait fait un heureux mariage. Il avait épousé Jeanne-Ursule Thiry (Cousine de Jean Nicolas Clément Thiry, mon ancêtre direct (SOSA n° 32)), fille d'un marchand tanneur de Lorquin, qui apprêtait les peaux de bêtes, dans sa tannerie de la Guinguette, sur la Sarre Blanche. Seulement la famille Thiry était nombreuse, ce qui excluait la fortune.Un de ses beaux-frères, laissant la tannerie à son aîné, avait même dû s'enrôler à dix-sept ans, comme canonnier au régiment royal de Grenoble-Artillerie. Ce beau-frère, Nicolas-Marin Thiry, ainsi lancé dans l'aventure militaire, devait exercer une influence capitale sur la destinée des enfants du récent des écoles.

Car le ciel bénissait l'union. de cet excellent homme. Un fils lui naquit, le 24 décembre I783, à une heure du soir. Le curé de Lorquin et Laneuveville le baptisait, le même jour, sous les noms de Joseph-Nicolas-Noël. Le parrain était son oncle maternel Joseph-Marin Thiry, le tanneur, et la marraine, la fille de celui-ci, Anne Thiry. Un second fils, Charles-Nicolas, était inscrit le.23 juin au registre de la paroisse comme filleul de Charles Aubry, notaire royal, contrôleur des actes à Badonviller, son oncle. par alliance, et de son épouse, Marie-Rose Thiry.

Ces enfants sont les frères Brice, les partisans.

Ils grandirent au milieu de l'effervescence révolutionnaire.Les idées républicaines s'étaient répandues dans les villages de la campagne lorraine. Les gamins qui écoutèrent leurs parents répéter et commenter les mots magnifiques de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen devaient, toute la vie, les entendre résonner à leurs oreilles.

Au voisinage de la frontière, l'enthousiasme populaire se traduisait surtout par des manifestations belliqueuses. La création de la milice citoyenne, en août 1789, souleva d'unanimes transports de joie, car elle signifiait que les citoyens sauraient défendre leur liberté. Les hommes valides se mirent à jouer au soldat. Quel passionnant spectacle, quel fertile exemple pour des bambins que de voir les gens d'âge faire l'exercice, chaque dimanche, sous les ordres des vétérans!

Un des instructeurs de la compagnie de Lorquin était Marin Thiry. Rentré dans ses foyers sans avoir pu dépasser le rang de simple canonnier, il sut se faire valoir, dans cette. troupe improvisée lorsqu'elle marcha, en septembre 1790, contre les régiments révoltés de la garnison de Nancy. Bientôt, cédant à la nostalgie du métier, il reprenait du service au régiment de Royal-Liégeois, à Phalsbourg. Dès lors, sa carrière connut un rapide essor. Sergent-major au régiment devenu la 101e demi-brigade, il passait, le 9 novembre 1792, comme maréchal des logis chef aux Hussards Egalité qui formèrent le 14e chasseurs. Peu après, il était nommé adjudant -sous-lieutenant. Le 13 février 1793, il obtenait le grade de capitaine. Sa vocation s'était révélée en changeant d'arme : Marin Thiry était un sabreur. . A Quiberon, il tailla en pièces une colonne de quatre à cinq cents émigrés et mérita, pour cet exploit, l'arme d'honneur que la République décernait aux braves. Sa renommée emplissait le village de Lorquin. Sa famille s'enorgueillissait de compter un héros. Les enfants du régent apprirent à luivouer une admiration magnifique.


Aux frères Brice, la ville de Nancy reconnaissante

(une information trouvée sur un site consacré aux rues du parc de Saurupt à Nancy : http://www.mines.u-nancy.fr/saurupt )

Rue des Brice

Dénomination actuelle: rue des Brice par décision du Conseil Municipal du 28/04/1906.
Ancien nom: rue "A", puis rue des Trois Brice. Prolongement et achèvement: 27/06/1912.
Tracée à quelques mètres de l'ancien chemin du Bosquet, la rue des Brice traverse le parc, joignant ainsi la rue du Général Leclerc à la rue du Maréchal Oudinot. Le rond-point Marguerite de Lorraine coupe en son milieu cet axe longtemps appelé Chemin de l'Astrie.
Le nom de cette rue est choisi par Émile Badel pour honorer la famille d'officiers Brice.
Il fait référence au :
- Général Joseph-Nicolas Brice (1783-1851). Volontaire en 1803, ce fils d'instituteur s'illustre aux batailles de Eylau (1807) et de Wagram (1809), puis défend les Vosges contre les armées coalisées en 1814. Il achève sa carrière comme Général de Brigade et il est fait Commandeur de la légion d'honneur.
- Général Louis Brice (1821-1903). Cet ancien élève de Saint Cyr qui se fait remarquer en Crimée et en Algérie est le fils du général Joseph-Nicolas Brice.
- Général Alphonse Brice (1820-1893). Second fils du général Joseph-Nicolas et également ancien de l'école de Saint Cyr, c'est surtout à Saint-Privat, Forbach et Borny qu'il s'illustre.
- Commandant Brice (1785-1860). Chef d'escadron de cuirassier, il est le frère de Joseph-Nicolas.
- Lieutenant Brice (]791-1813) Officier chasseur tombé à la bataille de Nimègue, il est le second frère du Général Joseph-Nicolas Brice.